Merci Martineau!

 

Tous s’entendent pour le dire, villes et campagnes présentent des différences fondamentales qui demeureront irréconciliables. Toutefois, le fossé qui s’est progressivement creusé entre Montréal et les régions du Québec m’a semblé infranchissable au cours des dernières semaines.

 

 Un vieux préjugé dit que les Montréalais ne connaissent rien d’autre que leur métropole chérie, avec son smog et ses bouchons de circulation monstres. Pour la plupart des Montréalais, ce qui se passe au Bas-Saint-Laurent apparaît aussi attrayant que ce qui se passe en Arkansas, et j’exagère à peine. Les débats lors de la récente campagne électorale provinciale auront, en partie, donné raison à tous ceux qui sentent que les intérêts régionaux sont trop souvent négligés au profit de ceux des grands centres. En effet, pendant la campagne électorale, les chefs des trois principaux partis ont d’abord semblé parler aux Montréalais et ensuite, aux gens des régions dont les enjeux sont SI différents, et ici, j’inclus même Mario-le-Sauveur-du-Québécois-moyen. Il serait également très intéressant de comparer le nombre de jours passés par les chefs dans les grands centres urbains comparativement à ceux passés dans les régions éloignées. Il y a fort à parier que la balance pencherait beaucoup plus du premier côté…

 

Ces débats villes/campagnes auront également donné raison à ceux qui en ont assez d’être dénigrés par toute l’élite citadine. En fait, une règle tacite semble s’être établie, soulignant que « toute personne qui vit à plus de 150 kilomètres de Montréal ne possède inéluctablement aucune connaissance générale et encore moins, de curiosité intellectuelle…» On semble croire qu’avec l’absence d’une Place des Arts ou d’un TNM, les régions ne peuvent recevoir de grandes manifestations artistiques. On semble aussi croire que le sport québécois s’arrête au Centre Bell, car c’est bien connu, seul le Canadien de Montréal est digne d’intérêt. De la sorte, dès que l’équipe ne participe pas aux séries de fin de saison, on se branche aux sports américains et à leurs grosses vedettes. D’accord, j’exagère peut-être un peu, mais sincèrement, je trouve inacceptable qu’on découpe la carte du Québec en parlant de Montréal et ensuite, des pauvres et lointaines régions dont les enjeux tiennent tant à cœur, mais qui sont pourtant trop souvent négligées. Évidemment, cette réflexion ne s’est pas imposée à moi soudainement. Depuis quelques mois déjà, j’ai pris conscience de la perception que peuvent avoir certains citadins à  notre égard, tristes gens des régions, surtout lors du visionnement de l’émission Tout le monde en parle du 25 mars dernier.

 

Quelle ne fut pas ma surprise, lorsque pendant son vingt minutes de gloire dominical, le journaliste Richard Martineau s’est pratiquement senti obligé de défendre les gens des régions devant ces milliers de regards montréalais, pour qui passer un week-end à Sainte-Adèle c’est aller à la campagne. Rappelons les faits. Martineau, citadin pur et dur, dont le nom de Montréal est tatoué sur le cœur et pour qui un bouchon de circulation à la sortie du pont Jacques-Cartier représente la fin du monde, a eu le loisir de parcourir le Québec tout entier pendant la campagne électorale provinciale. Avec ce périple au cœur des Saints-Meumeux du Québec, Martineau a dit s’être rendu compte que les gens des régions aussi avaient des choses à dire et que ces derniers semblaient se sentir négligés par toute la bureaucratie et l’élite montréalaises, qui ont pris tant de place pendant la campagne électorale. Quelle constatation! Bravo Richard! Eh oui, les gens des régions aussi ont, tout comme toi, la faculté de penser, la capacité de réfléchir et ils ont aussi des opinions… Mais fallait-il vraiment sortir de ton île pour te rendre compte qu’un habitant des Éboulements n’a rien à faire d’un bouchon de circulation sur le boulevard Métropolitain? Et avais-tu réellement besoin d’aller à Baie-Comeau pour réaliser que les accommodements raisonnables soulevaient aussi des débats chez les gens de la Côte-Nord? Il semble que oui et c’est bien là où tu as tort Richard.

 

En fait, il est fort probable que malgré toute ta bonne volonté, Martineau, le clivage entre les villes et les campagnes du Québec n’est pas près de disparaître, le sentiment de supériorité de tes confrères citadins non plus. Ne possédez-vous pas tous les centres d’affaires importants, les meilleures écoles, les médecins spécialistes, les spectacles de vedettes internationales, le Canadien de Montréal? Malgré tout cela, merci Richard de cette prise de conscience, de cette illumination qui n’est certainement attribuable qu’à ton génie montréalais, pur produit de la meilleure école du Plateau. Ton mea culpa était peut-être sincère, mais il n’aura pas suffi à remettre villes et campagnes sur un pied d’égalité et surtout, malgré tes meilleures intentions, ton discours a paru réducteur. Mais tout de même, merci Martineau de nous avoir fait réaliser que notre propre existence, tout aussi campagnarde qu’elle soit, avait elle aussi un sens. Toutefois, comme on dit, c’est trop peu trop tard.

 

Rafaelle Perron