Chronique
du 11 novembre 2007
Depuis plusieurs mois, nous entendons toutes sortes d’histoires
concernant l’immigration et plus
précisément l’intégration des immigrants. Dans ce sens, comme immigrante, je voudrais vous parler de mon expérience
personnelle.
Je m’appelle Yenifer Morales et je suis une nouvelle arrivante. Je suis venue au Canada pour explorer un nouvel avenir. Je suis née à Bogota, la capitale de la Colombie. Malgré tout ce qui s’est dit dans les médias, il y a en Colombie beaucoup de gens chaleureux et aimables. Cependant, les différences économiques très accentuées entre les classes sociales nous conduisent directement à un désordre social qui empêche de vivre en paix et en tranquillité.
Ma famille et moi sommes arrivés au Canada en mars 2005 comme résidants
permanents, statut qui nous offre les mêmes droits et les mêmes obligations qu’un citoyen canadien, sauf le droit de
voter. Professionnels universitaires, avec un an d’étude en langue française,
nous sommes arrivés directement à Québec. Nous connaissions des amis colombiens
qui y étaient déjà installés et qui
pouvaient nous aider dans cette première étape d’adaptation. Le choc culturel,
la barrière de la langue et le climat nous ont tellement frappés que nous avons
douté de notre décision de venir ici.
Il était clair que quand j’ai décidé de quitter mon pays avec ma famille
pour venir au Canada, je devais me préparer à ma nouvelle vie en prévoyant une
certaine adaptation à la culture et à la société d’accueil. Cela était très
clair pour moi! Mais c’est une chose de se préparer et une autre de vivre le
pays d’accueil au quotidien.
En Colombie, j’étais professeure en sciences et technologies, j’ai une maîtrise en éducation sexuelle et huit
années d’expérience comme enseignante au niveau secondaire. Mon époux était
chimiste industriel. Il est certain, que nous nous attendions à ce que nos
études soient valides ici pour initier la recherche d’emploi. Mais ce ne fut
pas complètement le cas. Pour ma part, mes diplômes équivalaient à trois ans
d’un baccalauréat en enseignement et pour obtenir le permis d’enseignement qu’exige le Ministère de l’Éducation, du
Loisir et du Sport, je devais suivre
des cours à l’université.
Donc, ce n’était pas seulement la langue française qui nous éloignait du
marché du travail mais aussi la reconnaissance de notre formation et de notre
expérience professionnelle.
Cependant, durant toute cette folie de nouvelle vie pleine d’adaptations
et avec un avenir incertain, mon mari a commencé la recherche d’emploi même en
sachant qu’il ne maîtrisait pas la langue française. Mais, grâce à sa
persévérance, son expérience, ses compétences professionnelles et à l’ouverture
de son employeur il a réussi à trouver un emploi ici à Rivière-du-Loup. Cela a
permis que notre intégration à la société d’accueil soit un peu plus facile
pour nous que pour d’autres immigrants. Plusieurs d’entre eux doivent reprendre
les études et, en attendant, ils doivent occuper des emplois en deçà de leurs
compétences.
Heureusement, nous avons eu la chance de trouver
rapidement mais partiellement une stabilité personnelle et professionnelle. Je
dis partiellement parce que mon chemin vers l’intégration professionnelle au
travail est encore un peu loin. Je suis en train de terminer le deuxième des
trois cours que m’exige le Ministère de l’Éducation pour obtenir le permis
d’enseigner. En plus, j’étudie très fort
le français pour réussir un examen et après ça, je pourrai poser ma
candidature à des postes de suppléance comme enseignante. En attendant, j’ai
décidé de commencer mon expérience de travail en donnant des cours d’espagnol.
Cela m’a permis de commencer mon intégration, de connaître et comprendre un peu
la culture et les coutumes des gens qui habitent ici.
Le gouvernement facilite notre intégration en nous procurant le
soutien nécessaire pour notre établissement harmonieux. Après, nous devons faire notre part et « être
ouverts » à l’intégration. Mais il faut dire aussi que le processus d’adaptation est long et qu’il doit
se faire en continu. Je
pense que notre intégration, notre qualité de vie et notre bien-être dépendent
directement d’une adaptation rapide.
Je sais que la frontière est
difficile à tracer entre le bienfait de l’appropriation d’une culture
différente pour les uns et la nécessité d’adaptation à la culture d’accueil
pour ceux qui arrivent... mais, il faut essayer pour vivre en harmonie!
Yenifer
Morales