RÉFORME = RÉUSSITE : L’ÉQUATION FORCÉE

 

Comme simple parent, on a de quoi s’interroger au sujet de la réforme du système de l’éducation au Québec.  Décriée par bon nombre d’enseignants et de spécialistes, cette réforme a de quoi susciter des inquiétudes tout à fait justifiées.  En décembre dernier, la publication des résultats des élèves de quatrième année du primaire aux épreuves internationales a peut-être sonné l’alarme d’un questionnement qu’on n’a surtout pas intérêt à éviter.  En effet, il y a seulement quelques années, les élèves québécois se classaient parmi les premiers en mathématiques, sciences et français.  Ils voient maintenant leurs résultats chuter d’une dizaine de rangs.  « On vous l’avait bien dit! » clament haut et fort les éternels détracteurs de la réforme.  Cette effarante dégringolade est-elle vraiment attribuable à la plus récente réforme?  La tentation de sauter à cette conclusion est presque inévitable…

 

L’expérience des autres…

 

Quelques semaines avant la diffusion officielle de ces résultats, on pouvait lire dans presque tous les quotidiens un petit entrefilet indiquant que le ministre de l’Éducation, monsieur Jean-Marc Fournier,  « commençait » à s’intéresser aux effets de la réforme sur les résultats des élèves.  Nous, parents québécois, avons donc pu constater avec étonnement qu’aucun mécanisme d’évaluation de la réforme n’avait été prévu jusque-là.   La presse québécoise a également fait état de refontes semblables menées en Angleterre, en Espagne et même aux Etats-Unis après la première guerre mondiale.  Tous ces pays ayant abandonné l’expérience après quelques années… Et il y a aussi le cas de la Suisse dont la réforme a grandement inspiré la nôtre.  Là-bas, on n’en finit plus de calmer la grogne des parents qui réclament un retour aux bonnes vieilles méthodes.  Étonnant que nos dirigeants n’aient pas pris la peine d’apprendre des erreurs des autres!

 

Réinventer la roue

 

Au départ,  l’idée de revoir le système d’éducation québécois était tout à fait justifiée.  Les objectifs de la réforme étaient louables.  On constatait en effet un taux de décrochage au secondaire qui frôlait les 40%.  On avait l’impression que l’école était en train d’abandonner ses élèves.  Évidemment, au lieu de se questionner sur les effets des coupes budgétaires quasi sauvages des dernières années en matière d’éducation, on a cru encore une fois qu’on pouvait faire « plus avec moins ».  Et surtout, on a continué de croire à la réussite pour tous.  La société québécoise se plaît à s’enorgueillir de refuser d’abandonner ses plus démunis.  Force est de constater que la bonne volonté ne suffit pas.  Alors que la réforme visait principalement à intéresser les décrocheurs à l’école, on constate que le taux de diplomation au secondaire continue de baisser.  Pour trouver une explication, le bon sens voudrait qu’on tende l’oreille vers les intervenants de première ligne : les enseignants, les conseils d’établissements et les directions d’école, mais on ne le fait pas.  Et les penseurs de la réforme campent sur leurs positions comme si chaque questionnement venait mettre en doute leur intégrité personnelle.

 

L’école au coeur de son milieu…

Évidemment, la réforme n’a pas que du mauvais.  L’idée de rapprocher la communauté de l’école en créant les conseils d’établissement s’est avérée tout à fait positive.  Les gens du milieu peuvent maintenant faire partie de la solution.  Les gens du Saguenay Lac Saint-Jean l’ont compris.  Il y a à peine cinq ans, le taux de décrochage était de plus de 30% dans cette région.  Après concertation des efforts des écoles, des employeurs et des parents, le taux de décrochage est passé à 16%.  Au Témiscouata, on tente de s’inspirer de ce succès pour inciter les jeunes à ne pas quitter l’école.  

 

Entre compétences et connaissances

 

En fait, dans ces régions, on comprend de plus en plus que peu importe les réformes ou les méthodes d’enseignement, les élèves du primaire et du secondaire doivent percevoir une reconnaissance  familiale et communautaire des efforts fournis pour atteindre leurs objectifs.  Et les objectifs doivent être clairs.  Autant pour les élèves que pour les enseignants.  Bon nombre de professeurs semblent d’ailleurs avoir trouvé une explication fort plausible à la déconfiture subie par les élèves québécois aux épreuves internationales : avec la réforme, les élèves développent des compétences, mais on ne sait plus trop à quel point ils ont acquis des connaissances.  Les examens sont construits pour évaluer le degré de connaissances des élèves, pas leur compétence.  Ouf! En attendant que les objectifs soient plus clairement définis, les parents québécois ont tout intérêt à faire comprendre à leurs rejetons l’équation suivante : effort = généralement réussite.

 

Anne Lambert