Chronique du 11 juin 2008

 

 

 

Ma commission Bouchard-Taylor maison

 

Le tout a commencé lorsqu’un groupe d’une certaine communauté religieuse a demandé au directeur d’un organisme Montréalais appelé "YMCA", d’installer des vitres opaques aux fenêtres des gymnases. Tout cela, à fin de cacher les corps vêtus trop légèrement -selon l’avis des dirigeants de cette communauté- lors des entraînements. À ce moment-là, une grossière erreur de jugement de la part de cet administrateur qui, à mon humble avis, aurait pu proposer au chef religieux un plan B d’arrangement, c'est-à-dire, de givrer plutôt les vitres de son institution (cela aurait été de toute sagesse) pour s’assurer que vraiment, mais vraiment personne à l’intérieur réussisse à voir ce qui est interdit selon leurs préceptes. Loin de là, il a  accepté, sans trop anticiper la réaction normale des ses membres, surtout sa clientèle féminine. Madame Renée Lavaillante, une usagère des installations, a été l’initiatrice d’une pétition demandant la réinstallation des anciennes vitres car, pour elle, les vitres givrées représentaient l’idée d’un voile. Et, le tout est parti, à ce moment-là toutes les fibres, les plus sensibles de notre être intérieur et de notre essence ont été bousculées.

 

La vision du danger

 

À date, et après 18 ans de vie au Québec, je ne me suis jamais sentie menacée, surtout ici dans notre région, par les éventuelles réactions des communautés religieuses de pratiques intégristes. Nous sommes environ 6 millions d’immigrants au Canada, desquels 707 000 habitent le Québec. Je ne vois pas pourquoi avoir fait une commission à partir d’une poignée qui ne représente même pas un chiffre considérable de personnes.

 

Regardez autour de vous, vous allez constater que la grande majorité des personnes immigrantes finissent par s’intégrer et participer socialement dans la communauté d’accueil.  Si vous faites un sondage maison, comme celui que j’ai fait, vous allez mettre en évidence que parmi ces personnes, nos valeurs sont les mêmes que les vôtres. En voici une petite liste sans que elle soit tout à fait en ordre d’importance ou complète : le respect d’autrui, le bien être familial, le travail comme moyen d’accomplissement, l’autoréalisation, l’intégrité, la liberté, etc. Nous avons tous, comme êtres humains, des valeurs qui nous dirigent et qui nous suivent, même si les circonstances nous font adopter un nouveau pays. En plus, les femmes immigrantes, une fois qu’elles ont essayé les miels de l’égalité hommes – femmes et tout dépendant du modèle vécu dans notre pays d’origine, adoptons et rapidement le modèle québécois parce que nous le trouvons assez convenable.

 

Si nous parlons de la religion pratiquée par certains immigrants, nous pouvons dire que la plupart d’entre eux le font dans des lieux précis et que ceux qui ont obtenu des prérogatives spéciales, c’est parce qu’ils en ont fait la demande et peut être comme dans le cas de notre administrateur de la YMCA d’Outremont, on a accepté sans vérifier s’il existait un plan B à leur proposer et parce que le gros bon sens a fait défaut à ce moment-là. 

 

Pendant les audiences, lorsque le sujet de la religion était abordé, un bon nombre de personnes dites catholiques on manifesté leurs craintes de se voir envahies par d’autres religions. Cependant, je n’ai pas vu accroître le nombre de personnes pratiquantes à l’église en guise de démonstration de la solidité de nos croyances et de nos convictions car, cela fait déjà longtemps, que nous nous sommes donnés la permission de dire « je suis catholique, mais je ne suis pas pratiquant ». Nous avons bien trouvé les moyens de contourner cette obligation de participer chaque dimanche à une célébration. Sortons nos conclusions. Je ne vois pas le « danger imminent». Le nombre de demandes d’accommodements par rapport à la population immigrante totale ne peut pas représenter le reflet de la perte de l’identité religieuse de toute une société.

 

Et l’identité québécoise ?

 

Je vous raconte quelques anecdotes personnelles. Il y a un vingtaine d’années, lorsque j’ai rencontré mon mari, nous étions tous les deux en voyage.  Quand je lui ai demandé sa nationalité, il m’a dit « je suis Québécois ».  Lors de notre mariage au Mexique, je l’ai présenté à ma famille et à mes amis comme « Québécois » ; au moment d’annoncer les naissances de mes deux enfants qui sont nés à Rivière-du-Loup, le monde chez nous me félicitait en disant à chaque fois « tu viens d’avoir un bébé Québécois » Cela m’est arrivée avec des gens qui habitent aux États-Unis, en Espagne, au Mexique, en Argentine, à Cuba, en Ontario, personne n’a fait mention de la possibilité d’avoir un bébé de l’Est de l’Amérique du Nord, d’expression Franco-québécoise, catholique. Je ne sais pas si ma vision est trop simpliste et la vision de l’extérieure envers ce peuple l’est aussi, mais, dans Québécois – Québécoise je trouve implicite ce que ce gentilé veut dire. Je n’ai pas une vision montréalaise de la chose, j’ai choisi de vivre en région, et je ne vois pas comment cela pourrait prêter à confusion. En région, un québécois est un québécois et il ne faudrait pas s’embrouiller avec des définitions qui, finalement, ne définissent rien.

 

Pour ce qui est des « québécois » d’autres origines, on peut dire qu’effectivement on a adopté une nouvelle nationalité d’une façon officielle. Mais aux yeux de la population, nous continuons d’être des immigrants, c’est comme cela. Malgré le fait qu’une personne soit arrivée dès sa tendre enfance, la population persiste à la voir comme une personne immigrante. Alors, même si nous sommes Québécois d’origine asiatique, d’origine Latino-américaine ou autre, aux yeux de la population, l’appellation immigrant ne change pas, c’est comme ça.

 

La commission, la vraie

 

Alors, 31 jours d’audiences, 241 témoignages, 22 forums régionaux, 3423 personnes participantes et 5 millions de dollars après, on nous propose pour commencer « l’adoption par le gouvernement de textes fondateurs afin de définir une laïcité ouverte et un interculturalisme typiquement québécois ». Puisse-je avoir un dessin ? Je ne comprends pas! Par contre un autre point qui n’a pas été énormément médiatisé et qui représente un véritable crie de cœur des personnes immigrantes, est le problème de l’accès au travail. Faute d’espace, je termine ma chronique ici mais je vous invite dès l’automne prochain à poursuivre votre lecture de la chronique En marge où différents chroniqueurs nous partagent leur vision et leurs inquiétudes vis-à-vis différents sujets. Bon été!

 

Lucy Abaunza