Chronique du 25 novembre 2007
Le mythe des arts sans avenir
Est-ce que la société valorise l’art? En surface,
oui. L’art nous le consommons à profusion : lecture, cinéma, théâtre.
L’abondance de salles de cinéma, de librairies, de musées et d’autres boutiques
spécialisées prouverait donc cette appréciation de la société pour l’art.
Pourtant, la réponse inverse se constate à certains égards. En effet, il existe
un certain mépris envers l’art lorsqu’il s’agit d’en faire un choix de
carrière. Par exemple, quelles réactions attendent les jeunes en quête d’une
carrière artistique au moment où ils manifestent leurs intentions de cheminer
dans un programme artistique collégial ou universitaire? « Les arts ne
sont qu’une passion, pas un métier », « Il n’y a presque aucun débouché »,
« Étudier l’art est une perte de temps »… Les arts seraient donc sans
avenir? Rien de plus faux.
Maman, je veux être artiste
Les
artistes ne roulent pas tous sur l’or. Plusieurs, n’ont pas la vie facile. Les
taux de placement à la sortie des universités sont bas. Ces faits sont
indéniables. Le métier d’artiste n’est pas sans risques ni sans sacrifices. Un
comédien, même après vingt brillantes années de métier, doit encore courir les
auditions, prouver son talent et même davantage. Où sont la sécurité d’emploi,
la stabilité financière? Il n’est pas surprenant que l’inquiétude affecte les
parents dont les enfants se lancent dans le domaine des arts afin de gagner
leur vie. Pourquoi l’accomplissement d’une carrière artistique serait-elle
aussi préoccupante? Pourtant, nul employeur n’est à l’abri d’une fermeture
d’usine, d’une mise à pied. Chaque emploi possède son lot de risques
financiers. Mélangerait-on les carrières passagères des phénomènes
« saveur du mois » et « vedette-kleenex » avec les artistes?
Est-ce que l’on confond « Maman, je veux être une vedette » et
« Maman, je veux être artiste »? Car, selon moi, la différence est là
et elle est bien nette.
L’art camouflé, parfois oublié
Au
collégial, est-ce que les arts plastiques sont dévalorisés? Certes, pas toujours,
mais, parfois, un certain mépris se manifeste entre étudiants : les arts
plastiques n’ont pas la même valeur que, par exemple, les sciences humaines ou
naturelles. Je plaide la méconnaissance ou peut-être l’oubli chez ce genre de
personnes. Car, avant tout, les arts plastiques demandent un pouvoir de
réflexion, d’analyse, de questionnement. Cela se nomme la création. La
créativité n’est pas encore vue comme une habileté de grande qualité au même
titre que la logique mathématique. Un autre bâton que la société met dans les
roues des futurs artistes. Pourtant, l’art est versatile. Il est omniprésent.
Parfois, si discret qu’on oublie qu’il est camouflé, parfois oublié dans
maintes sphères de la vie courante.
Des débouchés inattendus
De ces
multiples spécialités résultent un nombre étonnant et insoupçonné d’emplois à
caractère artistique. Le design
industriel, par exemple, est une forme d’art. N’est-il pas impressionnant de
réaliser que chaque objet que vous avez sous la main a été savamment créé,
dessiné, conceptualisé? Les fourchettes, stylos, balais, au-delà de leur
utilité première, présentent une qualité esthétique qui révèle d’une grande
recherche, d’une grande créativité. Outre le design, plusieurs domaines sont
alimentés par l’art. Par exemple, la photographie artistique a le pouvoir de
provoquer de vives émotions. Une photo fait parfois la différence, en
journalisme, entre un bon et un mauvais article. Du moins, elle influence
l’attention que le lecteur lui porte. Ensuite, derrière chaque production
télévisuelle ou théâtrale se dissimule le talent de concepteurs visuels, de
véritables artistes. Le graphisme fait aussi appel au savoir artistique : le
look d’un produit et la publicité qui s’y rattache ont un impact direct sur la
vente de ce dernier. Donc, la publicité est aussi une forme d’art, car elle
nécessite des efforts de création lorsqu’il est question d’esthétisme.
Un autre
rôle de l’art est souvent oublié: son apport historique. Par
l’architecture (l’expression de l’art la plus grandiose qui soit), la peinture
et la sculpture, l’art est une source savoir historique impressionnant. Il a
fixé les frontières de plusieurs époques. Sans doute, il en sera de même dans
l’avenir.
Inattendus
comme débouchés, n’est-ce pas ?
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