Monde plastique

 

Imaginez : Une jupe noire de velours ondulant sur de jolies jambes longues, laissant par la même occasion découvrir la cuisse adéquatement musclée. Une longue chevelure blonde frisée arrêtant sa route à la douceur d’une chemise rouge amour. Plus bas, on y découvre un signe tribal tatoué avant de poser notre regard sur ces petites fesses arrondies. Approchant notre nez sur le cou bronzé, on peut y sentir un parfum floral. Un discret collier d’argent orné de petits diamants encercle sensuellement la nuque. Si l’œil est curieux, il devancera le dos et osera scruter les seins fermes à demi découvert par l’ouverture laissée par la blouse épousant les formes. Pour les plus fétichistes, ses pieds sont juchés au somment d’élégantes sandales ébène.

 

Hum… que de belles pensées nous viennent à l’esprit. On songera instinctivement à une star de la pop ou à une actrice de renom. Mais non, la fille que je viens de décrire n’a que treize ans. Il est choquant pour ces hommes qui auront rêvassé sur cette description. Mais où sommes-nous rendus exactement? Au point où l’apparence physique est dans les priorités de la société québécoise moderne.

 

Polémique médiatique

 

De plus en plus, la perfection physique gruge une bonne part du marché médiatique. La télévision, par exemple, veut imposer sa façon de penser et ainsi abuser de la naïveté d’une partie de la société québécoise. Elle dicte l’image que nous devrions présenter en public. Je m’explique. Elle ne présente rien d’autre car elle converge vers une seule représentation : celle d’un corps parfait ne présentant aucune anomalie. On bombarde les neurones d’images répétitives de la femme qui est mince, qui a de beaux seins, qui est toujours bien coiffée et qui est toujours bien maquillée,... Les gens idéalisent donc ces modèles qu’on leur propose. Le souci de l’esthétisme est devenu omniprésent à travers les attitudes des individus. Observez le nombre de publicités destinées à des produits de rasage, de maquillage, d’hydratants corporels, anti-rides, de shampoing, anti-acnéiques, de teintures,… Nous sommes noyés par cette mer commerciale! Il n’est pas très compliqué de faire le lien entre ces annonces publicitaires et la forte demande en magasin en vue de devenir toujours plus belle, toujours plus acceptée.

 

La beauté, c’est quoi?

 

Et si nous définissions la beauté, qu’est-elle exactement? Certains diront que c’est une belle grande jeune fille, d’autres diront que c’est un enfant qui dort. Il est bien laborieux d’en arriver à un consentement général car elle est relative à chacun. La réelle splendeur d’une personne se trouve à l’intérieur où découle toute l’essence de son âme si elle est puisée dans son intégrité. L’âme d’un être est sans contredit quelque chose à découvrir car on ne peut jamais toucher le réel fond. Cette découverte nous permet de rencontrer des subtilités cachées, de voyager en leur présence. La beauté abstraite dépasse la valeur extérieure qu’une personne peut prendre. Le corps n’est qu’un simple matériel. Tous ces artifices que l’on y ajoute donnent encore plus l’impression d’être artificiel. Un regard sur un corps est beaucoup moins complexe et nous finissons par développer une certaine familiarité envers celle-ci qui, rapidement, se métamorphose en mépris; c’est à dire que nos yeux sont saturés d’avoir la même image. À réfléchir…

 

Si le physique ne peut amener qu’un bonheur futile, pourquoi lui accorde-t-on autant d’importance? Je crois que c’est dû à l’inconditionnel désir de plaire aux autres. De recevoir des compliments. Il est toujours bien plaisant de recevoir des éloges, cependant il suffirait d’avoir confiance en soi. Et également à ce qu’on s’apprête à réaliser pour ne plus avoir besoin des solutions temporaires. De rentrer dans le conformisme proposé. Conformisme de ce qui est considéré comme politiquement et socialement correct. La marginalité et la différence ne sont pas traitées comme des actes criminels. La superficialité fait désormais partie des valeurs comparables à celles de l’amour, du respect ou de la loyauté. Mais n’existe-t-il pas de débats plus importants au sein de notre société tels que l’équité salariale, un environnement plus sain ou le respect dans les relations interpersonnelles que d’être beau ou belle ? Les valeurs mentionnées ci-dessus offrent une différente portée qui est, selon moi, beaucoup plus humaniste contrairement à la superficialité véhiculée par ce monde plastique…Nous sommes tous des êtres uniques et soyons-en fiers!

 

 

Eva Falk Pedersen