ÉTUDES ET
TRAVAIL : UNE QUESTION D’ÉQUILIBRE
Dès qu’ils atteignent l’âge de seize ans, la plupart
des jeunes de notre région se dépêchent d’amorcer une recherche d’emploi. Que ce soit par besoin strictement
économique ou encore par désir de valorisation, la plupart d’entre eux devront
apprendre rapidement à concilier le travail et les études. Déjà la double tâche! Un phénomène de société non négligeable qui
préoccupe de plus en plus d’intervenants.
Quand le travail menace la réussite scolaire
Au printemps dernier, ce phénomène a soulevé
suffisamment d’inquiétudes auprès des enseignants de mathématiques de l’école
secondaire de Rivière-du-Loup pour qu’ils prennent l’initiative d’attirer
l’attention des parents sur cette situation relativement nouvelle. En effet,
ces enseignants ont vite identifié le travail à temps partiel comme une
donnée pouvant expliquer, du moins en partie, le nombre croissant d’échecs. La situation semblait d’ailleurs assez
alarmante pour que les enseignants ne se contentent pas d’expédier un simple
communiqué. Ils ont également tenu à
s’assurer que les parents étaient bel et bien conscients de l’ampleur du
problème en exigeant qu’ils apposent leur signature au bas du communiqué.
Il n’y a pas si longtemps, les jeunes du secondaire se
contentaient d’un emploi de camelot ou de gardien d’enfants pour se faire un
peu d’argent de poche. Personne ne
s’inquiétait puisque ces emplois ne menaçaient en rien la réussite scolaire.
Les intervenants s’entendent toutefois pour affirmer que la majorité des élèves
ou étudiants qui ne travaillent pas plus de quinze heures/semaine arrivent à
concilier travail et études sans difficulté.
Certains prétendent même que les étudiants qui travaillent quelques
heures par semaine ont tendance à obtenir de meilleurs résultats
scolaires. Ils développeraient aussi
plusieurs habiletés dont l’autonomie et le sens des responsabilités.
Les enseignants ont quand même de bonnes raisons de
s’inquiéter. À quoi bon multiplier les
ressources afin de favoriser la réussite scolaire si, d’un autre côté, on
néglige les facteurs qui peuvent nuire au succès? On a tendance à croire que les jeunes « sont capables d’en
prendre ». C’est vrai. Mais il faut également considérer qu’un
jeune de seize ans a encore besoin de nombreuses heures de sommeil. On peut ainsi difficilement s’expliquer
comment un jeune de quatrième ou cinquième secondaire peut inclure une
quinzaine d’heures de travail dans un horaire déjà fort chargé.
D’où vient cet attrait pour le milieu du travail?
On pourrait peut-être mieux comprendre le phénomène si
la situation économique des jeunes du secondaire justifiait le besoin d’occuper
un emploi rémunéré. Les plus récentes
études démontrent toutefois qu’à quelques exceptions près, ce ne sont pas des
motifs économiques qui poussent les jeunes à s’engager si tôt sur le marché du
travail. Ils y trouvent plutôt une
valorisation immédiate que la poursuite des études ne peut évidemment pas
procurer. De plus, c’est souvent dans
leur milieu de travail qu’ils peuvent se constituer une sorte de réseau social
qui, autrefois, aurait plutôt été formé par les amis participant aux mêmes
activités parascolaires ou sportives.
Les jeunes se plaisent également à étaler un curriculum vitae bien garni
d’emplois rémunérés en oubliant que leur implication sociale et communautaire
pourrait provoquer le même élan d’enthousiasme chez un employeur éventuel.
La responsabilité sociale des employeurs
On ne peut nier le fait que les jeunes trouvent leur
profit en occupant un emploi à temps partiel.
De même, les employeurs de la région peuvent également bénéficier de la
contribution du travail étudiant. Ils
doivent cependant toujours rester conscients du fait qu’ils ont une
responsabilité sociale à l’égard de leurs jeunes employés.
La réussite scolaire n’est pas que l’affaire des
enseignants et des parents. Les jeunes
reprochent d’ailleurs souvent à leur employeur de faire planer des menaces de
congédiement lorsqu’ils désirent fixer certaines limites de disponibilité. On peut aisément comprendre les contraintes
des employeurs, mais ils doivent quand même savoir faire preuve de
souplesse. Les jeunes travailleurs
peuvent assumer une certaine part de risques quand il s’agit de faire le choix
d’occuper un emploi à temps partiel, mais ils sont en droit de s’attendre à un
minimum de soutien de la part de leur employeur. Dans le contexte actuel de « plein emploi », les
entreprises ont d’ailleurs tout intérêt
à démontrer une certaine
ouverture à ce sujet. Sinon, elles
offriront tout simplement leur jeune main d’œuvre à des employeurs plus
conciliants…