Un immobilisme alarmant

 

Les environnementalistes? « Tous des idéalistes! »… Être féministe? « Dépassé! »… Militer contre la pauvreté, dénoncer les injustices? « Naïf! »… Lorsque j’entends ces critiques qui se veulent réfléchies et irréfutables, j’ai l’impression de nous voir sombrer dans un immobilisme alarmant. En fait, ce laisser-aller entraîne une dangereuse stagnation sociale, puisque lorsqu’on préfère le cynisme à l’idéalisme, on n’apporte aucune solution valable aux grands maux de la société.

 

Alors que nos grands-mères ont marché pour l’obtention du droit de vote aux femmes et que nos grands-pères ont milité pour obtenir de meilleures conditions de travail, on se demande ce que nous, aujourd’hui, nous pourrions faire pour le bien commun. Vous me direz que les écologistes et les féministes sont bien présents au Québec et que leurs actions ne sont pas à sous-estimer, on n’a qu’à penser aux opposants à la vente d’une partie du parc du Mont-Orford ou à la lutte pour l’équité salariale. Cependant, quelle proportion de la population se mobilise véritablement? Si l’on se fie à la situation au Cégep de Rivière-du-Loup, dont le comité environnemental ne compte même pas une dizaine d’étudiants alors que le collège en dénombre près de 1200, on constate que la proportion est assez faible…

 

Paradoxe?

 

Ainsi, on dit croire en l’importance de préserver l’environnement mais rien de concret n’est fait pour contrer le réchauffement de la planète. On vante la place qu’occupe maintenant la femme dans nos sociétés mais on reste impuissant devant l’hyper sexualisation des jeunes filles. Malgré cela, quelles sont les initiatives récentes et novatrices qui visent réellement à améliorer la société? Bien entendu, on se questionne, tout en faisant de sages constatations sur la détérioration de la situation mondiale actuelle, sans rien faire pour y remédier. À ma connaissance, la pensée magique n’a pas résolu bien des conflits et a encore moins sauvé des vies… Pourtant, une société, tout aussi matérialiste qu’elle soit, a besoin d’évoluer. Cependant, pour ce faire, il faut bouger, se battre, accepter les sacrifices et l’éventualité d’un échec. Malheureusement, cette idée de lutte, de sacrifices et d’effort, semble bien impopulaire dans notre royaume de la facilité.

 

Un devoir pour chacun?

 

Évidemment, on ne peut pas demander à la population entière d’être militante active, étant donné que tout le monde n’a pas le désir ni la capacité de diriger un groupe et aussi parce que pour plusieurs, un rythme de vie effréné empêche tout engagement autre que professionnel. Pourtant, à mon avis, manque de temps ou non, tous les citoyens ont le devoir de s’informer. Ainsi, je pense que cette simple action peut apparaître comme étant une partie de la solution. Toutefois de nos jours, s’informer semble être pour certains, un mal nécessaire, de sorte que pour eux, Pierre Bruneau ou Jean-Luc Mongrain détiennent la vérité absolue. Peut-être faudrait-il rappeler à ces mêmes gens que ces chefs d’antennes, bien que très respectables, ne sont que d’expérimentés communicateurs au service d’une entreprise de communication qui cherche avant tout, comme toute entreprise, à générer des profits. Un véritable effort d’information passe par la multiplicité des sources. Ainsi, la radio, notamment la Première chaîne de Radio-Canada, les journaux ou même le Web, peuvent constituer d’aussi bonnes sources d’information que l’est la télévision, voire de meilleures.

 

À nous de trouver des solutions?

 

Par surcroît, ces gens pour qui s’informer se résume à l’écoute d’un seul bulletin, sont généralement ceux qui s’attardent aux clichés véhiculés par la guerre de l’image. Ainsi, ils croient obstinément que l’instabilité géopolitique du monde est entièrement attribuable aux Américains ou que si un problème se pose, c’est nécessairement la faute du gouvernement. Bien s’informer, c’est prendre conscience que ce gouvernement, que nous avons choisi, subit des pressions considérables du milieu des affaires, des syndicats, des autres grands acteurs de la géopolitique mondiale, etc.

 

En outre, il y a fort à parier que si chacun avait une cause à défendre ou un but à atteindre, il serait plus facile de se sortir de cette léthargie sociale. Je pense qu’il est honorable de croire en quelque chose ou de soutenir une cause, surtout de nos jours. Par exemple, clamer haut et fort qu’on est féministe aujourd’hui, peut faire naître certaines appréhensions, puisque ce n’est plus chose courante. De ce fait, lorsque les premières féministes ont osé parler d’égalité des sexes, réclamant d’un même souffle l’équité salariale, nombreux sont ceux qui ont douté de leur démarche. Malgré cela, les pionnières du féminisme pourraient désormais se vanter d’avoir fait de la femme l’égale de l’homme dans bien des domaines. La preuve est ainsi faite que croire en quelque chose et se battre pour elle peut parfois donner les résultats escomptés…

 

Rafaelle Perron