Chronique du 30 septembre 2007
Dring! Dring!
Dring, Dring! Voilà le son que produit la sonnerie d’un téléphone cellulaire. Que vous soyez au restaurant, entre deux cours à l’école, lors d’une réunion, ou bien encore dans l’autobus, il y aura toujours un petit bruit retentissant laissant sous-entendre qu’un portable se fait prier pour qu’on s’occupe de lui. En, peu d’années, cet item technologique a connu une recrudescence importance. Selon une étude réalisée en 2002 par Nokia, 64% des jeunes Canadiens âgés de 15 à 17 ans possèdent un téléphone cellulaire. Néanmoins, on peut mettre en doute ce pourcentage étant donné que Nokia a intérêt à « créer un besoin » à ce niveau (augmenter ses ventes). Comme vous aurez tôt réalisé que cette chronique portera sur le mobile, je tenterai d’expliquer selon deux axes les changements qu’il a apportés dans nos vies, un plus positif et l’autre plus péjoratif.
Dans un premier temps, ce nouveau mode de
communication comporte des avantages autant pour les parents que pour leurs
enfants. En effet, les parents sont maintenant capables d’assurer un certain
contrôle sur les déplacements de leurs progénitures. Alors au lieu de leur
acheter un collier GPS, ils leur procurent un cellulaire. Ils peuvent leur
laisser une certaine liberté en toute quiétude, car ils peuvent maintenant les
joindre n’importe où, n’importe quand. Ils savent qu’ils pourront communiquer
autant d’un côté que de l’autre, si un pépin survient. En plus de la liberté
qui peut leur être attribuée, l’autonomie des jeunes peut suivre une croissance
plus accrue car ils seront en mesure de construire leur propre réseau social
téléphonique, indépendant de la famille. Finis les commentaires du style «
Cette fille-là appelle souvent. C’est ta nouvelle blonde? ». La
communication ainsi aisée comporte toutefois un léger inconvénient. Les
adolescents, bien judicieux, peuvent facilement dire qu’ils sont à la
bibliothèque alors qu’ils rigolent avec leurs copains. En ce sens, le portable
offre la liberté à l’interlocuteur de mentir sur sa situation géographique, il
décide de la prendre ou non.
Dans un deuxième temps, le cellulaire devient à
l’image de son consommateur et soutient le principe de l’individualisme. C’est
un objet très personnel car lors de l’achat les gens le choisissent en fonction
de son apparence et des multiples options proposées. Le choix est libre à
chaque acheteur. Son utilisation première reste évidemment la composition et la
réception d’appels, mais ce menu appareil propose une panoplie de
divertissements : jeu vidéo, message texte, accès à Internet et à ses
courriels, appareil photo, réveille-matin, agenda et j’en passe. Le
propriétaire du mobile en devient esclave car, du coup, il se voit dans
l’obligation de les utiliser étant donné qu’il dépense un montant X, plus ou
moins élevé. Aussi, les pénalités de contrat (ex. : minutes de longue
distance additionnelles, sonnerie spéciale, etc.) sont très dispendieuses.
Est-il vraiment nécessaire de dépenser de l’argent pour ces distractions
quelque peu futiles? En effet, combien de fois nous est-il arrivé de se faire
couper une conversation lorsque le portable de notre accompagnateur sonne? Si
celui-ci n’était pas soumis à sa sonnerie, il pourrait fermer son cellulaire,
mais il n’en fait rien. Subséquemment,
cela amène une série de séquences de communication, c’est-à-dire que sans finir
la première conversation il en débute une autre et il reprend la première
ensuite. L’entretien se trouve donc scindé en deux parties. La spontanéité des
paroles et la suite d’idées sont érodées. Dans cette mise en situation, l’appel
prend plus d’importance que la discussion déjà entamée avec la personne
présente.
En conclusion, il est impératif d’énoncer que
certes, le téléphone cellulaire révolutionne le monde des communications avec
sa capacité de discuter peu importe l’emplacement où l’on se trouve. Mais je me
plais à dénoncer son utilisation massive dans les lieux publics où les
discussions vives dérangent, où l’on capte des parcelles d’identité d’inconnus.
Systématiquement, leurs utilisateurs communiquent par un court appel ou message
texte alors qu’il minimise leurs rapports interpersonnels réels. Un petit
message fait l’affaire au lieu d’une visite chaleureuse. Le dialogue est ainsi
plus aisé mais peut-être manque-t-il de profondeur…
Eva Falk Pedersen