LE RÉVEIL DE LA NATURE
Difficile de savoir comment, dans quelques années,
l’Histoire décrira le printemps 2005 au Québec. Tempête dans un verre d’eau?
Véritable élan de solidarité?
Réelle mobilisation? Qui
sait? Au moment d’écrire ces lignes, le
conflit perdure toujours entre les étudiants et le gouvernement Charest. Et comme si ce n’était pas suffisant, on
vient d’apprendre que notre Premier ministre a commandé des coupures de l’ordre
de 150 millions de dollars dans les programmes sociaux afin de dégager la marge
de manœuvre nécessaire pour tenir sa promesse de réduire les impôts. Est-ce la goutte qui fera déborder le vase? L’avenir le dira. En attendant, on peut sentir dans l’air les consciences
s’éveiller en même temps que la nature…
Du cynisme à la mobilisation…
On croyait la population endormie. Surtout les jeunes. À première vue, on pouvait en effet être
tenté de croire que les jeunes des deux dernières générations se trouvaient
dans un état de profonde hibernation.
On les a décrits plus souvent qu’autrement comme des individualistes
trop gâtés, irresponsables et obsédés par l’argent. Pire encore, on les a accusés d’être cyniques et désabusés.
Au début de la grève étudiante au Cégep de
Rivière-du-Loup, on a reproché à l’association étudiante son manque de
visibilité et de mobilisation. À la
radio, on a pu entendre l’animateur Daniel Saint-Pierre se questionner sur la
« mollesse » du mouvement. Il
n’avait sans doute pas tort. Mais dans
les jours qui ont suivi, le vent s’est mis à tourner. Après un faux départ, les étudiants se sont faits de plus en plus
visibles. À entendre les automobilistes
klaxonner à l’approche des manifestants, on pouvait comprendre que les jeunes
gagnaient de plus en plus la faveur de l’opinion publique. Et ça n’allait pas être qu’un phénomène
régional…
Sortir de l’indifférence…
En effet, partout dans les médias, on a senti de plus
en plus de sympathie envers la cause des étudiants. « Le dossier des 103 millions » aura sans doute été
l’élément déclencheur d’une mobilisation quasi unanime au Québec. Il y a si longtemps qu’on n’avait pas
assisté à un tel élan de solidarité entre générations.
Au cours des dernières années, la presse avait
pourtant fait état de la montée de la droite au Québec. À lire les journaux, on aurait pu croire que
le bien commun était une notion tout à fait dépassée. Il n’y en avait que pour le néo-libéralisme. Au début de l’hiver 2002, les sondages
annonçaient que, si des élections avaient eu lieu, l’ADQ aurait formé un
gouvernement majoritaire…
Si, à ce moment précis, de nombreux Québécois (surtout
des jeunes) avaient reconnu en Mario Dumont l’homme capable d’identifier les
problèmes, ils ont été bien peu
nombreux à approuver les solutions qu’il avait l’intention de mettre de l’avant
pour définir le Québec du nouveau millénaire.
De même, si les Québécois ont d’abord été séduits par les promesses
libérales de réduire les impôts, ils commencent peu à peu à mesurer les
conséquences à long terme d’une telle tendance. Tout le monde s’accorde en effet pour dire que les réductions
d’impôt ne peuvent pas et ne doivent pas se faire sur le dos des plus
démunis. Nous voilà donc revenus aux
fameuses notions de bien commun et de solidarité sociale qui ont toujours été
chères à une immense majorité de Québécois.
« On n’a jamais voté pour ça… »
Au moment où vous lirez ces lignes, le gouvernement
libéral aura peut-être fait volte-face et reconsidéré sa décision de
transformer 103 millions de dollars de bourses d’études en prêts. Monsieur Charest aura peut-être fini par se
montrer et par admettre qu’il a commis une erreur. La pression est forte.
Même le président du Conseil du patronat, monsieur Gilles Taillon, a
qualifié la position du gouvernement d’ « indéfendable ». Lors de l’émission « Tout le monde
en parle », Philippe Couillard, ministre populaire et influent, a
admis devant quelque 1,8 millions de téléspectateurs que « les étudiants
ont raison d’être mécontents ».
Même s’ils avaient l’air un
peu endormis, les Québécois n’ont jamais cessé de s’informer et de se mobiliser
pour protéger leurs acquis. Après une
longue hibernation, la majorité, habituellement si silencieuse, rappelle au gouvernement qu’il se trompe de cible en coupant dans les
programmes sociaux. C’est le réveil de
la nature. « On n’a jamais voté
pour ça! », peut-on entendre siffler dans le vent printanier…