CONDUITE AVEC FACULTÉS AFFAIBLIES :  UNE RÉGION À RISQUE

 

 

Il y a quelques années, alors que je travaillais auprès d’accidentés de la route, il ne se passait pas une seule journée sans que je ne tente de réconforter un grand-père, une mère, un oncle qui culpabilisait à la suite d’un événement malheureux dont il ou elle n’était nullement responsable.  Je ne sais plus combien de fois j’ai dû prononcer cette phrase : « C’était un accident... ».  Il y a en effet des drames qu’on ne peut expliquer autrement que par de malheureux concours de circonstances.  Par contre, il y en a d’autres qu’on pourrait éviter…

 

 

Quand ce n’est pas un accident

 

En effet, lorsque je traitais des dossiers impliquant des conducteurs avec les facultés affaiblies, je pouvais difficilement trouver les mots.  Inutile de rappeler à un père que s’il avait choisi de ne pas prendre le volant après le réveillon de Noël, sa fillette de douze ans serait probablement encore en vie.  Il faut se rendre à l’évidence : il y a des accidents qui n’en sont pas.  Tous les dossiers d’accidents « évitables » qui me sont passés entre les mains sont gravés à jamais dans ma mémoire.  J’ai oublié quelques noms, mais jamais le déroulement des événements, les blessures qui ne guériront jamais, les procès, les sentences qui ont suivi, les familles éclatées, etc.  À deux exceptions près, les conducteurs impliqués dans mes dossiers n’étaient ni des récidivistes, ni des monstres.   On croit à tort que les mentalités ont changé, que tout le monde a compris.  On croit que c’est gagné. Pourtant, chaque fois qu’on baisse la garde, les statistiques tendent à démontrer que le nombre d’accidents augmente.

 

 

Un bien triste bilan pour la région

 

À la fin du mois de décembre dernier, les policiers de Rivière-du-Loup ont fait état d’une hausse des infractions pour conduite avec facultés affaiblies durant la période des fêtes.  C’était à n’y rien comprendre.  On sentait leur désarroi.  L’opération Nez rouge battait pourtant son plein.  Me sont alors revenus en mémoire tous les bilans routiers que j’ai épluchés au cours des dernières années.  Allions-nous devenir une « nouvelle Beauce »?  C’est en effet la région de Beauce-Etchemin qui remportait le triste championnat de la conduite avec facultés affaiblies en 1997[1][1].  Et notre région présente des similitudes avec la Beauce.  Le territoire est grand et, malgré la meilleure volonté du monde, la présence policière y demeurera toujours insuffisante à la sortie des bars. À l’image de la Beauce, notre grande région connaît également un essor économique remarquable grâce à ses nombreuses PME.  Plus les gens travaillent, plus ils ont les moyens d’avoir des voitures et de sortir dans les bars, plus le risque d’accidents augmente.  Un ensemble de facteurs qui paraît étonnamment simpliste, mais qu’il faut pourtant considérer.  La bonne nouvelle, c’est que de toutes les mesures de prévention, ce sont justement les plus simples qui ont le plus d’impact.

 

Ce qu’il reste à comprendre et à faire

 

Depuis la fin des années quatre-vingt-dix, on a multiplié les interventions pour améliorer le bilan routier en Beauce[2][2].  On a pu alors se rendre compte qu’on pouvait changer « les mauvaises habitudes » par la simple force de l’implication de l’entourage.  Dès qu’ils ont pris conscience du problème, les Beaucerons orgueilleux ont compris que c’est du point de vue de la réprobation sociale qu’ils allaient mener leur combat.  Oui, ils ont su compter sur le soutien des municipalités et de l’État mais jamais ce soutien n’allait remplacer les messages et les exemples véhiculés dans les familles, au cœur de la communauté.  Ainsi, les mentalités commencent à changer : on peut encore s’amuser, mais on ne conduit pas quand on a bu parce qu’on peut toujours compter sur un ami ou un membre de notre famille pour nous raccompagner.

 

À ce propos, avec les bals de finissants qui approchent à grand pas, avez-vous abordé le sujet avec vos enfants?  C’est si facile de trouver les mots « avant ».  Aucune campagne de publicité, aucune sentence, aucune loi ne saura jamais remplacer la prévention.  C’est aussi simple que cela!

 

  

 

Anne Lambert



[1][1] www.saaq.gouv.qc/centre_presse/communiques_1998/19980629a.html

[2][2] www.saaq.gouv.qc/centre_presse/communiques_2004/20040608a.html