28 juin : grande journée pour la démocratie?
Dimanche, 23 mai 2004 : enfin, après six mois
d’atermoiements et de tergiversations, notre premier ministre par intérim va
demander à la représentante de la reine de dissoudre le parlement (fonction
inutile pour laquelle elle est très bien rémunérée, soit dit en passant).
Enfin, après s’être interrogé sur le meilleur moment pour gagner les élections,
sondage après sondage, il engage la grande bataille de la démocratie. Les
partis politiques vont maintenant tenter par tous les moyens de gagner
l’intelligence (sinon le cœur) des électrices et des électeurs.
Des choix à faire.
Enfin, diront plusieurs, nous sommes appelés à faire des choix capitaux sur les destinées
de ce pays. Certes à première vue, le
processus démocratique semble permettre aux citoyennes et aux citoyens de choisir entre diverses options ressassées
par des candidates et des candidats d’idéologies politiques différentes.
Certes, le droit de vote est un droit
gagné à la suite de batailles parfois
épiques (le vote des femmes en est un exemple convaincant) et des militantes et
des militants de bien des peuples en sont toujours à le réclamer (au risque de
leur vie souvent). Certes, ce moment devrait être considéré comme une
manifestation extraordinaire de la démocratie en mouvement.
Détournement de sens.
Toutefois, d’autres –de plus en plus nombreux- diront
que ce moment privilégié « d’expression démocratique » est
complètement galvaudé par trois grands vices qui le détournent de ses fins
véritables : en effet, c’est
l’heure des faiseurs d’images, celle des carriéristes du pouvoir et celle des « Pères Noël de promesses électorales ». C’est
là un indice manifeste de la perte de confiance des citoyennes et
des citoyens et une manifestation patente de leur colère face à des
administrations prétentieuses et suffisantes qui délaissent de plus en plus
l’idéal démocratique et gèrent l’État comme si c’était une compagnie leur
appartenant en propre et où les petits actionnaires doivent témoigner une
confiance absolue au conseil d’administration ministériel pour gérer les
affaires publiques.
Les faiseurs d’images.
D’abord, en ce qui concerne le rôle des faiseurs
d’images, comme dans certaines émissions de télé-réalité, même en politique, il
n’y a plus d’adéquation entre qualité et popularité. La puissance du marketing
écrase le jugement critique et ramène la politique au rang de marchandise où
le prêt-à-écouter et le jetable font la
loi, la loi du marché, là où l’on doit triompher pour accéder au succès
électoral. L’image prime sur le message et les partis politiques savent
fort bien que le discours peut être vide, l’important c’est que ce vide soit
présenté comme du plein et que ça passe bien à la télé auprès d’un auditoire
passif entre une pub sur la Bleue et une de Mac’Do... D’ailleurs tous les
partis confient leur campagne électorale à des agences de publicité qui
tenteront de manipuler l’opinion publique comme pour vendre un produit de
nettoyage (certains en auraient besoin au cours de la présente campagne…) Ces
mêmes agences aseptisent les discours des candidates et des candidats afin de
leur éviter des faux pas catastrophiques pour leur élection (style des fameuses
Yvette ou du bonnet de douche bloquiste).
Les carriéristes.
L’annonce d’élections est aussi un moment idéal pour
tous les carriéristes politiques qui, peu importe le parti, rêvent de pouvoir
plus que de démocratie. On en a vu qui
sont « virés libéraux » parce que, si la tendance se maintenait, ils
y auraient plus de chance d’être élus qu’au Bloc, plus de chance donc d’accéder
au pouvoir. D’ailleurs le parti libéral a offert au petit dernier de ce groupe un comté sûr… pas de problème avec
lui, son image télé était déjà toute faite.
Les « Pères Noël ».
Enfin, la période pré-électorale est le moment
privilégié de toutes les promesses. Michel Vastel, chroniqueur politique pour
« Le Soleil », évaluait d’ailleurs les promesses de Paul Martin à
plus de cinq milliards avant même l’annonce du déclenchement des présentes
élections. Tout le monde le sait, mais tout le monde fait comme si… . Et le
parti libéral excelle dans ce domaine, et même dans l’art de promettre de tenir
les promesses qu’on avait déjà promises… Est-ce un signe que les citoyens ont
perdu confiance dans leurs politiciens et qu’ils se disent que l’État est
devenu un système qui triche, qui gère mal, qui gaspille, qui privilégie des
amis et des groupes et des entreprises près du pouvoir? La réaction des
électrices et des électeurs serait-elle devenue le « bof !!! »
marquant l’indifférence résignée, le doute méthodique et la dérision
impuissante?
L’importance de voter.
Malgré ce sombre tableau, je crois que nous devons
encore faire confiance en la démocratie. Je considère que c’est un devoir et un
privilège que d’utiliser son droit de vote. Mais au-delà du geste de voter,
nous devons redécouvrir notre pouvoir de citoyennes et de citoyens en
pratiquant la « politique citoyenne », c’est-à-dire en étant actifs
constamment dans la gouvernance démocratique de notre destin commun. Poser les
questions à nos élus. Que restera-t-il après les élections de toutes ces
promesses électorales? Des promesses d’investissements en santé, en éducation, en assurance-emploi-chômage,
en formation de la main d’œuvre, en
environnement (Kyoto), en développement des régions, en transport, en
solidarité internationale? Qu’adviendra-t-il de l’entente de principe sur la
politique familiale? Du déséquilibre fiscal entre Ottawa et les provinces? Etc.
Ceci dit, le 28 juin nous aurons un choix capital à
faire. En effet, si le passé est garant de l’avenir et si, comme le disait
Einstein, « aucun problème ne peut être résolu en partant du même état
d’esprit que celui qui l’a engendré », un grand ménage doit être fait dans
l’administration du gouvernement fédéral. Nous ne pouvons confier à nouveau les
rênes du pouvoir à un parti qui, tout au long de ses mandats, a oublié qu’il
devait servir le peuple qui l’avait élu et non ses amis et de ses bailleurs de
fonds.
Florido Levasseur