Les deux X et la
politique
Après s’être bien gavé de dinde, de tourtières et de
bûches, l’électorat devrait avoir les idées claires lors des élections
fédérales, annoncées pour le 23 janvier 2006. Le Canada suit beaucoup la
doctrine du néo-libéralisme et a une démocratie établie que les dirigeants
tâchent de respecter tant bien que mal. Il est vrai qu’il fait bon vivre dans
ce pays si nous nous comparons à d’autres, tels le Mexique ou l’Iran.
Au
départ, le militantisme des années 1850 a forgé une idée plus juste, grâce à sa
rigueur, pour détruire le pouvoir suprême mené de front par les États
britanniques. Cela a été un premier pas vers le modernisme…Si le peuple élisait
Stephen Harper, chef du Parti conservateur du Canada, ce serait un retour en
arrière désolant; autant dans la mentalité que dans la politique. La guerre en
Irak, aucun mariage homosexuel, la remise en question possible de l’avortement.
En fait, un peu comme les États-Unis, vous ne trouvez pas ? Définitivement pas
l’image que les Canadiens désirent refléter dans le miroir de la planète.
Malheureusement, il est en avance dans les sondages actuels…
Et Jack ? Malheureux rêveur et utopiste… Il ne sait
pas trop sur quel pied danser. Il ne réussirait pas à convaincre une nation
complète de marcher derrière lui. Ses votes sont minces et comment voulez-vous,
de toute façon, qu’un homme et son parti soient élus avec des idéaux
socialistes dans une société où règne le capital ? Armés de propos plus
concrets et rigides, les néo-démocrates auraient un avenir certain dans la politique
fédérale.
Vient ensuite l’enfant roux de la famille : le
Bloc. Fondé à la base pour défendre les intérêts des Québécois et négocier en
cas de référendum gagnant, il ne peut se trouver au pouvoir. Il ne peut
gouverner en n’ayant que des sièges au Québec. Ses points de vue sont pour la
plupart justes mais ne se réfèrent pas toujours à l’ensemble du Canada. Il peut
donc continuer à jouer à la marelle et à se promener quelque part entre la
gauche et la droite.
La principale caractéristique du dernier parti est
d’être le moins pire, malgré les magouilles. Vous devinez? Je parle bien sûr
des Libéraux fédéraux et leur chef, à présent contesté, Paul Martin. Mais
encore-là, seront-ils le meilleur choix quant à la dignité de la population
canadienne? A la suite de la réception des rapports de la Commission Gomery, on
nous a présenté la corruption la plus complète du gouvernement Chrétien, ce qui
a engendré un ras de marée de déceptions et de frustrations. L’électorat
démontrerait ainsi son cynisme en replaçant les libéraux à la tête du pays. La
population marquerait pratiquement son accord avec les événements des
commandites. En effet, le vote ne traduirait aucun mécontentement ni mépris,
seulement un simple once d’indifférence, ce qui serait plutôt désolant car on
ne peut rester impassible devant ces événements.
L’unique solution
en ce moment est probablement d’annuler nos votes. Faire savoir que nous
existons, que nous sommes conscients de ce droit (et ce devoir!), que la
démocratie nous importe mais qu’aucun des principaux candidats n’est porteur de
confiance et de futur prometteur. Ouf ! Quel chaos serait ainsi créé… Mais il
démontrerait que nous avons de réels problèmes politiques. Notre révolution a été
«tranquille», jamais il n’y a eu de changements radicaux au Canada. Tout s’est
fait dans la norme des choses : progressivement. Peut-être faudra-t-il
chuter pour enfin obtenir un réveil lucide et solidaire…
Eva Falk Pedersen