Chronique du 9 décembre 2007
Du malheur d’être Québécois
En fin
de compte, Lord Durham aura-t-il eu finalement raison lorsqu’il affirmait que
nous étions un peuple sans histoire? C’est ce qu’on est en droit de se demander
devant le tollé que soulève chacun des efforts qui tente de nous conforter dans
notre volonté de nous perpétuer comme peuple distinct et original. D’abord
vous dire que je ne suis ni une grenouille de bénitier, ni un nationaliste dur
et borné, ni un fondamentaliste de quelque espèce que ce soit : je ne suis
qu’un Québécois ben ordinaire que l’érosion de nos valeurs traditionnelles,
telle que concoctée par une certaine élite laïcisante, chagrine et désespère; je ne suis qu’un Québécois ben ordinaire
qu’une certaine presse tragico-pessimiste est en train de conduire directement
à la désespérance.
Accommodements.
En
premier lieu, la question de l’heure : les accommodements raisonnables.
Tout en admettant qu’il y a eu certaines exagérations dans les interprétations
de ces règlements, est-ce une raison de mettre en cause, au nom d’une laïcité
tous azimuts, des symboles qui ont assuré notre survie comme peuple? À entendre
les prosélytes de ce nouvel intégrisme qu’est le laïcisme, on devrait faire
disparaître tout indice religieux de notre environnement national. Ces gens-là
ne doutent pas. Ils savent tout, ils disent vrai, ils pensent juste, ils
portent la morale en bandoulière, ils parlent au nom de toutes les Québécoises
et de tous les Québécois. Et tous les autres sont ridicules et
« arriérés » de ne pas penser comme eux. À une certaine époque, ils
auraient fait d’excellents inquisiteurs.
À titre
d’exemple, faudrait-il bannir le mot croix de notre vocabulaire et raconter à
nos petits enfants que l’objet bizarre qu’on retrouve sur le Mont Royal et sur
de nombreuses montagnes de nos villes et de nos villages constitue des vestiges
du temps où nous étions ignorants? Qu’on a commencé à les illuminer à l’époque
de la grande noirceur? Est-ce une tare de reconnaître qu’à un moment donné de
notre histoire, la religion catholique constituait un des piliers de notre
affirmation nationale? Non, ce n’est pas en reniant notre passé qu’on deviendra
plus ouvert sur le monde… mais en assumant ce que nous avons été, ce que nous
sommes, de même qu’en affirmant, en consolidant et en modernisant nos valeurs et
nos traditions, tout en exigeant le respect de celles et ceux qui viennent
s’installer chez nous.
Pis
la dictée?
Une
autre raison de « s’auto-flageller » : ne voilà-tu-pas que le
virus de la fièvre orthographique reprend de la virulence. Nos jeunes font des
fautes. Quelle horreur! Et on accuse encore l’école, les enseignants et le ministère
de l’Éducation, du Loisir et du Sport de manquer à leur tâche. Malheureusement,
le problème n’est pas nouveau… En effet, il y a une dizaine d’années, alors que
j’enseignais le français, la télé de Radio-Canada était venue tourner une
émission du Point dans ma classe sur la qualité de la langue de nos
étudiants québécois. Et, pour tester les étudiants, on leur avait donné une
dictée… et on s’interrogeait sur le retour à la dictée pour améliorer les
performances orthographiques de nos jeunes… Nihil novi sub sole…
Aujourd’hui,
nous entendons un animateur dénoncer cette problématique avec emphase à
l’occasion du bulletin de nouvelles : cependant, plusieurs des reporters de
cette même station parlent un français style poutine noyée dans une sauce
indigeste. Comment peut-on se permettre d’évaluer les difficultés
orthographiques et lexicales de nos jeunes, quand un journaliste de cette même
station avait affirmé quelques jours auparavant (en plein journal de dix-sept
heures) que des gens avaient utilisé des « hoses » de jardin pour
éteindre un incendie? Et la ministre de l’éducation d’y aller de ces jérémiades
qu’on a entendues des millions de fois lors de ces crises « d’orthographite »
aiguë…
J’avoue
qu’il y aura toujours des correctifs importants à apporter à la situation. Mais
ce n’est pas l’école et les enseignants qui sont les seuls responsables. Comment
peut-on amener nos enfants à comprendre l’importance de respecter et de
maîtriser la langue française face à la présence envahissante et agressive de
la langue anglaise dans toutes les sphères de leur environnement? Et, dès qu’un
de nos politiciens tente de redonner de l’importance à l’usage de la langue
française au Québec, il est rabroué par le concert de nos vierges offensées qui
prônent le laisser-faire comme solution idéale à un accueil plus ouvert des
immigrants.