L’Art des régions qui traverse les océans

Il est rare d’entendre parler de la vie culturelle en région. Même que parfois, c’est à croire que l’art n’existe que dans les grands centres métropolitains. Visant moi-même le métier d’artiste autonome, je m’étais peu à peu résignée à m’installer en ville, où j’aurais eu, selon moi, une plus grande visibilité. Mais, il y a quelques temps, j’ai découvert, à travers une exposition, que la vie artistique et culturelle régionale est bien en vie et peut même être, par son cachet rural, unique et plus sujette à être exportée que des réalisations artistiques des métropoles.

 

Projet d’envergure internationale

Quatre artistes de la région du Bas Saint-Laurent, ainsi que quatre autres de la région de Bourgogne en France, ont été choisis pour réaliser un projet de coopération intitulé «Du prétexte à la révélation, un parcours à deux voix». Ce jumelage s’est effectué en tenant compte de certaines problématiques de recherche, des intérêts professionnels et individuels, mais aussi en tenant compte de l’importance pour ces créateurs de participer à une réalisation artistique et personnelle portant une réflexion sur leur choix en tant qu’artiste de vivre en région. On veut, par ce projet, explorer une nouvelle forme d’art contemporain par une approche axée sur l’expérience, l’échange, le respect et la découverte de l’autre. Le concept se veut original et cible la vie culturelle régionale sur deux continents.

L’aventure est née d’une invitation à une délégation d’artistes de notre région (Youri Blanchet – Rivière-du-Loup, Gilles Girard – Matane, Françoi Maltais – Pohénégamook et Fernande Forest – Rimouski) à participer aux séminaires de L’Université rurale du Clunisois et de l’Université rurale Européenne à la fin de l’été 2002. Cette collaboration avait pour but d’établir un rapprochement entre des partenaires culturels de deux régions éloignées. Cela représentait alors pour les deux parties une occasion de réflexion sur la place, la motivation et les défis de l’artiste habitant en milieu rural. Il se veut aussi une preuve qu’il y a vitalité artistique à l’extérieur des grands centres.  

 

Échange d’objets, échange de mémoire

Pour amorcer le projet, chaque participant a offert à son partenaire un objet comme source d’inspiration. Il inclut avec l’objet un texte sur la découverte de « l’objet thématique » ainsi qu’une justification du choix de l’objet. Par cet échange, une réflexion sur la matérialité des choses ainsi que sur la « mémoire de l’héritage passé, présent et en devenir » est amorcée. Il ressort des œuvres une grande humanité qui va au-delà de l’image institutionnalisée que nous avons de l’art de nos jours. De fait, il apparaît souvent que l’expression visuelle est vue comme réservée à une classe spéciale, des «bestioles» excentriques concentrées dans les métropoles. Le jumelage rompt avec cette image stéréotypée et tâche de rejoindre l’humain normal, sensible et naturel. Le résultat est donc rafraîchissant et sort de l’intellectualisme prétentieux des grandes galeries d’art.

Par cette exposition, les responsables souhaitent « une approche innovatrice de l’art contemporain en rapprochant l’œuvre du vécu, tel un territoire sans frontière, habité par la richesse de soi et de l’autre. » Un projet qui tient ses promesses, sans pour autant étourdir le visiteur : l’accent est bien mis sur les œuvres et non sur les motifs ayant mené à leur réalisation.

   

Une vision à saveur unique

 

Il est extrêmement intéressant de voir ressortir des perceptions d’artistes de deux régions qui ne sont pas nécessairement les plus connues de la France et du Québec. Ce projet prouve sans aucun doute qu’il y a une puissante vie culturelle ici. Ils montrent à la relève artistique qu’il est possible de vivre de son art même en région et qu’il y a diffusion de cet art, comme dans le cas de cette exposition, sur plus d’un continent. Le fait d’habiter loin des grands centres nous donne une vision à saveur unique; un certain avantage en matière de création souvent méconnu du grand public. Il est pourtant évident devant cet exemple exceptionnel que l’on devrait mettre plus d’efforts pour faire connaître les artistes de milieux éloignés. Après tout, le Québec regorge d’exemples quant aux artistes reconnus à l’international, sans pour autant l’être dans leur région d’origine.

 

L’exposition « Du prétexte à la révélation, un parcours à deux voix » est en circulation autant en Europe qu’en Amérique. Elle fut à l’Économusée de la Bresse Bourguignonne de mars à mai 2004 et est présentement au Musée régional de Rimouski depuis le 18 novembre.

 

 

Noémie Darisse