Chronique du 23 décembre 2007

 

 

NOËL PERDU OU PRIVER UN ENFANT DE LA PRÉSENCE DE PAPA

 

 

J’aime Noël. Le clinquant, la surconsommation, je m’en accommode fort bien quelques semaines par année. Dès le début de mon adolescence, j’ai pris en charge la décoration de la maisonnée. Mes parents, un peu blasés, auraient d’ailleurs parfois préféré que je mette la pédale douce. Un jour de tempête du mois de décembre, j’avais même insisté pour que mon père me conduise au centre commercial afin que je puisse me procurer le disque de Noël de Gérard Lenorman. C’était en 1977 ou 78 peut-être…

 

Je me sentais tellement heureuse de pouvoir décorer « mon » sapin en ce jour de congé forcé. Je devais être un peu perdue dans mes pensées à rêvasser de l’amoureux idéal quand « mon » Gérard a entonné « Noël perdu ». Je me suis mise à pleurer. Pas parce que le cantique exposait une sempiternelle histoire d’enfant miséreux, mais parce qu’on y racontait l’histoire d’un père récemment séparé qui allait vivre son premier Noël sans son fils à ses côtés. On entend encore parfois ce cantique à la radio. Et dès les premiers accords de guitare, je redeviens l’adolescente émotive que j’étais il y a trente ans…

 

Deux poids, deux mesures

 

Jusqu’à l’année dernière, l’histoire me touchait mais me semblait désincarnée. J’ai eu la chance de trouver « l’amoureux idéal » dont je rêvais à douze ans et je n’ai jamais eu à me soumettre à l’exercice périlleux du partage des enfants à Noël. Puis, il y a eu la saga Myriam Bédard, partie aux États-Unis avec sa fille sans le consentement du père de celle-ci. On est habitué de voir l’inverse : tout le monde se souvient de Fabienne Brin, cette française dont le conjoint avait enlevé sa fille de trois ans. Pendant les quatre années qu’ont duré les recherches pour retrouver sa fille, madame Brin a pu compter sur la sympathie de nombreuses personnes. Ce ne fut pas le cas de Jean Paquet, l’ex-conjoint de Myriam Bédard.

 

Lors d’un vox pop publié dans un grand quotidien, plusieurs personnes ne comprenaient pas pourquoi les autorités s’acharnaient tant sur l’ancienne athlète olympique. Il s’en est même trouvé pour acheter la folle théorie du harcèlement bureaucratique imaginée par madame Bédard et son nouveau conjoint. Je me souviens d’avoir lu un commentaire qui ressemblait à « Qu’on la laisse enfin tranquille, elle n’a rien fait ».

 

Heureusement, il existe encore une certaine forme de justice en ce bas monde. En décembre 2006, à quelques jours de Noël, la saga a pris fin et un père a poussé un soupir de soulagement en retrouvant sa fille.

 

Un beau pied de nez à nos héros de « Fathers for Justice » qui clament haut et fort que la Justice est contre les pères dans ce pays. Évidemment, pas question d’avoir de la sympathie pour un mouvement aussi radical, mais il faut bien admettre que, dans l’esprit populaire, les préjugés sont encore vraiment tenaces à l’endroit des pères en matière de garde d’enfants.

 

Mon beau bébé juste, juste à moi

 

Il y a plusieurs années, après une séparation tumultueuse, une bonne connaissance à moi a brusquement décidé de quitter le Québec pour aller travailler en Ontario, privant ainsi ses deux fils de la présence régulière de leur père. Maintenant que les fistons sont de retour au Québec et qu’ils sont de grands adolescents pas vraiment commodes, maman reproche à papa de ne plus être là quand elle crie au secours…

Cette histoire s’est passée il y a plus de dix ans. Cette femme avait alors pris une bien mauvaise décision sur un coup de tête, pas pour fuir un conjoint violent ou abuseur. On oserait espérer que les choses ne se passent plus ainsi. Et pourtant… L’été dernier, une cousine de mon mari a quitté le Québec pour aller s’établir dans l’Ouest canadien avec son nouveau conjoint. Elle a « évidemment » emmené avec elle ses trois enfants. Quand ma belle-mère m’a raconté cette histoire, je n’ai pu m’empêcher de dire à quel point la situation me semblait d’une infinie tristesse. Ma belle-mère m’a alors sèchement rappelé qu’il fallait bien gagner sa vie et que, de toute façon, le père était bien content parce qu’il n’avait plus à défrayer les frais de garde pour ses enfants…

 

Je suis plutôt reconnue comme une personne conciliante qui ne cherche pas la bagarre. Mais là, j’avoue que j’ai un tout petit peu pété les plombs… Je n’ai pas cru une seule minute que la situation ait pu faire l’affaire du père... Et on peut très bien gagner sa vie au Québec avec la situation actuelle de l’emploi. Malgré ma colère, j’ai eu la présence d’esprit de demander à ma belle-mère comment elle réagirait si c’était moi qui décidait de partir très loin avec les enfants de son fils…

 

Et je me permets de poser la même question à toutes les personnes qui osent encore affirmer qu’une mère ne commet pas d’offense en privant ses enfants de la présence d’un père adéquat…

 

 

Anne Lambert