Populisme dangereux; cynisme contagieux : apanage d’une génération!

 

 

« Vanier : la victoire de la haine» titrait le Journal La Presse dans sa livraison du 21 septembre 2004 sous la plume du vétéran journaliste, Denis Lessard. Le journaliste relatait dans son article que la victoire de l’ADQ dans la circonscription de Vanier était beaucoup plus celle d’un mouvement, pour ne pas dire d’une station de radio, qui avait fait le pari d’un populisme qui ressemble drôlement à celui de la droite conservatrice étasunienne.

 

Les leaders de ce courant tiennent un discours politique contre le politique. Les politiciens de ce mouvement tiennent un discours contre les politiciens. Des serviteurs de l’État qui en ont contre l’État. Discours minimalistes, démagogie, opportunisme, non respect des institutions démocratiques, apôtres de la société de marché, les populistes entretiennent le cynisme puisqu’il leur est politiquement rentable. Rien de trop reluisant!

 

Mais voilà ce discours rejoint une certaine partie de l’électorat. Ceux qui adhèrent le plus à ce mouvement sont les jeunes de 26 à 35 ans, communément appelés par les sociologues la génération X. Cette génération coincée entre les baby-boomers, qui ont façonné le Québec moderne, et la génération Y (18-25 ans), à qui l’on promet un avenir très prometteur, n’a jamais su véritablement s’imposer. La génération X qui est celle des travailleurs autonomes, des clauses orphelins et des statuts précaires en veux aux boomers d’avoir tout pris et lui avoir rien laisser. Cette pensée est mainte fois reprise par les leaders de cette génération, incarnés par Mario Dumont et Jeff Filion, qui s’en prennent volontairement aux boomers qui ont «endetté» le Québec en se créant des programmes sociaux obsolètes et qui coûteront une fortune aux générations suivantes. Ils ont l’impression que l’État privilégie les autres mais dessert les jeunes, il faut donc le réduire à son plus bas dénominateur. Ils sont les plus cyniques à l’égard des politiciens et du politique.

 

Le moi

 

Dans l’histoire du Québec les baby-boomers ont affiché la plus grande solidarité, ils ont été des acteurs de premier ordre de la Révolution tranquille. Cette préoccupation pour le collectif a permis au Québec de s’émanciper comme jamais, de société arriérée le Québec a rejoint les sociétés les plus modernes du monde. Leurs enfants, les Y, ont entrepris de reprendre, différemment, le flambeau des boomers. Les 18-25 ans, comme le mentionnait une vaste étude sur ces jeunes conduite par le quotidien La Presse au moi de septembre, sont ouvert sur le monde, ils sont en faveur d’une mondialisation à visage humain, ils croient dans leurs institutions démocratiques, ils sont pour une plus grande solidarité entre les peuples. Ces jeunes ont pris conscience que pour changer le monde, ils devraient s’unir. À l’inverse des X ils ne veulent pas moins de services publiques mais ils veulent mieux de services publics. Signe d’ambitions collectives, 58 % de ces jeunes opteraient pour la souveraineté. Enfants du progrès, les Y rêvent d’un monde plus juste et plus équitable. Ils en n’ont pas contre les conditions de travail des syndiqués mais plutôt les salaires faramineux des grands dirigeants et des vedettes de sport.

 

La génération X a délaissé les valeurs universelles pour se replier sur elle-même et embrasser des valeurs plus fondamentalistes, plus individuelles. Les jeunes familles qui composent la génération X sont beaucoup plus repliées sur leur confort personnel que sur les défis qui attendent la société québécoise et le monde. Individualiste la génération X? Sans aucun doute.


Populisme et cynisme

 

Persuadés d’être laissés pour compte la génération X a entrepris de suivre une classe politique qui disait la comprendre. Mais, comme je le mentionnais précédemment, ce courant politique de droite a une façon bien à lui de concevoir la politique et la chose publique. Pendant que plusieurs pays envient notre État et sa bureaucratie pour son professionnalisme et son efficacité, ici on le dénigre sous prétexte qu’il est soi-disant « tentaculaire et obèse». Pendant que des millions d’étasuniens se ruinent pour faire soigner leurs enfants, ici on se plaint parce que l’on a attendu deux heures à l’urgence pour faire soigner une grippe. Pendant qu’ici on diabolise les fonctionnaires, à Walkerton des gens sont morts, faute de fonctionnaires….

 

Le portrait que je viens de dresser de ces jeunes de la génération X peut paraître sombre. Mais ce que je tente de démontrer c’est qu’il y a une strate de la population qui se sent rejetée et qui fait, d’une certaine manière, bande à part.

 

Il y a évidemment des raisons au cynisme à l’égard des politiciens. Il faut écouter cette jeune génération qui lance un cri du cœur. Il faut les comprendre et entreprendre les actions qui s’imposent. Les sociétés modernes qui n’ont pas répondu à cet appel ont par la suite permis à Jean-Marie Lepen d’accéder au second de la présidentielle française en 2002, ils ont également permis l’élection de Georges W. Bush.

 

La plupart des politiciens, bien que les perceptions jouent contre eux, sont de vrais serviteurs de l’État qui se sont engagés en politique pour servir la population et le bien commun. La plupart d’entre eux aurait une vie beaucoup plus paisible loin des feux de la rampe dans leurs métiers respectifs. Ils sont professeurs d’université, médecins, ingénieurs, enseignants, avocats qui ont sacrifié leurs carrières professionnelles pour tenter de faire progresser le Québec. Ils ne méritent pas, à mon humble avis, tous les maux pour lesquels on les afflige. Ce sont pour la grande majorité des hommes et des femmes intègres.

 

Il en va de même pour les employés de l’État qui sont reconnus mondialement pour leur professionnalisme leur compétence. Le plus paradoxal est que la bureaucratie québécoise est dénigrée de toute part en grande partie parce qu’elle manque de soutien de la part de la classe politique. On a rarement vu un gouvernement prendre la défense de ses employés publiquement, préférant se ranger derrière l’opinion publique qui demeure sceptique envers la fonction publique.

 

En terminant j’aimerais vous recommander un bouquin qui traite de ces conflits intergénérationnels. Le livre s’intitule Avant, pendant et après le boom : Portrait de la culture politique de trois générations de Québécois et il a été écrit par Jean-Herman Guay qui est professeur de science politique à l’Université de Sherbrooke.

 

Manuel Dionne