Vous sentez-vous responsables des conséquences 
qu’entraînent vos achats?

 

  

À l’ère où les grandes multinationales du commerce au détail font tout ce qui est en leur pouvoir pour offrir des prix plus que compétitifs à leurs clients, il est de plus en plus difficile de résister à la tentation que nous offre tant de facilité.  Nous pouvons désormais acheter pratiquement tout ce dont nous avons besoin sous un seul et unique toit... Mais la fin justifie-t-elle les moyens?  Pouvons-nous sacrifier l’équilibre international, tant social, économique, qu’écologique, au nom de notre confort personnel?

 

Si la population était réellement conscientisée aux conséquences sérieuses qu’entraîne notre consommation actuelle, une certaine compagnie n’aurait pas pu installer une de ses succursales dans la ville de Rivière-du-Loup il y a quelques mois.  Les gens se seraient davantage mobilisés et les magnats de l’industrie du commerce au détail auraient rebroussé chemin.  Cessons d’être indifférents à la misère qui sévit partout dans le monde et prenons conscience qu’il y a de la vie à l’extérieur de notre petite ville natale.  Une vie de plus en plus dépendante de nos actions quotidiennes...

 

Comment faire face à une compétition si féroce?

 

Pour faire face à la concurrence des magasins comme Wal-Mart, les autres entreprises doivent souvent sacrifier une partie des avantages que possède leur main-d’oeuvre.  Par exemple, à long terme, les employeurs environnants doivent souvent diminuer le revenu moyen de leurs employés dans le but de rester compétitifs devant l’arrivée du géant dans leur secteur.  De plus, les profits de ce genre de chaîne prennent majoritairement le chemin des États-Unis et n’aident pas l’économie régionale.  Et ceux qui s’empressent d’affirmer qu’un Wal-Mart attire une clientèle nouvelle dont profiteront d’autres entreprises locales se trompent.  Le géant fait TOUT pour que le consommateur trouve TOUT ce dont il a besoin entre ses murs : des produits alimentaires aux vêtements pour toute la famille, en passant par les produits pharmaceutiques et les outils pour le jardin.  Le client qui vient d’aussi loin que du Nouveau-Brunswick ne sort donc pas du commerce pour aller à la quincaillerie centrale ou dans les boutiques du centre commercial.   Bien que le géant du détail ne soit pas le seul à utiliser ce genre de stratégie, on comprend un peu plus pourquoi l’arrivée d’un Wal-Mart dans une région ne stimule pas vraiment l’économie locale.  Par ailleurs, afin de vous assurer toujours le meilleur prix (on ne parlera pas de qualité ici), on importe massivement des produits de Chine, où les salaires sont complètement dérisoires.  À cette affirmation, bien que j’espère que cela ne vous soit pas passé par l’esprit, plusieurs ont tendance à répondre : « Mais ça crée de l’emploi dans les pays pauvres! »  Réflexion douteuse à laquelle je m’empresse de répondre.  On doit cesser d’encourager la double exploitation qui se cache sous les bas prix.  Exploitation des travailleurs de l’entreprise, qui, bien souvent, vivent sous le salaire de la pauvreté, et exploitation des ouvriers du tiers-monde, qui travaillent dans des condition abominables, insuffisamment payés.  Donner du travail à des gens dans le besoin, c’est une chose.  Exploiter leur misère en est une autre.

 

Plusieurs usines qui produisent les biens de consommation que nous achetons sont situées dans des zones franches, où les conditions des ouvriers sont à la merci de l’employeur.  Un boycott massif des produits provenant de tels endroits pourrait forcer les chefs d’entreprise à considérer davantage leur main-d’oeuvre.  Idéalisme? Sans doute puisque le phénomène est fortement imprégné dans les moeurs des Nord-Américains qui, pour la plupart, ne veulent pas sacrifier quelques sous de plus pour acheter un même produit chez un commerçant local.  Jusqu’à quel point les milliers de clients qui se bousculent aux caisses des super-magasins sont-ils responsables des désastres qu’ils causent?  À vous de juger.

 

Les conséquences environnementales de nos achats

 

De nombreuses conséquences environnementales découlent également de notre consommation massive et des choix que nous faisons.  Si le monde entier consommait autant que nous, Nord-Américains, nous aurions besoin de trois planètes pour combler la demande de l’humanité.  Mais il y a moyen de minimiser les conséquences écologiques de toute cette consommation.  Lorsque cela est possible, nous pouvons choisir des produits de la région.  Quelle lien y a t-il avec l’environnement?  Les produits provenant de la région auront été transportés sur des distances moindres, et, par le fait même, auront généré moins de gaz à effet de serre.  Nous pouvons aussi favoriser l’achat de produits en vrac, plutôt que de produits sur-emballés.  Tous les emballages facultatifs que nous achetons avec notre nourriture iront directement dormir dans le dépotoir et par le fait même, hypothèqueront l’avenir de notre environnement et des générations futures.

 

La règle des 3N-J

 

Si vous voulez en savoir davantage sur le sujet, vous pouvez consulter le livre L’envers de l’assiette, disponible à la bibliothèque municipale Françoise-Bédard.  Son auteur, Laure Waridel, est la cofondatrice d’Équiterre[1][1], une organisation vouée à la promotion de choix écologiques et socialement responsables.  Elle est une pionnière du commerce équitable au Québec.  Pour effectuer des achats responsables et sains, elle nous propose une méthode facilement mémorisable, inspirée de la règle des 3-R (Réduire, Réutiliser, Recycler).  Elle l’a adaptée à la consommation alimentaire et en a fait la règle des 3N-J (Nu, Non-loin, Naturel, Juste).  Le « Nu » réfère au sur-emballage abordé plus haut, le « Non-loin » aux kilomètres parcourus par le produit consommé, le « Naturel » à la réduction de produits chimiques dans la nourriture, et le « Juste » au commerce équitable.  Cette forme de commerce a pour objectif d'aider les artisans et les travailleurs dans les pays en voie de développement en leur faisant bénéficier d'un prix juste pour leur travail afin qu’ils soient en mesure de mieux répondre à leurs besoins fondamentaux.  À Rivière-du-Loup, vous pouvez vous procurer du café ainsi que du chocolat équitable chez plusieurs commerçants de la rue Lafontaine, notamment au Panier Vert, aux Terroirs d’ici et d’ailleurs et à la Brûlerie de l’est.      

 

En terminant, je me vois obligée de vous laisser sur cette dernière réflexion.  En se responsabilisant comme consommateur, on s’oppose à la suprématie des grands détaillants et à ses terribles conséquences sociales : exploitation des plus pauvres dans les pays en voie de développement, destruction du commerce local, baisse des conditions de travail des employés du milieu, etc...  Cette responsabilisation donne sa suite dans l’acte politique.  En portant au pouvoir un gouvernement qui, par une « réingénérie », veut limiter les capacités d’intervention et de réglementation de l’État sur les entreprises, on peut se demander dans quelle mesure cela participe à la « walmartisation » de notre société.

 

Marjorie April