Les services de garde:
Plus qu'une simple question de places disponibles

 

 

C’est la rentrée! Vous venez de reprendre le boulot après un congé parental.  Dites-moi, votre enfant peut-il bénéficier d’une place dans un centre de la petite enfance?  Si l’on se fie aux statistiques officielles du ministère de l’Emploi, de la Solidarité sociale et de la Famille, vous devriez répondre « oui » à plus de 95% si vous habitez la région du Bas-Saint-Laurent...

 

Un petit compromis

 

Évidemment, comme la très grande majorité des parents, vous aviez d’abord envisagé une place « en installation » pour employer le jargon officiel.  On vous a plutôt proposé une place en milieu familial.  Vous avez été déçu, vous avez hésité, vous avez visité et vous avez accepté.  « En attendant… » avez-vous songé.  Mais pour le moment, vous êtes rassuré.  Il ne faut pas négliger les avantages de vivre dans une petite communauté.  Vous connaissiez fort probablement votre gardienne, au moins de réputation.  Elle est peut-être une ancienne consoeur de classe, sa mère, sa tante, ou encore c’est elle qui garde les enfants de votre collègue de travail.  Il y a fort à parier que cette mesure « temporaire » se prolongera jusqu’à l’entrée à l’école de votre enfant.  Et, contrairement à la croyance populaire, ce ne sera pas par dépit.  Vous y aurez trouvé votre compte et votre enfant aussi.  « Il est bien chez elle, il s’est attaché ».

 

Attachement, santé, sécurité ou répondre aux besoins de base

 

« L’attachement », qu’est-ce que ça veut dire?  Si, dans nos sociétés occidentales, nous avons développé maintes et maintes expertises en matière de projets éducatifs et de stimulations précoces pour les très jeunes enfants, nous aurions peut-être avantage à retourner faire nos devoirs quand il s’agit de voir comment nous trouvons réponse aux besoins de base des tout-petits.  Ces besoins étant principalement l’attachement, la santé et la sécurité.  C’est du moins le constat auquel sont arrivés de nombreux intervenants reliés au monde de la petite enfance…

 

Au début de l’automne 2003, en entrevue radiophonique avec Marie-France Bazzo, le Dr Jean-François Chicoine, pédiatre bien connu au Québec, a soulevé tout un tollé en déclarant que la grande majorité des services de garde n’étaient pas en mesure de répondre aux besoins de base des enfants surtout en ce qui concerne l’attachement.  Il n’en fallait pas plus pour que de nombreux intervenants du milieu s’indignent et accusent le bon docteur Chicoine de n’être qu’un vieux réactionnaire qui ne trouverait son profit que le jour où les femmes seraient toutes retournées à leur cuisine.  Pourtant, quelques semaines plus tard, madame Céline Poulin, enseignante en techniques d’éducation à l’enfance au Cégep de Sainte-Foy et coauteure du livre « Le bébé en garderie »,  tenait, à peu de choses près, le même discours que le Dr Chicoine.  Dans un long texte d’opinion paru dans un grand quotidien, elle faisait la déclaration suivante : « Ainsi, trop de bébés et d’enfants des groupes de 18 mois sont accueillis sans égard à la référence ou à l’attachement qu’ils doivent vivre en l’absence de leurs parents. »

 

Voilà des opinions d’experts.  Vous avez peut-être envie de savoir ce que pensent les parents qui bénéficient de places « en installation ».  Voici les résultats d’un sondage non scientifique réalisé auprès d’amis : Dans la très grande majorité des cas, les parents sont très satisfaits des services qu’ils reçoivent.  Cependant, ils soulèvent les mêmes inquiétudes que les experts par rapport au respect du rythme de sommeil de leur enfant, à l’application des protocoles d’hygiène visant à minimiser les infections trop souvent présentes dans les milieux de garde et, surtout,  par rapport au besoin d’attachement.  Il n’est pas rare de voir un enfant changer d’éducatrice plus d’une dizaine de fois au cours des quelques années où il fréquentera la garderie.  Données inquiétantes?  Statistiques acceptables? La réponse aurait-elle quelque chose à voir avec la décision de la ministre déléguée à la Famille, madame Carole Théberge, de « tabletter » le rapport d’experts sur la qualité des services de garde qui lui a été remis le printemps dernier?  La réponse pourrait-elle en partie expliquer pourquoi le gouvernement privilégie la création de places en milieu familial alors que nous avons tendance à croire qu’il le fait pour des motifs strictement économiques?  On est en droit de se poser la question.

 

Réclamer le droit  d’obtenir un service de qualité

 

En attendant d’obtenir des réponses, nous devons continuer d’assumer nos responsabilités de parents.  Parmi celles-ci, celle de réclamer le droit d’être rassurés et écoutés. Par exemple, pour répondre au besoin d’attachement, pourquoi est-ce aux enfants de se soumettre au stress du changement de groupe qui vient habituellement avec la rentrée d’automne?  Une éducatrice ne pourrait-elle pas suivre son groupe plus d’une année?  Évidemment, aucune éducatrice n’est à l’abri de la maladie. Elle devra peut-être également quitter pour un retrait préventif lors d’une grossesse.  Il n’y a pas de solution unique et parfaite.  Il s’agit là d’une simple suggestion pour tenter d’améliorer la qualité de vie de nos enfants.  Mais c’est à se demander pourquoi les divers intervenants du milieu n’y ont encore jamais songé.

 

 

Anne Lambert