POUR EN FINIR AVEC LE PALMARÈS DES ÉCOLES

 

 

Il y a quelques semaines, le magazine l’Actualité  publiait, en collaboration avec l’Institut économique de Montréal, son désormais célèbre palmarès des écoles secondaires du Québec. Malgré la controverse, le magazine persiste et signe chaque année sous prétexte que l’exercice répond à une certaine demande des parents.  Il faudrait effectivement faire preuve d’une totale mauvaise foi pour refuser de s’attarder au phénomène. Chaque automne, l’Actualité doit augmenter le tirage du numéro consacré à ce fameux palmarès. Autre raison de s’y intéresser : cette année, en tenant compte de la valeur ajoutée, c’est une école de notre région qui récolte les honneurs de la toute première position…

 

La réussite comme « projet  clef en main »

 

Nommer cette école reviendrait à accorder une fois de plus une certaine crédibilité à ce classement. Il faut toutefois reconnaître le travail accompli par cet établissement, même si le fameux palmarès offre des données incomplètes et discutables à plusieurs égards. Il faut également souligner un autre point positif du palmarès : il permet d’alimenter, ne serait-ce que quelques jours, la discussion sur la qualité de l’éducation au Québec. Cependant, il serait souhaitable que le débat déborde des simples analyses autour de chiffres et de statistiques trop souvent vides de sens. Pour juger d’une école, il ne suffit certainement pas de se fier uniquement aux savants calculs de l’Institut économique de Montréal. Une méthode qui peut pourtant sembler si simple, rapide et efficace.

 

Quand vient le temps de choisir une école, les parents vivent souvent un véritable casse-tête. En effet, depuis quelques années, la majorité des écoles secondaires ont pris un virage « marketing » pour tenter de vendre leurs programmes à des parents soucieux d’offrir le meilleur à leur progéniture. Le problème, c’est que cette approche amène de plus en plus de parents à exiger la réussite comme « projet clef en main ». Cette tendance s’inscrit encore davantage chez les parents qui ont les moyens de payer. Pour eux, impossible d’envisager que le succès ne soit pas au rendez-vous. D’où cette croyance de plus en plus populaire que c’est uniquement l’école qui peut garantir la réussite de ses élèves. Un mythe que le palmarès des écoles contribue à alimenter.

 

L’école oui, mais l’élève aussi…

 

Évidemment, on ne peut nier l’importance de l’école dans la réussite scolaire. Depuis quelques années d’ailleurs, la plupart des écoles secondaires l’ont compris et ont multiplié les efforts pour assurer le succès de la majorité des élèves. Il importe de souligner tout particulièrement l’initiative du tutorat maître-élève. C’est une pratique qui a fait ses preuves. L’élève reçoit un soutien véritable et il sort de l’anonymat de sa grande école. Un bon coup qui mérite d’être applaudi! Les écoles secondaires, surtout publiques, ont trop souvent mauvaise presse. Encore un mythe qui disparaît rapidement quand on sait s’aventurer au-delà des préjugés.  La communauté tout entière commence également à reconnaître l’importance de son implication. À cet effet, pour les plus jeunes élèves, on peut également citer le programme de parrainage scolaire,  « Tuteurs d’Espoir »,  mis sur pied par la Maison de la famille du Grand-Portage. Ce projet mise sur l’implication de bénévoles qui, en plus de fournir une aide aux devoirs, deviendront des personnes significatives dans la vie des enfants en partageant avec eux diverses activités.

 

Toutefois, l’école et la communauté auront beau faire preuve d’ingéniosité et innover de toutes sortes de façons, l’élève demeure toujours le principal responsable de son succès. Et les parents ont tendance à négliger cet aspect lorsque vient le temps de choisir une école. Ils seront souvent séduits par les promesses des écoles trônant au sommet du palmarès parce qu’elles sont, à juste titre, reconnues pour offrir un encadrement soutenu aux élèves. Mais à long terme, il faut voir si cet encadrement serré s’avère réellement bénéfique. On peut présumer qu’un élève qui n’acquiert pas suffisamment d’autonomie pourra rencontrer de nombreuses difficultés lors d’éventuelles études supérieures.

 

Travail + autonomie = succès

 

En effet, les professeurs qui enseignent au collégial et à l’université constatent souvent que les élèves qui réussissent le mieux ne sont pas forcément les plus talentueux, mais les plus autonomes et les plus travaillants. De là l’importance d’acquérir de bonnes habitudes de travail le plus tôt possible. Évidemment, le travail et l’autonomie ne se mesurent pas en statistiques et ne peuvent faire l’objet d’un palmarès. Ces données « inchiffrables » remettent également en question l’importance de l’établissement fréquenté par rapport à l’investissement personnel d’un élève dans ses études. Aucune école ne pourra jamais « garantir » le succès. Cependant, l’atmosphère qu’elle dégage peut en dire long. Pour en juger, pourquoi ne pas profiter des journées portes ouvertes organisées par les écoles? Une visite des lieux vaut sûrement autant que n’importe quel jugement à distance de l’Institut économique de Montréal.

 

 

 

Anne Lambert