ENFIN LES VACANCES!

 

Chaque année, lorsque la période des vacances s’amorce, c’est tristement inévitable : les grands quotidiens ne manquent jamais de souligner que des petits bout de choux de quelques mois à cinq ans ne profiteront pas d’un répit de service de garde. De quelques cas d’exception répertoriés il y a une quinzaine d’années, nous serions passés à  quelques centaines de petits Québécois qui passeront leur tour pour la ronde des vacances.

 

Des chiffres officiels

 

Difficile à imaginer? Pas tant que ça pour les éducatrices qui vivent ces situations avec les bambins. Mais voyons, c’est impossible! Le journaliste bien intentionné qui ne désire pas tomber dans le sensationnalisme aura d’ailleurs beaucoup de mal à trouver des chiffres officiels à ce sujet. En creusant un peu, il réussira tout juste à faire admettre à ses sources qu’il s’agit d’exceptions. Pourquoi noircir les pages d’un journal alors? « Allez donc parler d’exception ou de quantité négligeable au petit qui n’a pas profité d’un répit de gardiennage depuis plus de vingt-quatre mois » finira par lancer la source, évidemment anonyme, mais inévitablement troublée et agacée par un journaliste sans cesse préoccupé par des questions éthiques et par la sacro-sainte objectivité.

 

L’histoire qu’on ne raconte pas

 

Il y a plus d’une douzaine d’années, avant que le Québec ne se soit doté de son système national de services de garde, les parents qui profitaient d’une aide financière pour les frais de garde avaient dû composer avec une décision qui avait fait couler beaucoup d’encre : le gouvernement n’octroyait plus que quarante-neuf au lieu de cinquante semaines de subvention. On peut comprendre que pour certains parents peu fortunés qui profitaient de seulement deux semaines de vacances payées par leur employeur, la situation pouvait s’avérer plus qu’inconfortable. Pour corriger cette malencontreuse situation, nos dirigeants devaient agir. En voulant faire preuve de souplesse vis-à-vis des parents qui se voyaient pénaliser par cette mesure, les directions des centres de la petite enfance ne pouvaient pas anticiper qu’une dizaine d’années plus tard, des centaines de parents choisiraient de laisser bébé à la garderie pendant qu’ils profitent tranquillement de leurs vacances à la maison.

 

Une tendance qui s’accentue

 

Alertées par cette nouvelle situation, nos autorités ont décidé de miser sur la bonne foi des parents en instaurant une campagne de sensibilisation. Il y a trois ans, on a donc décidé de placarder les murs des centres de la petite enfance avec des affiches invitant les parents à offrir des vacances à leur progéniture. Selon les sources officielles, l’opération aurait été couronnée de succès. Les éducatrices sur le terrain ne démontrent toutefois pas toutes le même enthousiasme. Elles estiment que trop d’enfants sont encore privés d’un répit essentiel. Elles sont scandalisées par le laxisme de nos dirigeants et par l’attitude de certains parents. Et elles choisissent de revenir  à la charge chaque année.

 

Question de crédibilité

 

Chaque article publié à ce sujet au cours des dernières années laissait toujours planer un doute sur la véracité des propos tenus par les éducatrices. On tentait de comprendre leurs motivations, on insistait sur le fait qu’elles avaient tendance à juger fortement les parents sans connaître leur situation, etc.

 

C’est vrai qu’il y a toujours deux côtés à une médaille. Chaque parent qui utilise ou qui a utilisé les services de garde aura d’ailleurs son anecdote à raconter sur un quelconque conflit l’ayant opposé à l’éducatrice de son enfant. Chaque fois, il racontera qu’il s’est senti jugé et incompétent. Cependant, hormis ces quelques petits accrochages, les parents font confiance aux éducatrices et se fient à leur bon jugement.

 

La société en général gagnerait également à les écouter davantage. Quand elles abordent le sujet des bambins privés de vacances, elles peuvent parfois sembler au bord de la crise de nerfs. Quand, en toute bonne foi, elles tentent en douce de faire remarquer à un parent que son enfant passe peut-être un peu trop de temps à la garderie, elles peuvent parfois outrepasser leur mandat, mais elles sont souvent la seule et unique voix des enfants.

 

Anne Lambert