LA SAGESSE ET LE DÉSABUSEMENT

 

 

Au cours des dernières semaines, on a dit beaucoup de choses de la Commission d’enquête sur le scandale des commandites, mieux connue sous le nom de Commission Gomery.  En fait, on en a dit tellement de choses qu’on ne sait plus où donner de la tête.  Toutes les chaînes de télévision ont leurs analystes qui viennent rendre compte des témoignages de la journée.  Ces interventions sont généralement suivies d’un sondage d’opinion publique visant à prendre le pouls de la population.  Comme si tous ces clichés instantanés pouvaient fournir des explications ou des informations dignes d’intérêt.

 

Prendre du recul et varier ses sources

 

En effet, la plupart des gens n’ont peut-être pas accès à l’information de qualité à laquelle ils seraient en droit de s’attendre.  Il suffit de faire l’expérience d’une seule journée passée devant le petit écran à regarder défiler les témoins devant le juge Gomery pour se rendre compte que le résumé de la journée présenté au bulletin de nouvelles donne trop souvent dans le sensationnalisme.  On dirait que les journalistes ont oublié les principes de base enseignés dans les facultés de communication : savoir prendre du recul par rapport à une nouvelle et varier ses sources.  Leurs analyses ne font souvent qu’attiser la colère d’une population qui, si elle a raison de s’indigner, devrait elle aussi faire l’effort de varier ses sources et de prendre le recul nécessaire par rapport aux flots d’informations.

 

L’argent de tout le monde et de personne

 

D’abord, il est important de rappeler que jusqu’ici, bien que des élus aient été éclaboussés par le scandale, aucun d’entre eux ne fait face à des accusations criminelles de fraude.  On peut tout juste se permettre d’affirmer que des proches collaborateurs des élus à qui on avait confié la tâche de gérer le programme des commandites ont permis à des « amis » du Parti libéral du Canada de profiter des largesses d’un programme gouvernemental en échange de quelques généreuses contributions. À ce sujet, on peut  se réjouir de voir le juge Gomery revenir constamment à la charge avec des questions d’éthique.  En effet, comment se fait-il que, parmi les acteurs de ce scandale, personne ne semble avoir de remords devant ce gaspillage éhonté du bien commun? Non seulement la stratégie de vouloir susciter un sentiment d’appartenance au Canada par une campagne de visibilité aussi simpliste est-elle discutable, mais la façon dont le programme a été géré est tout à fait indéfendable.  Dire que pendant cette période, nos dirigeants nous demandaient de nous serrer la ceinture et coupaient dans les programmes sociaux afin d’atteindre l’objectif du déficit zéro.  C’est ce manque de morale ou d’éthique qui est imputable à nos élus.   

 

Une fois la colère passée…

 

On a bien raison d’être en colère.  Mais de là à en venir à mépriser toutes les institutions, il y a un pas à ne surtout pas franchir.  Une réflexion plus profonde s’imposera d’elle-même une fois la colère passée.  Oui, des gens sans scrupule se sont rempli les poches.  Oui, il est  plus que probable que certains élus aient été au courant du manège.  On n’aura pas besoin d’attendre le rapport du juge Gomery pour tirer certaines conclusions.  Toutefois, il faudrait éviter de tout mélanger.  Doit-on cesser de payer ses impôts  pour autant?  Doit-on mettre tous les politiciens dans le même panier?  Doit-on céder à la tentation de « punir » les Libéraux fédéraux et permettre ainsi aux Conservateurs de prendre leur place?  Doit-on accéder à la souveraineté du Québec sur la base d’un scandale politique? Doit-on tolérer le spectacle odieux offert depuis des semaines par un trop grand nombre de politiciens opportunistes à la Chambre des communes?    

 

Après le cynisme, la vigilance

 

On a tous l’impression de s’être fait avoir.  Il faut admettre que certaines personnes sont plus habiles que d’autres à manipuler le système et à jouer de leur image.  À cette fin, on peut citer l’exemple de Jean Brault, ex-président de Groupaction, qui s’est mérité les applaudissements du public présent aux audiences de la Commission parce qu’il a semblé collaborer en racontant « sa » version des faits.  Un homme habile qui a presque réussi à faire oublier les accusations de fraude qui pèsent contre lui.  Quand on constate tout cela, la tentation de tomber dans le cynisme est grande.  Mais au contraire, ce scandale  pourrait nous inciter à devenir des citoyens davantage responsables, impliqués et vigilants.

 

Anne Lambert