NOUVELLE VAGUE DE CHEFS JETABLES POUR LES PARTIS POLITIQUES
L’arène politique provinciale et
fédérale ne cesse d’être la source d’étonnement et de fascination. Mais, depuis
les deux dernières années, ce qui est le plus étonnant est de voir à quel point
elle est occupée, non pas seulement par les changements importants qui marquent
la scène politique, témoignage probable du mécontentement général de la
population, mais bien par les différents combats internes et guerres
intestinales qui ne semblent épargner aucun des partis.
La montée de l’Action démocratique du Québec et du Parti conservateur, le résultat des dernières élections pour le Parti Québécois ainsi que la baisse de popularité du Parti libéral (tant au provincial qu’au fédéral) et de leur chef respectif porte, et non sans raison, chacun des partis à se questionner sur le pourquoi de ces réalités. Pourtant la réflexion s’avère courte et plutôt irréfléchie. À quoi bon perdre son temps à réfléchir sur les actions posées par le passé et les projets futurs proposés à l’électorat? Il est bien plus facile de trouver un responsable, quelqu’un que l’on pourrait accuser de ne plus répondre à la demande et qui serait alors la cause de tous les problèmes : le chef. Et, pour arranger les choses, rien de mieux qu’une course à la chefferie afin de repartir sur les mêmes bases, mais cette fois-ci, menées par un chef nouveau. Reste à savoir si le changement sera suffisant.
Le Parti
Québécois est d’ailleurs le meilleur représentant de ce phénomène de dureté
envers ces chefs. L’exemple le plus à propos demeure sans doute celui d’André
Boisclair, élu chef du parti suite à la démission de Bernard Landry, qui,
rappelons-le, a été précipitée par une vague de questionnements menant à un
vote de confiance et dont il jugea le résultat insuffisant. Après à peine
dix-huit mois à la tête du parti et à la suite des résultats plus que décevants
de l’élection générale de 2007, tout le blâme est dirigé vers André Boisclair
qui se voit forcé de quitter, faute d’appui des membres de son parti. Jamais on
ne s’est interrogé sur l’omniprésence de la question référendaire ou sur le
contenu du programme électoral. Vient ensuite Pauline Marois qui, après avoir
quitté le monde politique à la suite de l’élection d’André Boisclair à la tête
du PQ, a été pressentie comme étant la personne idéale pour faire oublier les
durs dix-huit mois qui venaient de s’écouler. Pourtant, lors de la course à la
chefferie, on lui avait clairement fait comprendre, et pour une deuxième fois,
qu’on ne la voyait pas diriger les rangs du parti; on avait préféré le vent de
jeunesse et de renouveau proposé par André Boisclair à l’expérience dont elle
témoignait. Peu importe, par manque d’orgueil, peut-être, et par goût du
pouvoir, sûrement, elle s’est laissée mener à la tête du Parti Québécois,
supportée par ceux-là même qui avaient accueilli André Boisclair à bras
ouverts. Il ne reste qu’à espérer qu’elle ne soit pas le prochain chef du PQ à
être accusé, à tort, d’être responsable de tous les maux. Déjà, elle semble avoir
compris bien des choses en mettant de côté la question référendaire.
Au Parti
libéral, au provincial comme au fédéral, on ne semble pas non plus à l’abri de
ce phénomène. Les dernières élections générales ont porté un dur coup au Parti libéral
du Québec et du Canada, mais ce qui paraît le plus affecter le leadership de
leur chef respectif se retrouve à l’intérieur de sondages diffusés par les
médias. Ceux-ci ont démontré que la popularité de Jean Charest, tout comme
celle de Stéphane Dion, ne cessait de diminuer par rapport à celle des autres
chefs de parti au Québec. Bien que, pour l’instant, leur ancrage au sein de
leur parti semble solide, ce sera bien différent le jour où la baisse de leur
popularité sera avancée comme étant la cause unique des problèmes du parti
auprès de la population.
Heureusement,
ce ne sont pas tous les partis qui se déchirent ainsi. Les membres de l’Action démocratique
du Québec, de Québec solidaire et du Nouveau Parti Démocratique ont l’air de
supporter leur chef peu importe la situation. Il est curieux de voir à quel
point ce sont les partis qui ont moins connu le pouvoir qui sont les plus
solidaires. Plus un parti semble voir qu’il s’éloigne progressivement du
pouvoir ou plus le temps s’écoule sans qu’il ait réussi à le retrouver, plus le
chef semble pointé du doigt.
Certains
ont compris une réalité essentielle. Bien souvent, le chef n’est que la
représentation naïve des bases et des principes d’un parti. Les difficultés
d’un parti sont donc bien souvent beaucoup plus profondes qu’on le croit; il
faut amorcer une sérieuse réflexion plutôt que de croire que le tout se réglera
par un simple changement de chef. L’automne politique sera le reflet du temps
perdu à questionner le leadership de chacun des chefs. Un coup la tempête passée,
espérons seulement que tous les partis concernés comprendront que pour changer
la situation actuelle, la solution qui semble la plus facile n’est que rarement
la bonne.