L’impôt et
moi, citoyen ordinaire.
« Si une compagnie paie de
l’impôt au Québec, elle devrait changer de comptable... » Cette phrase,
que l’on attribue à tort ou à raison à un ancien premier ministre du Québec,uel
point les Québécois (comme les travailleurs de tous les pays d’ailleurs) sont
réticents à verser leurs redevances annuelles au ministre des finances. Sa
montre bien à qns afficher de compétences particulières dans le
domaine de la fiscalité (spécialité du prof
Lauzon ou des membres de l’institut économique de Montréal...), le
citoyen ordinaire que je suis s’interroge sur la mauvaise perception qu’on entretient à propos de
l’obligation légale de payer son dû à l’état.
L’impôt : une arnaque
gouvernementale?
En effet, en cette période de
l’année où il faut compléter ses formulaires de déclarations pour le fisc,
combien de sociétés financières font la promotion de leurs services en
affirmant qu’elles peuvent vous éviter l’horreur de payer des impôts. Ainsi
vous finissez par vous sentir coupable si vous ne faites pas appel à leur aide.
Ces sociétés se présentent un peu comme des Robin des Bois qui peuvent vous
permettre de priver l’état (riche et
voleur) de l’argent que vous avez si difficilement gagné... même qu’un groupe
financier particulièrement
« performant » affirme qu’il peut vous éviter complètement cette arnaque gérée par l’État.
Bien sûr, il est intéressant de
pouvoir placer une partie de ses gains dans des REER en prévision des années de
retraite; bien sûr, il est intéressant de pouvoir utiliser ses reçus de charité
pour diminuer son taux d’imposition; bien sûr, il est intéressant de pouvoir
miser sur des diminutions d’impôts afin d’investir dans son entreprise. Bien
sûr... bien sûr... Mais là où le bât blesse, c’est quand vous vous rendez
compte que, si vous utilisez peu ou prou ces exemptions, plutôt que
d’être un citoyen responsable, vous
avez l’impression de devenir un « Ti-Coune » national parce que vous
payez de l’impôt.
Dans le même ordre d’idée,
certains économistes ont le don de rendre encore plus amère la pilule fiscale
lorsqu’ils affirment que vous ne commencez à travailler vraiment pour vous
qu’au début du mois de juillet : donc, de janvier à la fin de juin, votre
salaire irait en entier pour défrayer les coûts de l’état. Mais l’état, c’est
quoi , sinon les services de santé, d’éducation, de voirie, de sécurité
publique, de protection de l’environnement, de culture, de développement
économique, de solidarité sociale, etc.? Et tout cela pour l’ensemble des citoyennes et des citoyens, n’est-ce pas?
L’illusion entretenue par les
politiciens.
Il est aussi remarquable de noter
qu’une des premières promesses qu’un
politicien fait lorsque arrive une élection, c’est qu’il va baisser les impôts, sous prétexte
que le gouvernement précédent en exigeait beaucoup trop des contribuables. Aux
dernières élections provinciales, on a même parlé de réingénirie de
l’état. Ce barbarisme, qui n’est pas français dans aucune langue, est ce qu’on
avait trouvé de mieux pour dire qu’on allait couper dans les services
publics dans le noble but de diminuer les impôts. (En passant, le terme
engineering, selon le Robert et Collins 1990, signifierait ... machination...
dans le langage populaire!)
Ainsi, le président Bush a promis
de baisser les impôts ... et est en voie de le réaliser, même si le déficit
américain va battre des records cette année.
Au Canada, le premier ministre Martin vise une réduction des impôts pour
les Canadiennes et les Canadiens, même s’il affirme par ailleurs que l’état des
finances publiques est fragile. De son côté, le premier ministre Charest tient
mordicus à respecter sa promesse électorale en ce qui a trait aux baisses
d’impôts pour les Québécoises et les Québécois, même s’il lui faut pour cela
renier ses promesses d’ordre plus social, et ainsi augmenter les frais de
garderies, les taux d’assurance-médicament, les taux d’électricité, et tutti
quanti...! Et cela pour être compétitifs avec nos voisins de l’Ouest, du Sud,
enfin tous ceux d’un merveilleux ailleurs qui, selon la légende urbaine, vivent
dans une région où l’impôt n’existe à peu près pas : l’Eden fiscal rêvé...
En fait (et cela est très
troublant), même celles et ceux qu’on a élus pour gérer la chose publique présentent
donc les impôts et les taxes comme des ennemis à abattre : on est en droit
de se poser de sérieuses questions sur leurs compétences de gestionnaires de
l’État. L’idéal serait-il un état sans impôts... donc l’État sans
ressources et qui ne gérerait finalement absolument rien...et dont l’unique
rôle consisterait à nous présenter les empoignades ubuesques des séances de l’assemblée national.
Bien sûr, toute personne
normalement constituée ne saurait être contre une diminution des charges
fiscales, mais pas à n’importe quelle condition. Et dans la situation actuelle
de nos sociétés, une telle diminution se traduirait par une baisse des services
publics, une privatisation , donc une augmentation des coûts pour l’usager, ou
encore un report des responsabilités vers les générations futures. C’est du
moins ce qu’affirmaient des économistes dans « Le Soleil » du mardi
27 janvier 2004 : « Plus on réduit les impôts maintenant, plus il
faudra les augmenter de nouveau d’ici 15 à 20 ans- si l’on veut maintenir le
même niveau de services publics. Il ne s’agirait donc pas d’une véritable
réduction du fardeau fiscal, mais plutôt d’un transfert de fardeau vers le
futur. »
Pour conclure, diverses attitudes
sont possibles vis-à-vis tout ça. On peut adopter celle d’un certain
propriétaire de compagnie de transport maritime qui enregistre ses bateaux dans
des paradis fiscaux dans le but de ne pas payer son dû au pays dont il est par
ailleurs premier ministre. On peut aussi privilégier l’attitude
« bougon » qui consiste à chiâler contre l’h... de gouvernement qui
nous écrase avec ses taxes et ses impôts, tout en gueulant contre les tab... de
béesses qui volent la société. Finalement, on peut admettre que ce serait très
agréable de vivre dans un pays libre de toutes contraintes fiscales, tout en comprenant
que nos impôts et nos taxes contribuent à doter notre collectivité des services
indispensables qu’un état moderne doit procurer à ses citoyennes et à ses
citoyens.
Florido
Levasseur.