En mal d’information
Pour un bon nombre de jeunes, le
premier ministre du Canada est Jean Charest et Stephen Harper, un acteur à la
mode. Incultes les jeunes? Mal informés certes, mais incultes, c’est un peu
fort.
Il est évident qu’aujourd’hui, les
jeunes ont de nombreuses priorités autres que la politique. Pour une importante
majorité, ne pas connaître la différence entre les deux paliers gouvernementaux
n’est pas dramatique. Il en est probablement ainsi parce que la société
contemporaine leur offre tout ce dont ils ont besoin sans faire naître en eux
le désir d’en vouloir plus ou d’en comprendre plus. Pour plusieurs, chercher à
comprendre semble être une perte de temps et qu’y a t-il de pire dans ce monde
que de perdre du temps? Cependant, il ne faut pas généraliser, puisque certains
jeunes se montrent très intéressés par la vie politique. Le Forum étudiant, qui
se tient chaque année à l’Assemblée nationale, en fait la démonstration.
Pendant cinq jours, plus d’une centaine de jeunes de niveau collégial de
partout au Québec recréent l’Assemblée nationale. Trois partis politiques sont
formés et débattent de projets de loi rédigés par les étudiants eux-mêmes.
Toutes ces personnes jouent alors le rôle de ministres, de leaders
parlementaires ou de députés. Le nombre de participants est impressionnant
chaque année, mais au Cégep de Rivière-du-Loup, on a de la difficulté à se
trouver des participants. Pourquoi ici et pas ailleurs?
La réponse est fort simple.
D’abord, bon nombre de Cégeps offrent à leurs étudiants la possibilité de
suivre un cours de politique. À certains endroits, comme au Collège
André-Grasset, un profil politique peut même être choisi par un élève en
Sciences humaines. Cependant, au Cégep de Rivière-du-Loup, il est aberrant de
constater qu’aucun cours de ce genre n’est dispensé aux étudiants. On
s’insurgera ensuite contre le manque d’intérêt des jeunes pour le monde
politique… Ce manque au niveau scolaire se traduit donc dans la mentalité des
étudiants. Si on ne l’enseigne pas à l’école, peut-être n’est-ce pas important?
Il n’est donc pas rare de croiser un étudiant n’ayant aucune idée du nom de
notre premier ministre ni même de qui est son député.
Au Cégep de Rivière-du-Loup, les
visites de partis politiques se font rarissimes… Il y a quelques semaines, deux
membres de l’aile jeunesse du Parti québécois sont venus faire de la
sollicitation sur l’heure du midi… Premièrement, essayer d’informer des
étudiants un vendredi midi, alors que la semaine est sur le point de se
terminer, ce n’est pas l’idéal. Il va sans dire que le discours ne peut être
assimilé de la même façon qu’il le serait un mardi après-midi. Deuxièmement, la
façon de s’y prendre est plus que révolue. Comment les quelques curieux ont-ils
été accueillis par les jeunes péquistes? D’une manière plus que facile,
c’est-à-dire avec de vieilles blagues tournant en dérision le scandale des
commandites. Les remarques étaient du style : « Avec nous, pas d’histoires
concernant des balles de golf… » ou encore : « L’argent de notre Parti ne
touchera aucun scandale, c’est garanti… » Bon, d’accord, peut-être
pourrions-nous tourner la page sur le scandale des commandites? Les jeunes ont
besoin d’idées nouvelles pour les convaincre, de sujets qui les préoccupent…
Les vieux gags remâchés concernant les commandites et la commission Gomery ne
suffiront pas convaincre une génération d’incrédules…
En fait, avant de jeter tout le
blâme sur la jeunesse, il serait préférable de faire un examen de ce qui est
offert aux jeunes par les partis politiques et les institutions scolaires. Les
jeunes ne seraient probablement pas si désintéressés s’ils n’étaient pas si mal
informés.
Rafaelle Perron