Vive le show! Ou vivre le show.
Dernièrement, lors d’une randonnée en
autobus, j’ai entendu, bien malgré moi, une vieille dame qui racontait la trop
triste histoire de sa vie à une jeune fille… Comme elle parlait très fort, je
n’ai rien manqué de la description de tous les horribles drames qui avaient
peuplé sa longue existence. À travers toutes les histoires scabreuses qu’elle
narrait avec moult détails, je fus fort étonné de reconnaître les nombreuses péripéties
que vivaient les personnages des téléromans de Victor-Lévy Beaulieu. J’en suis
même arrivé à me dire que les souvenirs de la dame appartenaient davantage à
l’imaginaire télévisuel qu’à la vraie vie. Et cette dame n’est pas unique en
son genre…
En effet, il est facile de constater que de plus en
plus au Québec, nous ne vivons pas, nous télévivons. Tout est bon pour le show…
l’économie, la politique, la santé, l’éducation… même la réalité (n’a-t-on pas
créé la télé-réalité pour ramener un peu de réel dans la vie quotidienne des
téléspectateurs…) Et notre automne 2005 a été particulièrement fertile en show…
Le show économique.
D’abord le show économique… Parlons un peu des
bénéficiaires des commandites libérales, parlons un peu des Lacroix, des Conrad
Black et de toute cette faune qui se promène encore en liberté après avoir volé
des millions de dollars. Parlons de cette justice qui condamne à la prison le
petit filou qui a piqué une cartouche de cigarettes au dépanneur du coin et qui
absout les bandits de la grande économie… Un petit vol, c’est un crime… un
grand, c’est une réussite économique. Et les spécialistes de la justice
fréquentent habituellement ceux qui ont réussi…!
Parlons aussi du show de la lucidité économique des
bien nantis… La gang à Lucien, réunie autour d’une table, tout en dégustant un
steak bleu, recette Duplessis, et en savourant un rouge millésimé 1950, faisait
la morale à leurs compatriotes québécois. Nous dépensons trop, nos cartes de
crédit sont pleines, nous demandons trop à l’État, les syndicats sont la cause
de tous nos problèmes économiques… nous sommes les pillards des finances
publiques… Pourtant, tous ces gens qui font la leçon au « peuple
québécois » (en italiques, parce que pour cette élite, il y a le
peuple et eux…) n’ont-ils pas bénéficié
des largesses de l’État à un moment ou l’autre de leur vie politique ou
économique…? Pourtant, combien de ces moralisateurs sont suspendus
quotidiennement aux mamelles de l’état québécois !
Le show politique.
Et le show politique… Toute la longue saga péquiste
avant d’élire son chef. Cinq longs mois de spectacles aux péripéties
prévisibles, avec un contenu minimal pour finalement élire un nouveau leader,
sorte de Mario Dumont apprêté à la sauce péquiste. Oui, il a une belle gueule,
monsieur Boisclair! Oui, il est jeune! Oui, il a même fait des frasques qui le
rendent sympathique! Tout pour en faire une vedette! Mais qu’a-t-il à dire pour
améliorer le sort des Québécois? Que la souveraineté règlera tous les problèmes?
Je ne suis pas d’accord! Avant d’accéder à la souveraineté, les Québécois
devront développer une véritable solidarité… mot galvaudé et dépassé, bien sûr,
selon les spécialistes… mais sans la solidarité de toutes les composantes de
l’état québécois, pas de souveraineté possible! C’est de ça dont on aurait dû
parler! Ça, ce sont les vraies choses!
Et le grand show médiatique.
Enfin le show des grandes peurs! Le bogue de l’an 2000
n’a tué personne… Allons-y avec la terrible menace d’une pandémie de grippe
aviaire qui tuera des millions de personnes! Une poule meurt dans le fin fond
d’une bourgade chinoise et fait la manchette du journal de six heures… Et tout
le monde de paniquer, et les compagnies pharmaceutiques et leurs spécialistes
d’y aller avec leurs prédictions catastrophiques, alimentant ainsi la machine à
subventions dans le but de produire « LE VACCIN »… Et pendant qu’on
célèbre les funérailles de la poule chinoise si menaçante, trois véritables
pandémies tuent vraiment des millions de personnes : cancer, sida et la
famine…
Mais voilà, on est en dehors de tout ça… Tout ça fait
partie du spectacle… Nous ne nous sentons pas concernés. Et les spécialistes
qualifient d’incompétents et de simplistes les gens qui manifestent contre ces
manipulateurs qui voient la planète comme un réservoir à assouvir leurs délires
les plus fous et qui sont responsables de ces agressions diaboliques contre la
vie. La planète? Quelle planète laisserons-nous à nos descendants? Quel avenir
leur préparons-nous? Il est temps de remettre en question l’économisme comme
seule valeur humaine. Il est aussi plus que temps de questionner toutes nos
valeurs… Il est plus que temps de sortir du show qu’on nous impose
quotidiennement. Il est plus que temps de « tasser » les spécialistes
et de nous occuper de nos affaires partout! Sinon, comme le dit si bien Hubert
Reeves, « nous sommes menacés d’extinction. La nature ne nous fera pas de
cadeau; elle nous éliminera comme elle a éliminé des millions d’autres espèces.
La différence, c’est que si nous sommes éliminés, nous ne pourrons nous en
prendre qu’à nous-mêmes. »