18
décembre 2006
PAIX
SUR TERRE AUX HUMAINS DE BONNE VOLONTÉ!
Au
milieu des années quatre-vingts, les éditorialistes des grands quotidiens
n’avaient de cesse de reprocher aux artistes québécois leur manque
d’implication sociale et politique. Vingt ans plus tard, alors que de nombreux
artistes prêtent leur voix à toutes sortes de causes, il se trouve quelques
chroniqueurs et animateurs prétentieux pour ridiculiser les actions de ces
mêmes artistes. Parmi les plus écorchés, on retrouve bien sûr les opposants à
la guerre, ces « grands naïfs », ces « pelleteux de
nuages » qui ne comprennent soi-disant rien à rien.
Du
cynisme, de la propagande et du réalisme
Par
exemple, au nom de la liberté d’expression, on pourrait aisément accepter que
des chroniqueurs puissent chercher à se rendre intéressants en égratignant au
passage une poignée de jeunes « Staracadémiciens » inoffensifs qui
entonnent « Il faut arrêter la guerre ». Toutefois, comme ces
chroniqueurs ont souvent la prétention de croire qu’ils disent tout haut ce
tout le monde pense tout bas, on pourrait s’attendre à ce qu’ils fassent preuve
du même cynisme envers ceux qui défendent la guerre. Simple question
d’équilibre!
Avec
un brin d’ironie, au nom de tous les autres qui pensent tout bas que la guerre
n’est pas la solution, je me ferai ainsi l’avocate du diable et me permettrai
de tomber à bras raccourcis sur le colonel à retraite Michel Drapeau pour des
propos tenus en septembre dernier. À ma grande surprise, ces propos n’ont pas
soulevé le tollé auquel on aurait pu s’attendre. Appelé à commenter les efforts
de recrutement des Forces armées canadiennes, le colonel Drapeau a déclaré
qu’il serait facile d’« attirer de jeunes recrues avides d’aventures qui
auront l’occasion d’affirmer leur masculinité devant la Nation qui a les yeux
tournés vers eux ». Hum! Hum! Lui et moi ne vivons visiblement pas dans le
même monde. Des jeunes avides d’aventures, il y en a beaucoup, mais j’ai du mal
à imaginer que les copains de ma fille de dix-neuf ans goberont ce beau
discours. Ils préféreront s’adonner à n’importe quel sport extrême plutôt que
de s’enrôler dans l’armée.
Les
Forces armées seront donc condamnées à nous bombarder de messages publicitaires
montrant de beaux aventureux et de belles aventureuses en train de sauver la
vie de gens frappés par un déluge. Le hic, c’est que ces messages nous montrent
des soldats qui sauvent des vies alors qu’en réalité… Inutile d’élaborer. Là
non plus, les jeunes ne seront pas dupes.
Entre
le soutien aux troupes et le soutien à la guerre
Malgré
tout, au cours des deux prochaines années, nous assisterons probablement au
départ de jeunes de notre région pour l’Afghanistan. Et nous serons tous
derrière eux. En cela, le colonel Drapeau ne s’est pas trompé. Au lendemain du
départ de quelque soixante-dix soldats de la base de Valcartier, il déclarait
que ces soldats pouvaient compter sur le soutien de leur famille. Évidemment!
Nous savons être solidaires et faire la différence entre le soutien à la guerre
et le soutien aux troupes. Toutefois, il aurait pu éviter de se mettre le pied
dans la bouche en ajoutant que les soldats étaient très bien payés pour la
mission. Quelle indélicatesse ma foi! Tant qu’à y être, il aurait même pu
ajouter que les soldats coûteront beaucoup d’argent quand ils reviendront au
pays et qu’il faudra leur payer une thérapie pour les aider à passer au travers
un choc post-traumatique.
S.
V. P., soldats, ne tirez pas!
C’est
vrai! Le choc post-traumatique! Parions que nos chroniqueurs prétentieux n’y
ont même pas songé. Soutenir la guerre, c’est aussi accepter les conséquences, toutes
les conséquences. Évidemment, on n’arrêtera pas la guerre en Afghanistan en
demandant poliment aux Talibans de cesser le feu. Nous devons assumer notre
décision de participer à cette guerre jusqu’au bout.
Toutefois,
la prochaine fois, quand des artistes ou des correspondants des services de
nouvelles nous interpelleront sur une situation critique dans un coin de la
planète, nous devrions nous montrer davantage attentifs. Bien naïvement,
peut-être, je partage leur avis quand ils prétendent que nous pourrions souvent
prévenir les conflits.
En
attendant, je continue de fredonner « Happy Xmas (War is over). Bien
naïvement, une fois de plus, en
souhaitant que ce soit la bonne.
Anne
Lambert