2005 : Soyons optimistes…!?
Janvier 2005 est presque déjà terminé, envolé comme la fumée des cheminées qui
n’ont pas chômé ces derniers jours ! J’aurais voulu, en ce premier mois
d’une nouvelle année, « pondre » une chronique qui serait marquée
sous le sceau de l’optimisme. J’avais le goût de « penser positif »
(pardonnez-moi le barbarisme!). À cause de la lumière extraordinaire de ces
journées froides, mais combien ensoleillées… de ces nuits sibériennes, mais
combien étoilées… je me sentais généreux et indulgent à l’égard des faiblesses
de notre pauvre nature humaine…! Mais voilà :! Depuis le jour de Noël, ce
ne sont que tristes évènements qui alimentent nos journées et nos journaux…
Tout ne va pas si bien, « madame la Marquise » ! Et il aurait
l’air d’un jean-foutre celui qui dirait le contraire…!
Comme toujours, on dirait que nos administrateurs, les
élus et les autres, se sont donné comme mission de mettre le feu aux murs
toujours très fragiles de notre édifice humain. Qui plus est, notre bonne
vieille terre nous rappelle qu’elle peut aussi avoir des convulsions terribles.
Et, d’optimiste que j’étais, je me retrouve soudain à prendre conscience à
nouveau de la fragilité de notre humanité
Désastre et environnement
D’abord, quel réveil dramatique et tragique avons-nous
vécu au lendemain de Noël ! Gaïa, notre mère la Terre, avait eu un
soubresaut au cœur de l’océan Indien provoquant un tsunami dévastateur :
des centaines de milliers de personnes emportées par la vague meurtrière, des
villes et des villages rayés de la surface de la planète. Face à ce malheur
imprévisible et brutal, nous prenons conscience de notre petitesse par rapport
aux forces de la nature : celles qui nous facilitent l’existence et celles
qui nous menacent. Toutefois, un tel
désastre devrait nous conscientiser à propos des attaques que notre
consommation quotidienne effrénée fait subir à notre environnement.
En effet, notre inconscience collective est en train
de nous conduire tout droit vers des cataclysmes de même violence, sauf qu’ils
seront la conséquence directe de notre action irresponsable vis-à-vis notre
vaisseau planétaire. En effet, depuis un peu plus d’un siècle, nous sommes
interpellés par cette évidence défendue par les scientifiques : la
pollution va modifier le climat et cela va faire des victimes. Dans ce domaine,
contrairement au tsunami, nous pouvons faire quelque chose. Que ce soit par
l’application de Kyoto ou par tout geste responsable, nous avons une lutte à
mener, lutte qui devrait préserver les conditions qui ont assuré le succès de
l’espèce humaine : maîtriser notre consommation et la pollution afin
d’assurer le développement viable.
Et la santé ?
Autre sujet d’inquiétude en ce début d’année. Je
relisais un passage de l’œuvre de Michel Serres, l’Hominescence (je le cite
souvent… c’est un philosophe éveillé à la réalité de notre époque)…
« Certes, la médecine, critiquée, voire vilipendée, bref, une fois de plus
à la croisée des chemins, paie tribut à ses victoires, aux microbes redevenus
résistants, à la puissance financière des industries pharmaceutiques, à
l’administration des hôpitaux, aussi lourde et imbécile que partout
ailleurs. » p. 27. Entendons-nous bien ici, je parle de l’administration
en général, non des administrateurs.
Des exemples : la petite fille de Charlevoix
décédée sans avoir reçu les soins auxquels elle aurait dû avoir accès… et cela,
suite à un cafouillis dans la gestion du dossier. Autre situation qui me touche
de plus près cette fois : ma mère (91 ans) a été hospitalisée pendant un
long moment au Centre hospitalier régional du Grand-Portage… Malgré les soins
extraordinaires que lui ont prodigués les infirmières et les médecins, son état
ne semblait pas s’améliorer. Puis, un matin, on lui donne son congé d’une
manière tout à fait cavalière… tellement que l’infirmière en fonction n’avait
pas l’air d’y croire. Comme conséquence, dans l’après-midi même, on a dû la conduire au CLSC et de là à l’Hôpital de
Notre-Dame-du-Lac où elle a pu enfin récupérer.
Et voilà que resurgit le problème du déficit au Centre
hospitalier. L’administration, devant un mur soi-disant incontournable, décide d’appliquer ce que j’appelle la
solution-pilate. On fait venir des spécialistes, comptables bien sûr… (dans
l’administration publique, c’est une évidence, ce sont les comptables qui ont
le gros bout du bâton et qui indiquent la route à suivre…). Ces derniers
affirment qu’il faut couper des postes. L’administration accède à cette demande
en exigeant des travailleurs qu’ils indiquent eux-mêmes où l’on doit couper.
Donc l’administration se lave les mains d’une décision qui lui
appartient : pas coupable… ce sont les comptables et les employéEs qui ont
choisi. Et en plus on a le culot d’affirmer qu’en diminuant le personnel, on
aura de meilleurs services qu’avant. C’est à n’y rien comprendre.
Et en éducation ?
Un petit détour maintenant du côté de l’éducation… Je
serai bref : à examiner les décisions prises récemment par notre ministre
de l’Éducation dans le dossier des prêts et bourses et dans celui des
subventions au écoles privées, on est presque porté à se dire que ça ne prend
pas une très grande dose de jugement pour occuper les postes de recteur
d’université ou de ministre de l’éducation. Mais il y a pire dans cette
affaire… On a pu constater le silence gêné et les formules feutrées que les
journalistes de nos grands quotidiens ont utilisées pour dénoncer ces décisions
ridicules. C’est la preuve que la concentration de la presse est bien au
service d’une certaine classe sociale et ce n’est pas la classe moyenne, n’en
déplaise à notre premier ministre bleu, blanc, rouge.
En terminant, non, il n’y a rien là pour se réjouir…
ni pour afficher un optimisme délirant au début de cette nouvelle année. Mais
il nous reste le droit à la vie, ce don merveilleux qui me semble inaliénable
jusqu’à maintenant à moins que les penseurs « néolibéralistes » de
l’Institut économique de Montréal décident qu’il faut le privatiser et le
vendre au nom de l’économie et du profit.
Florido Levasseur