C’est
avec un peu d’étonnement que nous avons appris le démantèlement d’un réseau de
trafic de drogues qui a eu lieu dans notre région. Surprise, car parfois, avec
le calme et la tranquillité qui nous entourent, nous nous sentons à l’abri de
« ces choses qui n’arrivent que dans les grands centres ». En
même temps, cela ne m’a pas beaucoup étonnée parce que notre territoire, si
vaste, permet de telles activités sans éveiller de soupçons.
Ce
n’est malheureusement pas une nouvelle isolée, d’une manière presque
quotidienne on fait référence à d’autres lieux, à d’autres villes et même à ce
qui arrive dans d'autres pays. Les
commentaires qui viennent avec toutes ces nouvelles sont ceux de la production,
du trafic et de l’exportation ou de l'importation de ces substances. Là où le
traitement de celles-ci m’agace est au moment où l'on parle de la
« valeur » de cette « marchandise » qui se chiffre
constamment en plusieurs milliers ou millions de dollars. À ceci s'ajoute en
général une quantité de gens qui y participent. Outre les substances, on saisit des biens appelés de luxe. La
liste est longue et ce qui me dérange particulièrement est justement cela, le
traitement pécuniaire et économique de la nouvelle.
Une
autre façon de voir les choses
J’aimerais
beaucoup qu’à la place de me dire combien d’argent il va se faire à partir de
ces substances, qu’on m’informe au sujet du nombre de doses et de personnes qui
seront affectées par leur consommation : mille? Cinq mille? Combien parmi elles
en seront à leur première fois, ou à leur cinquantième. De quelle façon leur
vie a-t-elle changée après les avoir consommées, combien de parents, de
familles, de « blondes » et
de « chums » seront
confrontés à cette réalité chez un être proche, combien d’enfants ne seront
plus capables de s’en sortir? Bien sûr, jamais je n’aurai de réponse à ma
question, il ne faut pas pécher par naïveté.
Ma
chronique ne veut pas critiquer qui que ce soit, le thème est complexe et ce
n'est pas demain matin que nous serons capables de les éradiquer de la surface
de la planète, ni de comprendre ou de savoir pourquoi l’être humain trouve chez
celles-ci un refuge, une distraction, une évasion ou un labyrinthe sans issu.
Je trouve seulement déplorable qu’on parle de tout cela sans pour autant parler
des conséquences, il me semble qu’il y a un vide informatif.
J’essaie
d’imaginer quelle secrète pensée nous pourrions avoir après avoir écouté ou lu
de telles nouvelles? Elles parlent de
tout cet argent, de toutes ces voitures, bijoux, maisons et articles qui ne seront jamais à notre
portée -même si on travaille avec acharnement toute notre vie- car leurs prix
sont simplement exorbitants?
De
quelle façon demander à nos jeunes d’essayer de faire quelque chose de
productif pendant les vacances, même s’il ne s’agit que de tondre la pelouse
chez le voisin ou d’aller travailler au restaurant du coin, tout cela avec
l’idée qu’ils connaissent « la valeur de l’argent » qu’ils se fassent
quelques sous pour leurs petites dépenses et qu’ils commencent à sentir qu’ils
font partie d’une société dans laquelle il faut faire des efforts pour se faire
une place?
Des
stars qui me font frémir
C’est
aussi avec énormément de tristesse et de révolte que je lis, dans les magazines
à potin, les titres des nouvelles au sujet de jeunes artistes qui confessent
avoir des problèmes de consommation. Dans ces articles on banalise les
arrestations, les séjours en prison et tout ce qu’il y a autour de ceci. Ce
sont ces mêmes « stars » que nos enfants veulent imiter!
Là
encore, il ne s’agit pas de juger. Au risque de paraître dépassée, je me
demande si dans cet univers d’apparente fête continuelle, il n’y aurait pas
quelqu’un d’autre de qui parler.
Pourquoi les caméras ne se tournent jamais vers ces mêmes personnes du
showbiz qui réussissent bien? Si l’idée est de vendre une image ou une
idole, pourquoi ne pas vendre au moins
un ou une à qui les jeunes pourraient vraiment et positivement s’identifier?
Ce
traitement de la nouvelle n’est pas exclusif à nous, la situation est mondiale,
c’est toujours la même équation. J’espère qu’à un moment donné le vent tournera
et que ce virage se fera vers une diffusion de la nouvelle plus proche d'un
autre type d’analyse plus adéquat et conforme aux valeurs du public. Le journaliste
a une responsabilité, de la même façon que nous comme société, nous avons la
nôtre de décortiquer la nouvelle et de la critiquer si nécessaire.
Lucy Abaunza