Droit à
l’information, droit de faire silence.
Voici quelques sujets tels qu’ils me viennent à
l’esprit : le tsunami, l’affaire Karla Homolka, le retrait des colonies
juives de la Bande de Gaza, les ouragans Katrina et Rita, le 11 septembre 2001,
les attentats suicides de Madrid et de Londres, les commentaires d’un certain
psychologue, la guerre en Irak, la prostitution juvénile à Québec, la tragédie
de la navette Columbia, les journalistes et les civils kidnappés et tués en
Irak, les peccadilles des politiciens et des gens publics du Québec et
d’ailleurs, le décès de Jean-Paul II, les sondages de tous genres, les
mariages, les accouchements et les divorces des étoiles du spectacle…
Étourdissant…
Nous sommes informés de tous ces événements, et de
bien d’autres, grâce au travail des journalistes et au droit à l’information.
Il s’agit d’un droit fondamental auquel certains peuples de la planète n’ont
pas accès. Un droit sacré qui n’est pas discutable.
Vous arrive-t-il qu’avant même de dire bonjour aux
gens qui vous entourent vous avez déjà allumé la télévision ou la radio? Suivez-vous en direct l’actualité en passant
par la voie de votre journal électronique préféré, ou les chroniques vous
arrivent-elles en un éclair au moyen de votre cellulaire ou de votre agenda
électronique? Prenez-vous votre souper
en compagnie de la télé? Si vous avez
répondu positivement à la plupart de ces questions, alors on présume que vous
faites partie de la grande majorité de personnes dites bien renseignées.
Mais vous êtes-vous déjà arrêté à la dimension
« spectaculaire » que prend souvent la diffusion de ces
nouvelles? Quelques minutes seulement
après l’événement, c’est la course des réseaux pour présenter les premières images,
sans oublier qu’on les diffusera à répétition à n’en plus savoir quoi en dire.
Au fur et à mesure que les secondes passent, on ajoute
aux informations des images « spectaculaires », des reportages avec
de multiples spécialistes. Ceux-ci commentent et analysent sur le vif
l’événement à partir d’un studio et appuyés d’images d’archive et certaines
fois virtuelles afin d’éclairer l’auditeur sur la nouvelle. Malheureusement,
c’est à répétition et sans relâche que ces commentaires, ces analyses et ces
images sont diffusés. C’est dans ces conditions que notre droit à l’information
devient spectacle.
Parfois, on vous fait une mise en garde « Les
images que vous allez voir (ou l’enregistrement que vous allez entendre)
peuvent vous choquer… », question d’avertir les cœurs sensibles de
s’abstenir. Libre à vous de changer de
poste ou de continuer à savourer votre repas en regardant pour la quatrième
fois un corps qui flotte ou un cagoulé qui s’en prend à sa victime. Est-il nécessaire d’aller aussi loin afin
que nous puissions jouir de ce droit si sacré?
Le
silence : une option.
Et si une fois informés - parce que c’est notre droit
-, nous nous offrions aussi le droit de nous couper de ce battage médiatique et
de faire le silence autour de nous. Si nous nous donnions le droit de ne pas
aller plus loin, de ne pas traverser la frontière de ce qui est privé dans la
vie d’une personne, le droit de respecter l’autre, pas uniquement dans sa vie,
mais, selon les circonstances, dans sa tragédie et même dans sa mort . Et si plutôt que de nous en tenir à ce qui
est dit à la télévision ou à la radio, nous faisions l’exercice de former notre
propre opinion sur l’actualité, et ce, sans l’aide des experts?
Il me semble que nous avons perdu la capacité de
vivre, de travailler, de nous déplacer en silence. En dehors de l’actualité,
nous avons besoin d’un bruit de fond. La télévision et la radio restent
allumées toute la journée, y compris quand on ne se trouve plus dans la pièce. Nous sommes conditionnés à toujours avoir du
bla-bla en arrière de nous. Parfois nous ne suivons même plus les émissions, il
ne s’agit que de combler le silence.
Nous sommes en train d’étouffer le silence au profit
de la parole, mais la parole en profusion perd de sa beauté et se transforme en
caquetage. Donnons-nous le droit
d’éteindre les appareils qui produisent ce bruit d’accompagnement, rien ne nous
oblige à les garder en fonction. À nous de décider et de sélectionner ce qui
nous convient d’écouter et de regarder. C’est un droit qui ne brime personne, qui ne
va à l’encontre des intérêts d’aucune institution, et pour lequel nous n’avons
pas à nous battre pour y avoir accès… Il est à la portée de tous.
En terminant, bon silence…