À qui profite la concurrence mondiale, le risque de
« mal gagner sa vie »?

 

 L’histoire récente nous a montré les réalités et les conséquences des traités de libre-échange; à qui ils ont bénéficié, et qui en est sorti perdant.

 L’implantation d’une zone de libre commerce dans les pays de tout le continent américain est un projet qui motive grandement les États Unis. L’expérience leur a démontré, à partir de 1994 et après la signature du traité de libre-échange avec le Canada et le Mexique, les grands bénéfices qu’ils peuvent en tirer, surtout des pays du sud.

 Actuellement, plusieurs pays du continent ont déjà signé ou sont en voie de le faire : El Salvador, Chili, Colombie, La République Dominicaine, Panama, pour n’en nommer que quelques-uns.  Un argument très favorable à ces accords est le fait que tous ces pays ont les États-Unis comme principal partenaire commercial. Imaginez l’impact : l’acheteur numéro un de la planète ouvre ses portes pour acquérir les produits et services de ces nations et cela sans tracas douaniers. Le même argument utilisé il y a plusieurs années par les gouvernements de Brian Mulroney et Carlos Salinas de Gortari.

 Qui pourrait être contre le fait qu’un pays exporte ses produits et services, augmentant ainsi son développement et sa compétitivité?  Qui voudrait s’opposer à l’introduction d’investissements et de nouvelles technologies et que cela génère comme conséquence une amélioration du niveau de vie de sa population? Vus de cette façon, d’une manière si simple, les arguments en faveur seraient irréfutables.

 

  L’autre côté de la médaille

L'investissement étranger provient parfois des entreprises multinationales. Si on voyage dans ces pays-là, il n’est pas rare de trouver au supermarché le même dentifrice, le lait qui a comme logo un œillet, le chocolat instantané avec un lapin sur l’étiquette ou un mouchoir que là-bas aussi on appelle “Kleenex”. Ces multinationales ont effacé de la carte, petit à petit, les produits domestiques, elles se trouvent maintenant installées à l’intérieur des frontières des différents pays. Sans barrières commerciales, elles fabriquent, vendent localement et exportent.

Quand on a introduit ces produits et au moment de designer leur prix de vente, on n’a pas tenu compte du niveau de vie, du salaire minimum de la population ou du coût de production. On les a introduits au même prix payé par la population de la première puissance économique planétaire. Le prix a été globalisé et l’option d’obtenir des produits locaux est devenue presque nulle.  Par conséquent, le coût de la vie a augmenté, pas uniquement pour les produits ou les services de luxe, mais pour les produits de consommation de base.

 

Main-d'oeuvre bon marché

C’est sûr que pour les entreprises, il est très intéressant de savoir que sous d’autres latitudes on trouve une main-d'oeuvre bon marché. Des gouvernements à qui les compagnies peuvent imposer leurs conditions et politiques de travail sous la menace de ne pas faire d’investissements ou de se retirer si on ne satisfait pas ses caprices, laissant ainsi un vide et un pays qui trébuche économiquement.

 Dernièrement, quelques entreprises canadiennes ont pris ce virage.  Elles sont en train de s’incliner devant cette politique de recherche d’une main-d’oeuvre bon marché.  L’objectif de celles-ci, diminuer les coûts de production et devenir plus compétitives.  Toutefois, si les coûts de production sont moindres, pourquoi le prix aux consommateurs ne baisse-t-il pas?

 Le déménagement des entreprises vers des pays moins chers en ce qui a trait aux salaires et aux coûts des matières premières n’a pas uniquement miné le porte-monnaie des habitants de ces pays, mais aussi leur qualité de vie. Les horaires de travail ont augmenté, on demande aux employés d’être plus scolarisés sans leur payer nécessairement un meilleur salaire. Les grandes multinationales réservent les postes les plus intéressants à son personnel envoyé à partir du siège social. Les autres employés, les nationaux, vivent avec une épée de Damoclès en permanence sur eux, car celui qui n’accepte pas les conditions de travail est licencié en sachant qu’il y a plein de gens qui aimeraient avoir cet emploi; personne n’est indispensable.  La conciliation travail-famille relève plus d’un rêve des 1000 et une nuits que d’une réalité envisageable.

 

Viser juste

Une autre grave conséquence est le ressentiment et l’intolérance que nous éprouvons envers ces personnes, qui peuvent être n’importe où sur la planète. “Maudits asiatiques, maudits latino-américains, ils nous volent nos jobs!”.  Il semble que les injures ne visent pas les bonnes personnes.  Différentes études ont démontré que le niveau de vie mondial est en train de se niveler, mais à la baisse! Rien à voir avec les promesses d’une répartition plus juste de la richesse.

Depuis 12 ans de libre-échange, le Québec aussi a commencé à subir la tendance vers l’exode de quelques entreprises qui sont à la recherche d’une main-d'oeuvre bon marché.  À qui la faute? Où est l’étique? Quelle industrie sera la suivante? Quelle entreprise et quelle population vivra le prochain deuil? Quelle région sera touchée?  Et à qui cela profite-t-il?.  

 

Lucy Abaunza