La mondialisation : un
terrorisme environnemental
Le grand
développement des technologies de la période contemporaine a contribué à une
forme d’éloignement entre le producteur et la matière (animale ou végétale) à
produire, à exploiter. Que ce soit de
l’ordre de l’agroalimentaire, des pêcheries ou de la foresterie, nombreux des
petits producteurs d’antan, par la forte concurrence internationale, ont dû
renoncer à leurs activités car devenues trop peu rentables. On tend aujourd’hui à produire toujours
plus, en moins de temps et à prix compétitifs qui ne peuvent être concurrencés
que par de grosses multinationales. Et
qui paiera le plus dans cette rivalité ? La population, par le biais de
l’environnement.
La
population planétaire dépend de son environnement qui demeure la base de toute
économie. Pas de ressources, pas de
capitaux, pas d’économie stable.
Lorsque ces pays souffrent, en plus, d’une concurrence extrême sur le
marché mondial, que peut-elle faire ?
Et même si elle possédait une ressource convoitée, (comme le café en
Amérique latine) cela ne garantirait pas son intégrité. Comme dans plusieurs pays sud américains,
les industriels s’approprient les terres des paysans et leur garantissent un
revenu (à vrai dire minime et plutôt dérisoire) en échange d’une monoculture de
café, pour ne citer que celui-ci.
Victime de ces excès continus, l’environnement encaisse les coûts, bien
silencieux. La monoculture est l’une
des pires inventions du monde agricole.
Non seulement elle appauvrit et fragilise les sols mais elle les expose
à une moins grande tolérance face aux maladies. C’est ce qui se produit en matière de déforestation. Les filières industrielles, main dans la
main avec l’État, rasent des populations d’arbres en entier croyant que la
nature se régénèrera par ses propres moyens, comme elle le fait
« toujours » après une catastrophe naturelle. Et bien, ces coupes-à-blanc que les
industriels s’évertuent à qualifier de « politically correct » ont en
fait de multiples incidences sur l’environnement. Non seulement elles provoquent la migration et la perdition de
nombreuses espèces animales mais elles déstabilisent l’ordre de la biosphère.
Les compagnies ferment les yeux en
pensant que la sylviculture et le reboisement des forêts assureront la régénération
de la ressource. La nature ne peut pas
toujours tout régler d’elle-même.
Qu’est-il arrivé à la morue de l’Atlantique ? Est-ce le petit pêcheur gaspésien qui a vidé les eaux de ses
poissons ? Est-ce les pêcheurs sénégalais qui vident leurs côtes de poissons
avec d’immenses chalutiers ? Non. Les industriels ont comme croyance qu’une
ressource inutilisée est une ressource gaspillée. « Comme si un vieux pommier pouvait produire de vieilles
pommes !?! » Richard Desjardins, L’Erreur
boréale.
L’un des plus grands
pollueurs d’eau demeure l’industrie agricole des dernières années. Au Québec, précisément, c’est l’industrie
porcine qui remporte ce titre. Une
mégaproduction animale entraîne, inévitablement, une mégadéjection fécale. Autrefois, l’agriculteur ajoutait de la
paille au fumier afin d’en faire un compost et un engrais naturel pour la
terre. Aujourd’hui, la production
rapide a délaissé cette technique et ajoute de l’eau aux excréments. Il en résulte d’immenses fosses sceptiques
qui, régulièrement, doivent être vidées sur les terres agricoles. Épandu sur
des terres de monoculture déjà appauvries, le purin provoque plus de dommage
que de bienfaits. Selon le Ministère de
l’Agriculture, plus du tiers des terres agricoles du Québec montre des signes
de stérilité. Toute cette matière
fécale, fortement concentrée en micro-organismes, engraisse nos terres - aidée de pesticides – et menace grandement
les eaux qui circulent sur les terres agricoles. En effet, en juin 2000, un avis de santé publique rédigé par 16 médecins
et scientifiques informe du danger que court la population régionale du Québec
d’entrer en contact avec les rivières en milieux agricoles. L’agriculture est
devenue, paradoxalement, une menace pour la vie rurale. Après avoir eu le loisir d’exploiter la
nature verte, l’homme se tourne vers la surproduction animale où la bête,
elle-même, constitue une usine. Étant
l’un des principaux exportateurs de viande de porc à l’échelle mondiale, le
gouvernement du Québec et ses partenaires, les industriels, feront tout pour
conserver leur marché et combattre la concurrence étrangère. Ceci implique de grossir les porcheries et
d’augmenter leur nombre.
Le soutien individuel
Lorsqu’on constate
l’ampleur des dégâts environnementaux que provoquent les méga-industries
internationales, on se demande ce que l’on pourrait bien faire pour transposer
notre pensée en véritable action. La
solution la plus efficace réside inévitablement dans la conscientisation et
dans la mobilisation. En tant que
citoyen et consommateur, l’aide que l’on pourrait porter réside dans
l’autocritique et dans la consommation modérée. Si vous achetez un riz basmati
« made in USA », posez-vous des questions. Tentez de manger biologique, de consommer le
moins de viande possible ou de l’acheter d’éleveurs privés, de participer à
l’achat de produits équitables ou locaux et d’éviter de consommer les produits
des multinationales. L’espoir
réside désormais entre les mains des consommateurs qui se doivent de recourir à
l’information et à la politisation pour un avenir
autonome, « [un] avenir dégagé, [un] avenir engagé ! »
Gaston Miron, L’Octobre.