LA FIN DES CLASSES
APPROCHE : UN BILAN S’IMPOSE
13 septembre 2006 : fusillade au Collège Dawson, à Montréal; 5 octobre et 17 novembre 2006 : alertes à la bombe au Cégep de Sainte-Foy et de Rivière-du-Loup ainsi que dans plusieurs autres établissements scolaires du Québec de septembre à décembre; 16 avril 2007 : fusillade à l’université Virginia Tech. 26 avril 2007 : un étudiant de Thetford Mines est retrouvé en possession d’une arme sans munition.
Les
lignes précédentes le démontrent, cette année, il n’est pas question de faire
le bilan du décrochage scolaire chez les garçons, ni des difficultés
d'utilisation de la langue française dans les établissements post-secondaires,
mais plutôt de l’impact des événements tragiques dont les lieux d’enseignement ont
été le théâtre. Déjà, à l’automne, j’écrivais une chronique témoignant de mon
inquiétude face à certains événements violents attribuables à des jeunes élèves
du niveau primaire. J’interrogeais alors l’influence du milieu ainsi que la
présence de violence au petit écran. Désormais, vu l’arrivée d’événements si
rapprochés, si liés et si nombreux, je questionne l’influence de la
surexposition médiatique, le sensationnalisme ainsi que l’absence apparente
d’actions ou de solutions qui nous laissent quasiment impuissants face à tout
cela.
Le cycle de la surexposition
médiatique
Le
travail des médias est, avant tout, d’informer la population le plus justement
possible face aux événements. Mais est-ce nécessaire d’être, en direct, sur les
lieux d’une fusillade, par exemple, afin de pouvoir diffuser le plus tôt
possible les images les plus sensationnelles et insupportables possibles, où
les cris et les balles résonnent encore? Non. Il est parfois préférable de
prendre un peu de recul afin de pouvoir poser un regard juste sur les
événements plutôt que de balancer le peu d’informations disponibles et risquer
de mal informer. Est-il également vital de diffuser des photos du tireur fou,
armé d’un revolver qu’il semble pointer en direction du téléspectateur assis
dans son salon? Non plus. Il s’avère par le fait même inutile de remâcher les
mêmes informations et de tenter de saisir la psychologie du tueur durant des
semaines. Je ne tenterai pas de m’improviser psychologue, psychanalyste ou
encore spécialiste du cerveau humain en tentant d’établir une corrélation entre
la surexposition médiatique et l’influence qu’elle peut avoir sur certains
individus tentés de reproduire les événements. Mais, je constate à tout de
moins depuis la fusillade du Collège Dawson, l’enchaînement et les similitudes
existantes entre les divers autres événements du genre, soit fusillades,
alertes à la bombe ou encore, possession d’armes à feu. J’aurais été curieux de
faire le bilan de l’année qui s’achève sans toute cette surexposition
médiatique…
Je
constate également que cette surexposition médiatique nous conserve dans un
état de peur constante, parfois même exagérée. Je ne dis pas que cette peur est
injustifiée puisque personne n’est à l’abri de tels événements, mais je crois
que, par moment, elle dépasse la normale et nous amène à être constamment sur
nos gardes. Prenons par exemple l’étudiant qui a été retrouvé en possession
d’une imitation d’arme au Cégep de Rivière-du-Loup, le 18 avril dernier. Dès
que l’imitation a été aperçue, la peur, conservée par l’exposition médiatique
des récents événements de Virginia Tech, a amené l’enclenchement d’un
branle-bas de combat qui s’est finalement avéré quelque peu exagéré. À en
croire la couverture médiatique, on aurait pu penser qu’un étudiant « à
risque » avait pété les plombs au collège.
À la recherche des solutions
En bout
de ligne, j’ai également l’impression que nous n’avons été que les témoins de
ces événements. Nous sommes restés figés, saisis face à ces événements,
apeurés, n'y comprenant rien. Où sont les solutions qui permettraient peut-être
de prévenir de telles situations? Il est impossible de croire qu’il n’y ait
aucune solution pouvant permettre de les éviter. Si certains en ont proposé, il
est probable qu’elles n’ont pas profité d’une quelconque surexposition
médiatique qui aurait peut-être permis d’éviter le pire ou, du moins, de
rassurer un peu la population.
Laisser la poussière retomber
Heureusement,
pour ceux qui n’ont pas déjà terminé, la fin des classes approche à grands pas.
Quelques mois de recul permettront sûrement de faire retomber la poussière et
peut-être même de prévoir des solutions pour l’avenir. Souhaitons tout de même
pouvoir briser le cycle et recommencer à neuf l’an prochain. De tels événements
ne doivent surtout pas s’inscrire dans le quotidien des établissements
scolaires.
Daniel
Blanchette Pelletier