UN GROS MOT AVANT DE TIRER MA RÉVÉRENCE

 

Voilà plus de quatre ans que j’écris régulièrement des chroniques dans ce journal. Comme je ne suis pas une journaliste professionnelle, j’ai été franchement et bien souvent étonnée des découvertes que j’ai pu faire au cours des nombreuses recherches qui précédaient obligatoirement (et surtout éthiquement!) l’écriture de chacune de mes chroniques. Pour chaque source qui venait étayer une opinion, j’en trouvais une autre qui venait la contredire. On peut donc aisément comprendre pourquoi nous hésitons tous à partager et à émettre publiquement nos opinions. Pourtant, nous avons tous quelque chose à dire et, bien que de nombreuses personnes s’en défendent, nous portons tous des jugements sur les faits et, surtout, sur les autres…

 

 

Le dernier tabou

 

Personnellement, bien que cette chronique m’ait donné le privilège de profiter d’une tribune pour émettre mon opinion, je me suis rarement « mouillée ». J’ai partagé des expériences personnelles mais je me suis quand même toujours gardé une « toute petite gêne » comme on dit en bon québécois. Pourtant, pour cette dernière chronique, il y a un aveu plus que troublant qu’il me tarde de faire : je suis féministe. Ça y est, le gros mot est lâché, le tabou vaincu.

 

Au moment où j’écris ces lignes, nous sommes le 8 mars, Journée internationale des femmes. Je viens de terminer la lecture d’un grand quotidien et d’un magazine féminin. Le constat n’est pas joli semble-t-il : recul en matière d’équité salariale, du partage des tâches, etc. Toutes mes pensées sont tournées vers mes filles et mes nièces alors que je m’évade dans mes pensées en songeant à leur avenir…

 

 

Du pain et des lunettes roses

 

Malgré le sombre pronostic, je demeure d’un éternel optimisme, rafraîchissant pour les unes et navrant pour les autres. C’est que je ne suis pas une féministe très orthodoxe : une mère de cinq enfants qui a « sacrifié » sept ans de sa vie pour rester à la maison ne peut pas être une véritable féministe. Elle ne doit pas être normale. Elle est probablement dépressive et sûrement vraiment très, très, très naïve…

 

En tout cas, c’est ce que me disait ma mère. Pourtant, elle aurait dû considérer cette décision tout à fait assumée comme une victoire du féminisme : contrairement aux femmes des générations précédentes, j’ai pu faire un choix. Mieux encore, quand j’ai décidé de retourner au travail il y a un peu plus d’un an, un employeur n’a pas hésité à m’accorder sa confiance. Les discours sur l’aliénation des mères à la maison, très peu pour moi…

 

Mais je ne suis pas naïve non plus : je n’oublie pas qu’il fallait aussi du pain sur la table. Mon choix n’était pas vraiment un choix mais plutôt un privilège.

Des privilèges menaçants, vraiment?

 

Pour les féministes pures et dures, mon choix (ou mon privilège) représente une véritable menace. Je me serais enfouie tête baissée dans une mode néo-conservatrice très, très, très dangereuse. Je suis de ces pauvres femmes qui ont abdiqué, sont rentrées à la maison en même temps que dans le cercle vicieux de la survalorisation de la maternité. Bla, bla, bla! C’est une opinion que je ne respecte pas.

 

Je ne m’inquiéterai jamais de l’infime minorité de femmes (ou d’hommes!!!) qui choisissent encore de passer quelques années à la maison. C’est un choix de vie qui ne convient visiblement pas à la majorité des gens. Je crois plutôt que nous devons continuer à favoriser l’éclosion de toutes les formes de soutien aux familles qui permettent aux deux parents de se rendre au travail l’esprit tranquille en sachant leurs enfants entre bonnes mains.

 

Je suis plutôt ravie chaque fois que j’aperçois la mine réjouie (mais quand même un peu fatiguée!) de l’un de mes jeunes collègues de travail masculins qui revient de son congé de paternité complètement « attaché » à son bébé. À mon avis, cet attachement est garant de tous les progrès futurs en matière d’égalité entre les hommes et les femmes.

 

 

Anne Lambert