Peser ses mots : de bouche fine à charognard
Notre langage quotidien n’est plus du français, il est un amalgame
hétéroclite d’anglicismes, d’archaïsmes, de mots raccourcis ou encore
d’argotismes. Le français, langue latine raffinée et complexe, subit une négligence
qui ne devrait pas avoir son lieu d’être, surtout que certains se battent
laborieusement pour qu’elle ne soit pas complètement dissoute dans le monde.
Cette chronique s’intéressera principalement aux possibles causes au
désagrégement de plus en plus général du français.
L’avancement technologique est l’une des causes du dépérissement de
notre langue. Le courriel est devenu une pratique courante pour les entreprises
et les particuliers. On n’a plus le temps de prendre le combiné du téléphone,
trop long. La messagerie électronique est le moyen le plus efficace de
communiquer rapidement. Cependant, l’utilisation de la langue y est médiocre,
les mots sont abrégés et les liaisons entre les mots sont douteuses. Et ce
n’est pas seulement chez les jeunes, mais également entre adultes… Le clavardage est également une
carie du français, le but est d’écrire sans perdre une seconde à vérifier
l’orthographe ou encore moins la conjugaison des verbes. La quantité l’emporte
sur la qualité. Les adolescents, en majorité, s’adonnent à cette activité
pendant plusieurs heures par semaine. En « fréquentant » ce type de communication,
il est impossible de venir à bout des erreurs grammaticales. Ils sont trop
habitués d’écrire de cette façon. Devant une production écrite dans une
institution scolaire, les élèves mélangent le langage employé sur le Web et ce
qu’ils devraient utiliser dans la rédaction normalement. Bien sûr, certains se
soucient de la langue et y excellent dans les tests, mais lorsque la note de
passage est de faire une faute aux 15 mots - cela fait beaucoup de fautes dans
une rédaction de 500 mots - les standards ne sont pas élevés.
Ensuite, l’exemple donné par les médias ne peut même pas être qualifié
d’exemple. Des nouvelles radiophoniques ou des animations à coup de «crisse» et
de «ciboire», de «moé» et de «toé» ou encore de «kèssé ?» et les fameux «si
j’aurais» envahissent les ondes. Il arrive même de retrouver des erreurs dans
la presse écrite. Qui regarde la télévision ? Tout le monde. Qui écoute la
radio ? Tout le monde. Les médias sont donc supposés
donner un exemple. Comme se fait-il qu’ils en soient incapables ? (Cote
d’écoute…) Pour ma part je les considère comme faisant partie de notre élite
québécoise, car les médias jouent un rôle primordial dans l’information
publique. L’influence exercée par les médias est non négligeable. Il est nécessaire
pour la population et plus spécifiquement pour les jeunes de recevoir un modèle
en matière de langue sur lequel se baser et y puiser des sources accessibles. Il
ne suffit pas qu’elle leur soit enseignée à l’école, mais ils doivent être mis
en contact quotidiennement avec un parlé et un écrit de qualité.
Le but n’est pas non plus de parler un français impeccable et de faire
la bouche fine en ayant la prétention de la perfection, d’utiliser le
subjonctif plus-que-parfait régulièrement et d’utiliser les mots les plus
compliqués du Larousse ni non plus de se mettre à blasphémer après une phrase
et de ne parler qu’en jargon québécois ou en langage électronique. La leçon est
surtout de peser ses mots, porter une attention particulière lorsqu’on discute
et encore plus lorsqu’on écrit. Il est normal de douter de l’orthographe et
d’aller vérifier dans le dictionnaire, ce n’est pas une activité qui nécessite
des recherches interminables et il est également très normal d’échapper un
juron une fois de temps en temps. Le français est une langue extraordinaire,
malgré sa complexité, qui mérite d’être utilisée correctement. Elle devrait
nous tenir à cœur de façon plus passionnée, elle nous caractérise du reste du
Canada et nous différencie !
La loi sur les langues officielles de 1974, la Charte de la langue
française de 1977 et la loi 101 sont-elles devenues des mirages ?