La mondialisation : un terrorisme environnemental

 

  Les développements technologiques incessants du XXe siècle ont favorisé la mondialisation des marchés partout dans le monde.  Loin d’être une solution à la pauvreté, la féroce concurrence des marchés contribue de jour en jour à la fermeture de petites entreprises et à la mise à pied de commerçants indépendants.  À l’origine accessible à tous, l’agriculture permettait aux plus pauvres de vivre d’autosuffisance et de récolter quelques revenus en revendant leurs surplus en ville.  La mondialisation affaiblissant grandement l’économie des pays en développement, on délaisse l’agriculture vivrière et on tente sa chance vers la monoculture.  Depuis quelques années, la production agroalimentaire entre de plein fouet dans la globalisation, entraînant de nombreuses faillites et contribuant, parmi d’autres facteurs, à de véritables catastrophes environnementales. 

L’internationalisation de l’agriculture 

Le grand développement des technologies de la période contemporaine a contribué à une forme d’éloignement entre le producteur et la matière (animale ou végétale) à produire, à exploiter.  Que ce soit de l’ordre de l’agroalimentaire, des pêcheries ou de la foresterie, nombreux des petits producteurs d’antan, par la forte concurrence internationale, ont dû renoncer à leurs activités car devenues trop peu rentables.  On tend aujourd’hui à produire toujours plus, en moins de temps et à prix compétitifs qui ne peuvent être concurrencés que par de grosses multinationales.  Et qui paiera le plus dans cette rivalité ? La population, par le biais de l’environnement.

 

L’exploitation des richesses vertes

La population planétaire dépend de son environnement qui demeure la base de toute économie.  Pas de ressources, pas de capitaux, pas d’économie stable.  Lorsque ces pays souffrent, en plus, d’une concurrence extrême sur le marché mondial, que peut-elle faire ?  Et même si elle possédait une ressource convoitée, (comme le café en Amérique latine) cela ne garantirait pas son intégrité.  Comme dans plusieurs pays sud américains, les industriels s’approprient les terres des paysans et leur garantissent un revenu (à vrai dire minime et plutôt dérisoire) en échange d’une monoculture de café, pour ne citer que celui-ci.  Victime de ces excès continus, l’environnement encaisse les coûts, bien silencieux.  La monoculture est l’une des pires inventions du monde agricole.  Non seulement elle appauvrit et fragilise les sols mais elle les expose à une moins grande tolérance face aux maladies.  C’est ce qui se produit en matière de déforestation.  Les filières industrielles, main dans la main avec l’État, rasent des populations d’arbres en entier croyant que la nature se régénèrera par ses propres moyens, comme elle le fait « toujours » après une catastrophe naturelle.  Et bien, ces coupes-à-blanc que les industriels s’évertuent à qualifier de « politically correct » ont en fait de multiples incidences sur l’environnement.  Non seulement elles provoquent la migration et la perdition de nombreuses espèces animales mais elles déstabilisent l’ordre de la biosphère. Les compagnies ferment les yeux  en pensant que la sylviculture et le reboisement des forêts assureront la régénération de la ressource.  La nature ne peut pas toujours tout régler d’elle-même.  Qu’est-il arrivé à la morue de l’Atlantique ?  Est-ce le petit pêcheur gaspésien qui a vidé les eaux de ses poissons ? Est-ce les pêcheurs sénégalais qui vident leurs côtes de poissons avec d’immenses chalutiers ?  Non.  Les industriels ont comme croyance qu’une ressource inutilisée est une ressource gaspillée.  « Comme si un vieux pommier pouvait produire de vieilles pommes !?! » Richard Desjardins, L’Erreur boréale.

 

Les « shop à viande »

L’un des plus grands pollueurs d’eau demeure l’industrie agricole des dernières années.  Au Québec, précisément, c’est l’industrie porcine qui remporte ce titre.  Une mégaproduction animale entraîne, inévitablement, une mégadéjection fécale.  Autrefois, l’agriculteur ajoutait de la paille au fumier afin d’en faire un compost et un engrais naturel pour la terre.  Aujourd’hui, la production rapide a délaissé cette technique et ajoute de l’eau aux excréments.  Il en résulte d’immenses fosses sceptiques qui, régulièrement, doivent être vidées sur les terres agricoles. Épandu sur des terres de monoculture déjà appauvries, le purin provoque plus de dommage que de bienfaits.  Selon le Ministère de l’Agriculture, plus du tiers des terres agricoles du Québec montre des signes de stérilité.  Toute cette matière fécale, fortement concentrée en micro-organismes, engraisse nos terres  - aidée de pesticides – et menace grandement les eaux qui circulent sur les terres agricoles.  En effet, en juin 2000, un avis de santé publique rédigé par 16 médecins et scientifiques informe du danger que court la population régionale du Québec d’entrer en contact avec les rivières en milieux agricoles. L’agriculture est devenue, paradoxalement, une menace pour la vie rurale.  Après avoir eu le loisir d’exploiter la nature verte, l’homme se tourne vers la surproduction animale où la bête, elle-même, constitue une usine.  Étant l’un des principaux exportateurs de viande de porc à l’échelle mondiale, le gouvernement du Québec et ses partenaires, les industriels, feront tout pour conserver leur marché et combattre la concurrence étrangère.  Ceci implique de grossir les porcheries et d’augmenter leur nombre.

 

Le soutien individuel

    

Lorsqu’on constate l’ampleur des dégâts environnementaux que provoquent les méga-industries internationales, on se demande ce que l’on pourrait bien faire pour transposer notre pensée en véritable action.  La solution la plus efficace réside inévitablement dans la conscientisation et dans la mobilisation.  En tant que citoyen et consommateur, l’aide que l’on pourrait porter réside dans l’autocritique et dans la consommation modérée.  Si vous achetez un riz basmati « made in USA », posez-vous des questions.  Tentez de manger biologique, de consommer le moins de viande possible ou de l’acheter d’éleveurs privés, de participer à l’achat de produits équitables ou locaux et d’éviter de consommer les produits des  multinationales.  L’espoir réside désormais entre les mains des consommateurs qui se doivent de recourir à l’information et à la politisation pour un avenir autonome, « [un] avenir dégagé, [un] avenir engagé ! » Gaston Miron, L’Octobre.              

 

Mariane Gaudreau