« PLUS ÇA CHANGE, PLUS C’EST PAREIL »

 

Je me suis longuement interrogée pour choisir le sujet à aborder aujourd’hui. J’ai tout d’abord pensé au prix de l’essence, mais je me suis ravisée. A quoi bon écrire que les pétrolières nous prennent en otage avec des fluctuations de prix sans fondement et que les gouvernements n’osent pas mettre « leur culotte » dans ce dossier et réglementer les prix ou taxer les profits excessifs. Vous savez tout cela aussi bien que moi.

 

J’ai ensuite pensé aborder le sujet de la drogue dans les écoles, mais encore là, rien de nouveau, le problème reste le même, on ne fait que changer le nom de la drogue à la mode. Il ne faudrait surtout pas penser que c’est uniquement un problème « scolaire ». Je pense que pour tout enfant, il faut d’abord agir à la maison, que c’est une responsabilité parentale.

 

Comment peut-on ?

 

Enfin, je me suis arrêtée sur un sujet qui me met hors de moi, soit celui des propos disgracieux utilisés en onde par des journalistes, ou par ceux qui prétendent l’être. Je parle ici de ce que Gilles Proulx a dit en onde à propos d’une jeune fille de 14 ans qui a été violée par des jeunes, battue et laissée pour morte ? Je n’ose pas écrire ce qu’il a dit, tant j’ai trouvé cela ahurissant, blessant voire dégradant. Comment peut-il insinuer qu’une jeune fille ait pu provoquer de tels gestes, simplement parce qu’elle était dehors le soir à 23h ? J’ai l’impression de retourner 50 ans en arrière, où le seul fait qu’une femme s’habille un peu « serré » pouvait justifier que les hommes la traitent en fille facile !

 

Les préjugés ont la « couenne dure »

Le 16 septembre dernier, c’était la Journée d’action contre la violence faite aux femmes et beaucoup d’activités se sont tenues partout au Québec. Quand j’entends ces paroles d’un homme soi-disant cultivé, je pense que l’on a encore pas mal de chemin à faire. Les préjugés sont tenaces et de tels propos ne font que les raviver. Ils ne font que rejeter la faute sur la victime, comme si elle avait à prouver que ce n’était pas sa faute si elle avait été violée et battue ! Avoir de la culture ne signifie pas toujours avoir du jugement !

 

Et moi qui pensait, bien naïvement je l’avoue, que l’épisode Jeff Fillion aurait mis un peu de plomb dans la tête de ceux qui, sous prétexte d’animer une émission d’opinion, se permettent encore de tenir de tels propos où l’on attaque les personnes qui sont les véritables victimes. Lors de l’émission « Tout le monde en parle » du dimanche 18 septembre dernier, il fallait entendre M. Proulx tenter de se justifier. Il disait qu’il n’avait pas le choix, que son émission en était une où il fallait provoquer des réactions, se faire « l’avocat du diable ». Pathétique, il jouait à la victime ! Il fallait voir les autres invités de l’émission qui ne tenaient plus sur leur chaise, tant les propos de M. Proulx les agressaient.

 

Combien de temps faudra-t-il attendre encore pour avoir des émissions d’opinion intelligentes, pas des émissions où les cotes d’écoute justifient des propos agressants et dégradants. N’y a-t-il pas un CRTC quelque part qui devrait surveiller et empêcher la diffusion de ces « conneries », qui devrait empêcher que des animateurs de ce type puissent profiter des ondes pour propager leur venin ?

 

L’avocate en remet !

 

D’autre part, il ne faut pas oublier que les propos de Gilles Proulx n’ont pas été les seuls à condamner la jeune fille. L’avocate des présumés agresseurs n’en a-t-elle pas rajouté en soulignant que la jeune fille aurait pu, du seul fait qu’elle avait accepté d’accompagner les deux jeunes hommes, avoir provoqué les gestes qui ont suivi ? Et c’est une femme qui a dit ça ! Je n’en reviens pas encore ! Elle a beau avoir le mandat de défendre ces jeunes hommes, pour moi, jamais aucun geste ne pourra justifier que l’on batte et viole une femme ou une jeune fille. Ça n’a aucun bon sens !

 

Toute cette histoire me fait « dresser les poils sur les bras ». On aura beau faire des journées contre cette violence, appuyer des organismes comme les Centres d’aide et de lutte contre les agressions à caractère sexuel (CALACS), faire de la sensibilisation pour dénoncer ces actes et ces propos haineux et dégradants, rien n’y fera, tant qu’il y aura des Gilles Proulx qui auront la tribune pour s’exprimer et pour amplifier les préjugés.

 

Responsabiliser les gens et les grands réseaux

 

M. Proulx et tous les journalistes de ce type d’ailleurs, devraient agir de façon positive et responsable et profiter plutôt de leur tribune pour sensibiliser les gens et pour dénoncer ces actes brutaux et dégradants. Mais pour cela, il faudra avant tout que leurs patrons comprennent la nécessité de mettre en onde des émissions intelligentes avec des animateurs respectueux, soucieux de leur rôle de service public. Et croyez-moi, les cotes d’écoute vont suivre, car les québécois et québécoises commencent à en avoir plus qu’assez de ces « avocats du diable » et de leurs propos incendiaires.

 

 

Cyd Lamirande