Planter des sapins dans des citrouilles

 

À la suite de la lecture d'une édition précédente de l'Info-Dimanche, mon regard a été attiré par un titre annonçant la venue de Noël dans deux mois à Rivière-du-Loup, j'ai constaté que la ville est en avance sur le reste du monde... L'Halloween n'est même pas encore passé, nous sommes à environ un mois de cette fête de la peur et déjà on inonde nos neurones de la grande fête mercantile qu'est Noël. L'hiver au Bas-Saint-Laurent est de longue durée et un tantinet glacial, laissez-nous profiter des dernières journées de soleil avant d'apporter le souvenir à nos esprits de la froidure, des bottes d'hiver et des pelles cachées dans le garage! J'avais depuis longtemps remarqué que Noël arrive toujours de plus en plus tôt, et maintenant j'ai une occasion en or de vous faire part de cette constatation et de la métamorphose que cette fête a subie.

 

Il est vrai de dire que Noël est une journée de grande festivité et de retrouvailles familiales ou amicales, il est évidemment bien important de la souligner, cela va sans dire. Cependant, ce qui m'accroche surtout c'est ce qu'elle est en train de devenir. Avec les années, Noël s'est transformé en véritable fête de la consommation abusive. Sous peu, les commerces à grandes surfaces enseveliront leurs rayons de décorations, de papier d'emballage rouge et vert, de pères noël chantant, de faux sapins et plus encore; je suis certaine qu'il y en aura pour tous les goûts. Ils sortiront des « aubaines » pour que la population débute ses achats grandioses. Un enfant est toujours émerveillé devant toute la luminosité et les éléments peu communs à notre quotidien, en sortant hâtivement les accessoires de Noël, cet émerveillement se verra atténué. Et ensuite, que se passera-t-il avec tous ces jolis présents ornés de 10 tonnes de papier d'emballage, de boucles et de cartes? En ce qui a trait aux cadeaux, les enfants s'amuseront avec ceux-ci pendant deux semaines, et ensuite ils se retrouveront dans le fond du garde-robe ou à la poubelle. En offrant un appareil culinaire on clamera le manque d'originalité, la simplicité du geste, cependant c'est utile, mais ça, on n'y pense pas. Dans le cas du papier d'emballage, il se retrouvera coincé entre une pelure de bananes et un pot de yogourt vide, dans la poubelle. Les cartes, quant à elles, on les lira sur le moment, on sera touché. Après quelques heures, ces belles intentions seront oubliées et les cartes se retrouveront, vous me voyez venir, dans la poubelle! Tout ce superflu est-il vraiment nécessaire quand on connaît d'avance sa fin?

 

Dans l'article qui a été publié, j'ai relevé les mots  « cadeaux et surprises », « marché de Noël Desjardins », « majestueux » et « Loto-Noël ». (Une loterie... Je ne fais même pas de commentaires là-dessus!) A-t-on mentionné le principe de rassemblement qui bien entendu entraîne le plaisir d'être ensemble? Non. La famille proche ou éloignée, les amis que nous voyons deux fois l'an, les enfants qui ont grandi... Toutes ces personnes sont regroupées pour les mêmes raisons : pour rire, pour s'amuser, pour échanger des souvenirs et parfois même pour prendre un petit coup. Le vrai sens de la fête se retrouve dans cet esprit d'être uni, de profiter du temps souvent trop court et non pas dans le cadre du concours de celui qui donnera le cadeau qui vaut le plus cher!

 

Alors tout cela pour dire que Noël perd son côté humanisant et ses valeurs traditionnelles de joie et de rédemption qui ont été remplacés par des valeurs futiles, un merci hypocrite est si rapidement prononcé. En dénotant également, cette arrivée précoce et « féérie-folie » qui envoûte commerçants et citoyens. Enfin, il n’y a rien de mal d’offrir des cadeaux à des personnes que l’on apprécie mais il ne faut pas oublier certains principes altruistes de base!

 

Eva Falk Pedersen