APRÈS PAULINE, LE DÉLUGE OU LE MODÈLE CASSÉ

 

 

En allumant le téléviseur, au beau milieu de l’après-midi du premier jour du printemps, on aurait pu croire à un malheur terrible.  Sur les ondes de RDI, on parlait de Pauline Marois au passé.  On disait « elle était », « elle incarnait ».  Puis, dans les heures qui ont suivi, on était tout près de la canoniser : « Une femme digne, humaine », « un parcours sans taches » répétaient sans cesse tous ceux à qui on tendait le micro afin de commenter le départ de madame Marois de la vie politique active.  On est allé jusqu’à dire que c’était « la fin d’une époque » et que son départ marquerait « un net recul pour les femmes en politique ».  Vraiment?

 

Le monde et les temps changent…

 

Une femme qui a consacré vingt-cinq années de sa vie à la politique mérite sans aucun doute un hommage vibrant et bien senti.  Mais de là à prétendre que le départ de madame Marois signifie un recul pour les femmes, il y a un pas à ne surtout pas franchir.  On pourrait peut-être même s’aventurer à insinuer le contraire.  Au cours des prochaines années, le Québec vivra probablement une période d’effervescence politique majeure.  On a tendance à oublier qu’il y a quelques mois à peine, un nouveau parti politique naissait au Québec.  Qu’on adhère ou pas à l’idéologie d’Option citoyenne, on ne peut que se réjouir de la création d’un nouveau parti qui aura pour effet d’alimenter et d’entretenir le débat public.  De ce bouillonnement d’idées, émergeront sans doute des femmes déjà actives dans leur milieu.  Des candidates « d’envergure » comme on se plaît souvent à les définir.

 

Le pouvoir, elles connaissent…

 

Des femmes d’influence, on n’en manque pas au Québec. Si le cynisme des dernières années les a éloignées de la politique, elles n’ont jamais cessé de prendre leur place là où elles savaient avoir de l’influence.  On dit souvent que les femmes n’aiment pas les jeux de coulisses associés au pouvoir.  En effet, peut-être ne verra-t-on jamais une représentation égale des hommes et des femmes à l’Assemblée nationale du Québec.  Doit-on s’en inquiéter?  Rien de moins sûr.  Avez-vous déjà lu un éditorial de Brigitte Breton?  Non seulement est-elle capable d’analyser une situation, mais elle arrive à proposer des solutions tangibles et crédibles que doivent lui envier bon nombre de politiciens.  Croyez-vous vraiment qu’elle pourrait prétendre à autant d’influence à l’Assemblée nationale?

 

De la réflexion à l’action…

 

Évidemment, ce n’est pas dans les médias qu’on exerce le pouvoir ultime des prises de décision.  Pour cela, il faut faire partie du cercle restreint du Conseil des ministres.  Avec le départ de madame Marois, certains prédisent qu’il n’y aura plus de femmes intéressées à aspirer à ce type de fonction.  C’est archi-faux.  Peut-être ne verra-t-on pas souvent de femmes enceintes prêter serment de ministre comme ce fut le cas pour madame Marois.  Il ne faut pas se leurrer.  La conciliation travail-famille-vie politique ne relèvera jamais de l’évidence.  Et les jeunes femmes font en général preuve de beaucoup de sagesse lorsqu’il s’agit d’évaluer leurs priorités.  Mais les enfants grandissent un jour. Les mamans grandissent aussi à leur contact.  C’est souvent pour eux qu’elles auront le désir de « changer le monde ».  Ainsi, sentiront-elles enfin l’appel de la politique?

 

 

 

Jusqu’au pouvoir ultime…

 

Certaines d’entre elles pourront même aspirer à la fonction de premier ministre.  Pourquoi devrait-on considérer l’échec de madame Marois à la course au leadership du Parti québécois comme l’échec de toutes les femmes? D’aucuns pourraient aisément prétendre que, de son vivant, madame Marois assistera probablement à l’élection d’une femme à la tête du pays.  Les temps changent, les gens un peu moins.  Ainsi, de toutes les générations, les politiciens vieillissants ont cru qu’après eux, le monde ne se relèverait pas…      

 

 

Anne Lambert