QUE DES MOTS…
Au matin
du 18 février dernier, peu avant le remaniement ministériel du Premier Ministre
Charest, il fallait entendre les analystes politiques décrire l’une de nos
principales figures régionales, le député et ministre Claude Béchard :
« C’est un bon soldat, il devrait prendre du galon ». Dans les heures qui ont suivi, on a
effectivement pu constater à quel point le nouveau ministre du Développement
économique, de l’Innovation et de l’Exportation pouvait être un « bon
soldat ». Appelé à commenter l’exclusion du cabinet de son ancien collègue
du Ministère des Finances, monsieur Yves Séguin, il a déploré le manque d’esprit d’équipe de ce dernier en
ajoutant que « Personne n’est plus important que le Parti libéral du
Québec ».
Que des
mots…
Dans les
jours suivants, pendant que la majorité des analystes politiques des journaux,
de la télévision et de la radio continuaient à se gargariser de leurs si
habiles prédictions, on a semblé oublier la déclaration du bon soldat : « Personne
n’est plus important que le Parti libéral du Québec ». Que des mots, diront certains. Et si c’était bien plus que des mots? Si, dans la déclaration d’un ministre qui
venait de prendre du galon, on pouvait
trouver l’explication au manque de vision du présent gouvernement?
Une
question de priorités
Monsieur
Béchard a la réputation d’être un homme efficace. Il a maintes et maintes fois été jeté en pâture aux médias par
son chef et s’en est plutôt bien tiré la plupart du temps. À de nombreuses occasions, il a projeté l’image d’un homme de convictions,
sûr de lui et prêt à défendre ses idées.
Jusqu’à tout récemment, monsieur Béchard détenait le portefeuille du
Ministère de l’Emploi, de la Solidarité sociale et de la Famille. Il a alors mené d’intenses négociations avec
le gouvernement fédéral pour rapatrier les congés parentaux afin de créer un
programme québécois plus généreux. Ce
programme a été fort bien accueilli jusqu’ici.
Toutefois, on peut douter que ce programme puisse régler à lui seul le
problème de la dénatalité au Québec.
Monsieur Béchard nous promettait d’ailleurs une politique de
conciliation famille-travail innovatrice pour le printemps. À en croire les experts, la conciliation
famille-travail représenterait le défi du 21e siècle. Dans ce contexte, on peut se demander
pourquoi le « bon soldat » a accepté d’être muté dans un ministère
considéré comme « plus prestigieux » par les analystes
politiques. On peut s’interroger sur
les priorités de monsieur Béchard et
celles de son gouvernement. Ainsi, on a
toujours en tête cette rengaine malheureuse : « Personne n’est
plus important que le Parti Libéral du Québec ».
Une
question de crédibilité aussi…
Cette
citation nous revient également quand on pense aux conséquences oubliées de ce
remaniement. Bien peu de personnes se
souviendront en effet qu’en avril 2003, à l’arrivée au pouvoir du Parti libéral
du Québec, on avait déployé beaucoup de ressources humaines, financières et
informatique pour joindre le Ministère de la Famille à celui de l’Emploi et de
la Solidarité sociale. Avec le dernier
remaniement, le gouvernement procède maintenant à la « défusion » de
ces mêmes ministères. Pourquoi? Les analystes ne se sont même pas attardés à
cette question. Comme si faire et
défaire faisait partie du jeu politique peu importe les conséquences. Et après, on viendra parler de développement
durable...
Même
chose lorsqu’il s’agit de tenir la promesse de réduire les impôts. Occupé à vouloir sauver sa peau, le présent
gouvernement semble bien peu se préoccuper des répercussions à long terme de
cette promesse.
Bien
plus que des mots…
« Personne
n’est plus important que le Parti libéral du Québec » a déclaré le ministre
Béchard. Ce ne sont sûrement pas que
des mots. Une sérieuse réflexion s’impose
pour le bon soldat. Si les médias
nationaux ont fait peu de cas de cette déclaration, il en est peut-être
autrement pour les citoyens du Témiscouata que représente monsieur Béchard. On peut en effet aisément prétendre qu’aucun
citoyen de la région n’a élu un député davantage préoccupé par la solidarité à
son parti que par son devoir de servir ses concitoyens.