Chronique
du 14 octobre 2007
EST-CE
QU’ON BANALISE LA PAUVRETÉ ?
Au cours des dernières
années, on a beaucoup parlé de lois pour l’élimination de la pauvreté, de
revenu minimum garanti, de mesures particulières pour aider les moins bien nantis
de notre société. Mais est-ce seulement un rêve ou est-ce qu’un jour on en
arrivera vraiment à éliminer la pauvreté ? Est-ce que la volonté politique et
sociale est bien déterminée et disposée à poser les gestes qu’il faut…j’en
doute.
L’écart
entre les riches et les pauvres ne cesse de s’accroître et les personnes dites
« pauvres » ne sont plus seulement celles prestataires de l’aide
sociale. De nombreux ménages à faible revenu en arrachent pour arriver, ne serait-ce
qu’à survivre. Bien des gens doivent encore, en 2007, choisir entre prendre les
médicaments essentiels à leur condition ou manger. Avec l’hiver qui arrive bien
des familles savent qu’elles vont avoir froid, faute de pouvoir isoler
adéquatement leur logis ou payer la facture d’électricité qui ne cesse
d’augmenter. Des parents choisissent encore volontairement d’aller à la
sécurité du revenu parce qu’ils n’arrivent pas à payer les médicaments requis
pour leur enfant malade. Qui oserait les blâmer ! Des exemples de ce genre sont
encore nombreux, alors qu’en même temps, on parle de libre échange, de
mondialisation, de croissance économique. Demandez à une personne vivant sous
le seuil de la pauvreté ce qu’elle pense de tous ces concepts. Elle vous dira
qu’ils ont été inventés par des riches, pour des riches. Les mesures fiscales
pour les familles pauvres… de la poudre aux yeux ! Vous comme moi savons que
ceux qui profitent le plus de ces mesures et abris fiscaux sont ceux qui ont de
l’argent. Comment une personne qui n’a pas de revenus de travail peut-elle
demander un crédit d’impôt ?
Les
Québécois sont réputés pour être généreux, mais tous les gestes qui sont posés
le sont-ils vraiment pour les bonnes raisons ? Oui il y a les téléthons et les
innombrables collectes de fonds. Est-ce qu’on donne seulement pour le reçu
d’impôt? Quand on donne pour les paniers de Noël c’est bien, mais est-ce que
l’on ne pourrait pas aider à d’autres moments? Des gens ont faim toute l’année voyez-vous
et ils ne sont pas en Afrique ! Comme plein de gens, à chaque début de saison,
nous faisons le ménage et nous donnons nos vêtements usagés à la Saint-Vincent
de Paul ou encore à la friperie du coin. Est-ce qu’on le fait vraiment pour
aider ou est-ce que l’on veut juste se débarrasser de nos
« vieilleries » pour faire de la place et acheter de nouveau. A-t-on
vraiment la conscience sociale bien aiguisée ? Je me pose souvent la question.
Et la
pauvreté dans tout ça, la réelle pauvreté que des gens de notre milieu vivent
quotidiennement. Est-ce qu’elle nous touche réellement ? Dans notre société
actuelle de surconsommation et de matérialisme inégalé, j’en doute. Vous n’avez
qu’à regarder nos jeunes. Ils sont des consommateurs invétérés, et ce, de plus
en plus jeunes. Leurs demandes sont insensées et coûteuses : vêtements
griffés, dernier joujou électronique, cellulaires, etc… Quand j’étais jeune, on
se contentait d’une liste de cadeaux contenant quelques articles du catalogue
Sears et on savait d’avance qu’on ne les aurait pas tous. Aujourd’hui ce sont
les pages entières qu’ils demandent et ils s’attendent vraiment à les avoir! On
élève nos jeunes pour en faire des futurs clients des institutions financières
et je vous jure que ce ne sera pas nécessairement pour placer de l’argent!
Oui on
pose plein de gestes de générosité, mais en revanche, certains préjugés
demeurent bien ancrés, notamment pour ce qui touche les prestataires de l’aide
sociale. Je n’ai pas besoin de vous dire les phrases péjoratives ou
dédaigneuses dont ils sont l’objet. Si on veut vraiment éliminer la pauvreté,
il faudra aussi modifier notre langage et notre comportement.
Ça me
fait penser à un itinérant rencontré cet été à Montréal. Il était handicapé et
faisait son laïus touristique pour obtenir quelques sous. Il était très bon et
avait même appris plusieurs mots dans un nombre impressionnant de langues. A un
moment donné, il nous a dit : « C’est l’fun, vous me regardez dans
les yeux, vous ne me jugez pas, vous ne regardez pas seulement mon
handicap ». Même si je crois être sensibilisée, je vous avouerai que ça
m’a un peu troublée. Alors j’imagine ce qu’il peut ressentir quand on le
regarde de haut…quand on prend la peine de le regarder. C’est aussi ça modifier
son comportement, considérer l’autre comme une personne à part entière, sans
égard à son revenu ou son statut social. Ne pas banaliser la pauvreté.
On
multiplie les gestes bien intentionnés et les causes sont toutes aussi louables
les unes que les autres. Ce que je souhaite, c’est que l’on se pose les vrais
questions, que l’on arrête d’être individualiste et que collectivement on
agisse avec une vision commune. Il faudrait alors que tout le monde mette
l’épaule à la roue : entreprises, municipalités, politiciens, organismes
communautaires et citoyens. Une vrai politique sociale, avec des objectifs et
moyens réalistes pour éliminer la pauvreté dans notre communauté…enfin pour les
bonnes raisons et pour les bonnes personnes.