Chronique du 13 avril 2008
Le temps d’un voyage… humanitaire
Je constate, avec un double
sentiment, car je ne veux pas critiquer d’une façon négative, ce qui a très
bien pu commencer comme un geste envers autrui digne d’éloges et de sympathie.
C’est la saison des voyages humanitaires et plusieurs écoles du Québec, voir de
la région du Bas-Saint-Laurent, ont dans leurs programmes, la réalisation de
projets de voyages humanitaires dont leurs objectifs se résument le plus
souvent à : « vivre des expériences
de partage exceptionnelles », « découvrir d’autres milieux »,
« constater comment ils sont chanceux dans la vie », « aller
aider les moins fortunés ».
« Aider », peut-on vraiment considérer comme
une aide, un projet humanitaire qui
se déroule sur une semaine. Si l’on considère une journée pour s’y rendre, une
autre pour rentrer, il reste cinq jours. Sans oublier qu’il faudrait en
profiter pour effectuer une petite visite touristique ici ou là. La portion d’aide
humanitaire est concentrée finalement sur 3 ou 4 jours, c’est comme vouloir
soigner une blessure avec de simples pansements adhésifs. Voilà le point qui m’interroge. Pourquoi alloué à ce projet un séjour si
court et pourquoi persisté a appelé ce projet « voyage
humanitaire »?? Ailleurs dans le monde, on commence à décrire ce phénomène
comme du tourisme humanitaire, (aarghhhhh!). En plus des écoles, qui initient ce genre de
voyages, certains adultes commencent eux aussi, à réaliser ce rêve d’aide et de
partage, à partir d’organismes qui ont un lien avec les organismes locaux sur
place.
La portée des gestes
Il ne faut surtout pas penser qu’il
est inutile d’y aller. Le principe d’aide ne peut aucunement être critiqué ou
rejeté. Cependant, peut-être qu’il
faudrait revoir l’appellation de cette expérience
humanitaire, d’une autre façon. En
plus, si nous considérons, que pour participer
à ce gendre de projets, il faut voyager en avion et loger dans un bel hôtel, à
première vue, c’est sont surtout les grandes chaînes hôtelières et les lignes
aériennes qui profitent des retombées économiques des voyages humanitaires d’une semaine.
Les gens d’ici qui participent à
ces voyages désirent réellement faire une différence dans la vie de gens
visités. Alors, je me demande, s’il existe une manière d’évaluer, si après un
tel voyage, il y a effectivement des transformations, si petites que cela soit, chez certains
jeunes visiteurs. J’aimerais bien savoir, suite à leur retour, si un tel voyage
les a changé d’une façon permanente au fil du temps et pas uniquement en
descendant de l’avion.
Le choc culturel encore frais à
leur mémoire, ces ex-participant créent souvent des blogues remplies d’une
façon compulsive des photos de leur voyage avec ces enfants qui sont « pauvres,
mais remarquez, toujours souriants ».
Suite à leur voyage, ces gens sont-il
réellement devenu moins matérialistes? Sont-ils plus dévoués envers leurs
parents? Réalisent-ils vraiment la chance qu’ils ont de pouvoir s’instruire? Ont-ils
vraiment constaté que ce qu’on voit à la télévision n’est seulement qu’une
partie de la réalité?
Ce qui me semblerait le plus enrichissant
pour ces jeunes, serait d’aller constater qu’il est possible de vivre et d’être
heureux, sans pour autant posséder le dernier appareil à la fine pointe de la technologie.
Qu’ils puissent réaliser que les vêtements servent à se couvrir et que la
marque inscrite sur celui-ci n’est qu’un prétexte à le vendre plus cher. Que le
concept de joie, même s’il ne s’apparente en rien à celui véhiculé en Amérique
du Nord, existe ailleurs. Qu’il y a plusieurs façons de vivre la vie et de la
percevoir.
Et pourquoi jamais dans le Nord
Un dernier constat, pourquoi les
voyages humanitaires sont toujours dans le Sud?
Selon le rapport national 2006 intitulé « Oh Canada! Sur la pauvreté des enfants et
des familles», on trouve trop d’enfants pauvres et depuis trop longtemps au
Canada. Les données indiquent que 1 196 000 enfants, soit près d’un enfant sur
six, ici, vive dans la pauvreté. Dans
les communautés autochtones, dans les milieux urbains et dans les milieux
ruraux. Cette pauvreté existe ici aussi et est accompagnée des mêmes effets
néfastes.
Il semble que plus on va vers le
Nord, plus on trouve de gens vivants de grandes pauvretés. Seulement 40% de jeunes qui habitent
les réserves finissent l’école secondaire. L’espérance de vie dans les réserves
éloignées est très bas, autant chez les femmes que chez les hommes, en plus
d’un haut taux de mortalité infantile et de chômage.
Où sont les projets humanitaires et de rapprochement culturel dans le Nord? Je suis persuadée qu’à
titre de parents, nous voulons bien transmettre des valeurs
positives à nos jeunes. Autant que
société égalitaire, nous sommes très satisfaits de savoir que l’on trouve chez nos
jeunes, ce merveilleux sentiment de donner et de vouloir changer les choses. Je me demande si cela serait possible de
commencer leurs premières expériences humanitaires chez nous.
Afin de satisfaire nos voyageurs
qui désirent aider tout en voyageant, je proposerais pas une, mais deux
expériences de partage. La première expérience pourrait bien se dérouler pas très
loin de chez nous. Bien que peu connu, faite de promotion peut-être, nous avons
ici même des gens dans le besoin. Pour la seconde expérience humanitaire, j’inclurais
la notion de « voyage », vers le Sud, pourquoi pas! Par contre, il va
falloir attendre jusqu’à l’année prochaine; quand la saison des « voyages
humanitaires » recommencera. Bientôt le beau temps arrivera et nous fera
passer notre envie de partir, enfin jusqu’à l’année prochaine…