Catastrophes…Culture
et … V.L.B. !!!
Il est
toujours un peu embêtant d’écrire une chronique d’actualité et d’éviter de
patauger dans les mêmes plats que les autres chroniqueurs. De même, il n’est
pas facile de laisser de côté les sujets qui nous ont tarabustés à un point tel
que nous aurions souhaité encore tremper notre plume dans un encrier rempli de
vitriol pour les dénoncer vivement…!!! Mais, puisque j’ai un engagement à
remplir, je dois m’y soumettre et tenter de partager avec vous une de mes
préoccupations qui pourrait peut-être vous intéresser.
Catastrophes…
Ce ne
sont cependant pas les sujets qui manquent… ni les catastrophes. Devrais-je
parler des gaz à effets de serre qui sont en train de transformer notre belle
planète bleue en sauna invivable? Ou encore des dernières élections
provinciales? Ou encore des prochaines élections fédérales? Ou des listes
d’attente dans les hôpitaux qui sont en train de devenir des listes
électorales? Ou des accommodements raisonnables? Ou encore de l’horreur des
guerres en Irak et en Afghanistan? Ou des massacres au Darfour? Ou de l’égoïsme
des baby-boomers? Ou de l’ineptie de la télé-réalité?
Mais de
ces thèmes-là, tout le monde en parle, comme dirait l’autre!
Culture.
Et si on
parlait plutôt culture! Puisqu’il semble qu’on l’ait reléguée… au placard … durant
toute la campagne électorale et que la société québécoise ne semblait pas en jauger l’importance. Pourtant, on se bombe le
torse devant la réussite de nos artistes à l’étranger. Ce sont, paraît-il, nos
meilleurs ambassadeurs et nos meilleurs porte-parole partout dans le monde. Mais,
comme tout est business, comme tout se mesure à l’aune de la réussite
comptable, à quoi peut bien servir la notion même de culture? On sait bien que
la marque de réussite d’un artiste n’est pas d’abord son talent… mais le fait
que son dernier « hit » lui ait rapporté des tonnes de beaux dollars,
ce qui fait monter souvent l’insignifiance au rang de manifestation de génie…selon
les barèmes économiques.
Et, en
plus, le monde de l’éducation n’aide pas à la promotion de la culture. En
effet, est-ce que l’école accorde autant de valeur à l’art, à la lecture, à la
philosophie, à la culture en somme qu’à la science? Est-ce qu’on regarde du même
œil l’étudiante ou l’étudiant qui se dirige vers une carrière scientifique et
celle ou celui qui a choisi le domaine des arts? Pourtant ce sont bien deux
domaines qui manifestent la beauté et la grandeur de l’intelligence humaine…Non,
la culture et les arts passent au second rang, quand ils ne sont pas carrément
oubliés parce que jugés inutiles et obsolètes : en effet, à quoi ça sert de
connaître un peu la littérature, un peu la philosophie, un peu les arts?
VLB
Afin
d’illustrer encore mieux notre mépris de la culture comme apport à la société
québécoise, voici un exemple qui nous concerne: ici, dans notre milieu du KRTB,
on réagit très peu au fait qu’un des plus grands auteurs québécois est en train
de plier bagage pour aller s’installer dans la région de Lanaudière où il est
attendu à bras ouverts. Et quand je dis un des plus grands, je mesure mes mots.
Depuis
ma tendre enfance, assis sur « la galerie » avec mon père où je
lisais avec passion « Les exilés dans la forêt », je n’ai cessé de
dévorer des milliers de bouquins de toutes origines et de tout style. Et
d’après moi, Victor-Lévy Beaulieu trône parmi les plus grands. Par son
immensité, par sa diversité, par son originalité, par sa vérité, par sa
capacité de faire connaître un aspect particulier de l’âme québécoise. Son
dernier essai « James Joyce, L’Irlande, le Québec et les mots » est
tout simplement génial. Comme toute son œuvre. Comme son théâtre. Comme ses
dramatiques télévisées.
Qu’on le
laisse quitter dans l’indifférence béate pour une question de sous me laisse
pantois … Non, Victor-Lévy ne rapporte sans doute pas autant que le traversier…
ni que les éoliennes…ni que les porcheries …Encore que les touristes faisaient
un détour en ville pour visiter ses installations, pour un moment au théâtre,
pour une plongée dans l’imaginaire « victor-lévien »…peut-être pour
le rencontrer… pas pour une poutine à la cantine!
Il est
un des seuls auteurs à s’être installé au KRTB et qui l’ait fait connaître. Un
des seuls aussi qui ait écrit une saga montréalaise à partir de la région, ce
qui, pour les iconoclastes de la culture métropolitaine semble encore
impossible…puisque, de culture pour eux, il n’y a que celle du plateau. En
plus, il a voulu installer son musée dans notre milieu et augmenter ainsi notre
richesse culturelle commune.
Pour
toutes ces raisons, je trouve désolante notre indifférence et l’absence de
réaction de nos élus à l’annonce de son départ. Et enfin, comme conclusion, je
me permets de citer Pierre Landry dans la dernière édition du Mouton
Noir :
« Nous
constituons une culture jeune, forestière dans le sens de « pas encore
sortie du bois », rien à voir avec la profondeur de la vision japonaise.
Dans l’empire du prêt-à-porter et du prêt-à-penser, nous cultivons encore le
prêt-à-jeter. Nos trésors nationaux, nous ne les vénérons pas, nous les mettons
à la poubelle.
C’est
d’une tristesse effarante. »
Oui,
d’une tristesse effarante!