Ports de mer et mer…de de porcs

 

 

Même si … en avril, ne te découvre pas d’un fil…  le début du printemps nous ramène quand même une  douce chaleur et les promesses d’été. Les parfums de la terre qui réchauffe et qui fume au soleil nous rappellent que nous sommes filles et fils de la nature et que nous dépendons d’elle pour notre survie et notre bien-être. Parfois, nous avons envie de faire comme notre vieux chat… nous rouler sous les rayons chauds et jouir intensément de ces instants…

 

Ce beau rêve bucolique est malheureusement encore troublé cette année par les menaces de l’économisme qui considère la nature uniquement comme une machine à maximiser l’accumulation de richesses. Et nous devons à nouveau nous poser la question suivante : est-ce qu’une société doit être régie avant tout par l’économique et le profit? Ou encore faut-il envisager le progrès d’une société uniquement à travers le prisme de l’économie et l’augmentation accélérée du produit national brut?

 

Tout un dilemme, n’est-ce pas?  

 

Qu’est-ce qui m’amène à ces sombres réflexions en ce merveilleux printemps? C’est encore et toujours les menaces que font peser sur l’environnement les projets du siècle que sont, selon certains, l’établissement d’un port méthanier à Lévis et/ou Cacouna et aussi l’autorisation d’installer de nouvelles porcheries sur le territoire québécois. Pour assurer le progrès des régions, « there is no alternative », comme se plaisent à nous seriner  tous les technocrates de la « pseudo nouvelle économie », métaphore ronflante pour désigner la concentration de plus en plus accélérée de la richesse entre les mains de quelques privilégiés.

 

Et nous voilà à nouveau divisés, au grand plaisir de ces  technocrates, en trois groupes de citoyennes et de citoyens. Celles et ceux qui profiteront de la manne (qui ne sont pas ceux qu’on croit)… Puis  celles et ceux souffrant de complaisance funeste et qui sont prêts à l’abdication pure et simple (parce qu’ils se sentent complètement impuissants devant la machine).Et celles et ceux (que le courant néolibéral actuel assimile à des éteignoirs…) qui ont le courage de s’opposer au chœur de ces technocrates spécialisés.  Pour bien illustrer mon propos, je m’attarderai particulièrement au dossier des porcheries.

   

Les « gagnants »…

 

Il y a bien sûr l’illusion de quelques gagnants… Quelques producteurs agricoles verront leurs fins de mois améliorées par les profits supplémentaires que générera leur nouvelle production. Mais ce ne seront pas eux les vrais gagnants : « les profits du dernier quart de siècle sont allés aux organisations managériales –les intermédiaires-, grossistes et grands détaillants de machines, d’additifs et d’alimentation de masse », bref, les intégrateurs. (Mort de la globalisation, p. 280)

 

Et notre gouvernement croupier se targuera d’avoir créé de la richesse dans le domaine agricole alors qu’il a subventionné ces entreprises d’une façon scandaleuse, fabriquant de façon artificielle quelques millionnaires, mais beaucoup de pauvres en tuant l’agriculture à dimension humaine. « Le gouvernement du Québec a dû octroyer aux producteurs agricoles québécois, dans la seule année 1998, une aide directe de 500 millions de dollars… Assortie du mandat d’intensifier la production ». (Bacon, Le livre p. 79). Et en 2006, les producteurs de porcs demandent de nouvelles subventions pour les aider à supporter leurs pertes devant une maladie qui tue les porcelets… et la dévaluation du prix du porc sur les marchés. (Que le gouvernement assume les risques et les pertes, nous, on s’occupe des profits!)

 

Les perdants

 

La liste des perdants est beaucoup plus grande… Nous y retrouvons d’abord toutes les citoyennes et tous les citoyens floués par les élus  et désabusés face à la démocratie à cause des décisions politiques prises en catimini et qui les privent même de plusieurs de leurs droits. Des spécialistes des communications tentent toujours de trouver les bons mots qui permettent à leurs chefs PQ-ADQ-PLQ d’endormir le bon peuple. Ainsi, le régime de la loi 23 institué par le gouvernement péquiste (sous la gouvernance de son excellence le Lucide Lucien) est, selon le barreau du Québec une insulte à la démocratie. « Cette loi consiste à mettre les producteurs agricoles à l’abri de l’autorité des tribunaux en ce qui concerne les poursuites pour ce qu’on appelle troubles de voisinages... ». (Bacon, p. 105)

 

 Les perdants, ce sont toutes les personnes qui vivent dans la proximité de ces « usines à m… » qui polluent les rivières, les nappes phréatiques, les cours d’eau et l’atmosphère. Les perdants, ce sont les citoyennes et les citoyens, par exemple les habitants de Pohénégamook (endroit reconnu pour la villégiature, le plein air et le lac) chez qui les réglementations permettraient d’implanter ces porcheries. Les perdants, ce sont aussi les consommateurs qui bouffent la viande de ces bêtes engraissées à la moulée médicamentée et aux farines carnées. Les perdants, ce sont nos rivières, nos lacs, notre fleuve, nos enfants, notre patrimoine…

 

La résistance

 

Devant ces agressions, nous nous devons d’organiser la résistance. Si nous ne résistons pas, nous sommes une race foutue. Il faut continuer à affirmer que la croissance économique n’est pas une fin en soi. C’est un moyen de créer des emplois, de bannir la pauvreté, la faim, l’absence de toit et (surtout) d’améliorer les conditions de vie de la masse. Et, comme le dit si bien un citoyen de Ste-Croix engagé dans la lutte contre les méga-porcheries : « ON NE POLLUE PAS UN PROJET DE SOCIÉTÉ. Pis arrêtez de croire qu’on vous a élus pour assurer la compétitivité au niveau international… On vous a élus pour gérer le bonheur quotidien au maximum possible. On vous a élus pour régler les problèmes dans les hôpitaux, pour régler les problèmes de pollution, pour mettre au pas les pollueurs…» (Bacon, p. 124)

 

Je crois qu’on est bien mal partis avec le nouveau ministre de l’environnement et « sa gang »…!!

 

Florido Levasseur