Quel avenir pour Mario Dumont?
Le 16 janvier dernier un sondage SOM réalisé pour le
compte de la SRC nous apprenait que, seulement neuf mois après l’élection
générale du 14 avril 2003, le gouvernement Charest enregistrait un taux record
d’insatisfaction. Le sondage démontrait que 69,1% des personnes interrogées
étaient insatisfaites pour seulement 25,8% de gens qui se disaient satisfaits
du gouvernement Charest. Ce sondage nous apprenait également que si des
élections avaient eu lieu au mois de janvier, le Parti québécois l’aurait
emporté avec 36,5% des suffrages exprimés contre 28,5% pour l’ADQ et 27,1% pour
les libéraux. À première vue, nous pourrions être tentés d’en conclure que cela
représente pour l’ADQ et son chef, Mario Dumont, un retour en force sur la
glace de l’aréna politique québécoise. Attention!
Il est clair que, à l’heure
actuelle, le parti de M. Dumont profite le plus de la décadence du gouvernement
Charest dans l’opinion publique. Plusieurs facteurs peuvent expliquer ce regain
soudain. Pour ma part je ne vois aucunement, dans cet appui à l’ADQ, une marque
de confiance envers elle et son chef. J’y vois plutôt l’effet d’un
mécontentement généralisé d’une population envers son gouvernement mais qui
n’est pas prête à redonner, pour l’instant, toute sa confiance envers le parti
qu’elle a souhaité éconduire, pour quelques temps sur les banquettes de
l’opposition. Donc la population s’est choisie, comme le disait Lucien Bouchard
en 1999, un parking en l’ADQ. Par
quelle élucubration l’électorat porterait au pouvoir un parti qui propose
sensiblement les mêmes politiques que celles du gouvernement actuel, qu’il
décrie avec tant de force et conviction.
Les derniers mois, M. Dumont a
fait des choix politiques pour le moins douteux. Il est vrai que d’aller
appuyer les personnes réclamant la reprise de l’opération Scorpion à Québec
semble s’être avéré politiquement payant à court terme. Il faut néanmoins
pousser l’observation plus loin. Ce qui fait la force de notre régime politique
c’est la séparation du pouvoir judiciaire des pouvoirs législatif et exécutif.
Cette séparation des pouvoirs éloigne l’arbitraire et l’ingérence du politique
dans le judiciaire. En s’associant à cette opération, Mario Dumont a manqué à
son devoir en tant qu’élu du peuple et de parlementaire à l’Assemblée
nationale. Je comprends la douleur humaine que vivent les familles des victimes
et la population de la ville de Québec mais cela ne justifie en rien que l’on
remettre en doute l’intégralité et l’indépendance de notre système judiciaire.
Imaginez le dangereux précédent que cela créerait si le ministre de la Justice
obtempérait à cette demande! Chaque groupe plus moins bien organisé pourrait
désormais venir faire pression sur le ministre de la Justice pour qu’il intervienne
dans un procès en cours. Un groupe…disons…comme les Hells Angels!
Parlons maintenant d’avenir….
À la suite de l’élection du 14
avril et du mécontentement croissant de la population envers les politiques et
actions néolibérales de Jean Charest, j’étais, et je suis toujours, de ceux qui
croient qu’une élection future d’un gouvernement adéquiste relève plus de
l’utopie que du réalisme. La prémisse sur laquelle je base mon point de vue, je
l’ai exposée plus haut, est celle que les québécois n’élieront jamais un
gouvernement plus à droite que le gouvernement actuel.
PLQ?
Suite à cette analyse, j’en viens
à me dire que Mario Dumont n’a plus d’avenir politique au Québec, dans une
telle situation. Tant et aussi longtemps que la question de la souveraineté
nationale du peuple québécois ne sera pas réglée, il n’y aura pas de place pour
un troisième parti qui ne propose rien de mieux que : mes enfants décideront. Ceci dit, que doit faire Mario Dumont pour
éviter la marginalité pour encore dix ans. Il pourrait bien évidemment
réintégrer les rangs libéraux qui voudront, dans un avenir pas si lointain, se
trouver un nouveau chef. Le hic c’est que plusieurs libéraux se souviennent du «jeune baveux» qui avait osé défier M.
Bourassa et foutre le bordel dans le parti avec son obsession allairiste. Mais bon, les libéraux ne
sont pas les gens les plus orgueilleux et les plus rancuniers que la planète
ait portés! Pour eux, l’appétit du pouvoir prend toujours le dessus sur les
convictions et de facto ils sont prêts
(drôle de lapsus) à faire plein de contorsions pour y arriver. Un retour de
Mario Dumont au PLQ fait donc partie de l’univers de ses possibles.
Ottawa?
Le salut politique de Mario Dumont
serait-il à Ottawa par l’entremise du nouveau Parti conservateur du Canada? La
chroniqueuse du journal Le Devoir et columnist
au Toronto Star, Chantal Hébert, écrivait dans sa chronique Charest, Lord…et Dumont!, dans l’édition
du Devoir du lundi 1er décembre 2003, que les stratèges
conservateurs voyaient en Jean Charest le chef idéal. Venait ensuite le premier
ministre du Nouveau-Brunswick, Bernard Lord. Jusqu’ici rien de surprenant. À
défaut des deux premiers, et c’est là que Mme Hébert rejoint ma pensée, les
conservateurs jetteraient leur dévolu sur Mario Dumont qui n’a jamais fait de
cachette sur son allégeance conservatrice au fédéral. L’élection du Parti
libéral au prochain scrutin fédéral ne fait aucun doute, néanmoins les attentes
envers Paul Martin sont si hautes qu’il ne peut que décevoir. C’est donc dans cette
optique que les stratèges conservateurs se préparent pour le scrutin de 2008.
Pour eux, l’actuelle course au leadership sert uniquement à trouver un chef
pour la prochaine élection et ce dans
le but de sauver les meubles. La vraie préparation commencera le lendemain de
la campagne électorale où ils voudront se trouver un chef qui représentera une
véritable alternative à Paul Martin. C’est là que M.Dumont pourrait être tenté
de faire le saut, soit dans deux ou trois ans. Néolibéral, jeune et expérimenté
à la fois, bilingue et québécois Mario Dumont détient le profil quasi idéal du
parfait chef conservateur et il jouit en plus d’une certaine organisation au
Québec. L’alignement des planètes conservatrices et du clan Dumont s’alignent
tranquillement mais vont-elles finir par former une constellation?
Reste à voir….