Si l’on en
croit les statistiques, le développement économique de la ville de
Rivière-du-Loup va bien. On pourrait même dire très bien. Sauf qu’en poussant
un peu plus loin l’analyse, nous sommes en droit d’insérer quelques bémols. La
répartition de l’emploi dans la MRC de Rivière-du-Loup, selon le recensement de
2001, se résume ainsi : 8,2% des emplois se retrouvent dans le secteur
primaire; 16,5% dans le secteur secondaire; et 75,3% dans le secteur tertiaire.
À titre comparatif, dans l’ensemble du Québec environ 3% des emplois relèvent
du secteur primaire, 25% du secteur secondaire et approximativement 72% des
emplois au Québec proviennent du secteur tertiaire. La distinction entre la MRC
de Rivière-du-Loup et la moyenne québécoise se situe donc principalement entre
les secteurs primaire et secondaire.
L’écart
entre la moyenne québécoise et la MRC de Rivière-du-Loup peut s’expliquer en
partie par le fait que la MRC est située en zone rurale et que, de facto, une bonne partie de ses
activités économiques repose sur l’agriculture et l’extraction des ressources
naturelles, notamment la tourbe et l’industrie forestière. On peut également
conclure que la région de Rivière-du-Loup accuse un retard par rapport à
l’ensemble du Québec dans l’industrie de transformation.
Dans le
secteur tertiaire, qui regroupe notamment les entreprises de services et les
professions dites libérales, la MRC de Rivière-du-Loup semble faire meilleure
figure que l’ensemble du Québec. Néanmoins, lorsque l’on analyse la répartition
de l’activité dans le secteur tertiaire de la région, on désenchante
rapidement. En effet, une bonne frange de ce secteur d’activité économique est
tributaire de l’industrie touristique et hôtelière. Or, ce type d’industrie
procure plus souvent qu’autrement des emplois sans réelle stabilité, souvent
sous payés, fréquemment saisonniers et très rarement syndiqués.
Manque d’emplois de qualité…
Toujours
selon les données de 2001, le taux de chômage pour la région du Bas-St-Laurent
se fixait à 13,2% pendant que celui de l’ensemble du Québec se situait à 9,4%.
Malgré qu’aucune donnée officielle sur le taux de chômage de la MRC ne soit
disponible, on peut facilement affirmer sans ambages qu’il pourrait se situer
entre celui du Québec et celui de la région bas-laurentienne. Mais le plus
préoccupant dans ces statistiques, c’est qu’au Bas-St-Laurent ce sont les
jeunes de 15 à 30 ans qui forment le plus grand nombre de chômeurs. Suite à
cette lecture, un constat s’impose : les acteurs socio-politiques de la
région s’entendent tous pour dire qu’il faille freiner l’exode rural, mais l’on
constate que le Bas-St-Laurent et la MRC de Rivière-du-Loup sont incapables de
fournir des emplois de qualité à leurs jeunes.
Si l’on
calcule la richesse d’une communauté ou d’une région par la moyenne du revenu
par habitant disponible, Rivière-du-Loup est pauvre! En 2003, selon
Emploi-Québec, la population du Bas-St-Laurent pouvait disposer d’un revenu
moyen de 23 488$, et ce, en comptant les revenus tirés d’un salaire et les
autres sources de revenus. Pendant ce temps, le revenu moyen de la population
de l’ensemble du Québec s’élevait à 27 592$. Soit les louperivois
épargnent moins que leurs compatriotes québécois, soit les entreprises
louperivoises sous-paient leurs employés comparativement à la moyenne
québécoise. Je penche pour la deuxième option. La population de la région de
Rivière-du-Loup travaille presqu’autant que l’ensemble de la collectivité
québécoise mais elle gagne moins!
Culture
En regard
de ces constats, qu’est-ce qui pourrait bien inciter les jeunes à revenir dans
leur patelin natal? La qualité de vie? J’en doute. Les jeunes qui émigrent vers
les grands centres pour parfaire leur formation et poursuivre leurs études
découvrent bien souvent un monde d’une toute autre réalité. Ils prennent goût
très rapidement aux activités culturelles qui s’offrent à eux 7 jours sur 7.
Ils prennent goût aux institutions qui leur permettent d’exprimer leurs
opinions et aspirations en toute quiétude sans craindre la censure ou l’abnégation
du politically correctness. Ils
prennent plaisir à lire ou écouter les médias alternatifs qui leur offrent une
autre vision des évènements que leur transmettent les publi-reportages. Bref,
ils découvrent une série de choses auxquelles ils s’attachent et dont ils ne
veulent plus se passer.
Dernièrement,
je participais à Montréal à une soirée organisée par un ami. Il devait y avoir
une quinzaine de personnes présentes, tous et toutes originaires de
Rivière-du-Loup. Ces jeunes gens dans la vingtaine, bac et maîtrise en main,
travaillent en totalité dans des organismes et des firmes de Montréal. J’ai
alors voulu savoir si certains d’entre eux avaient le goût de retourner
éventuellement à Rivière-du-Loup? Ils m’ont tous répondu non. Pourquoi? L’un me
dit qu’il ne pouvait plus se passer de ses soirées de réflexions sur la montée du néo-libéralisme en Asie et
l’intégration continentale dans les Amériques. L’autre me fit savoir qu’il
s’était créé une dépendance envers le Cabaret du Plateau où, à chaque lundi, on
y présente des spectacles de groupes de musique émergente. Une autre me dit que
pour le même emploi à Rivière-du-Loup, les entreprises paient 25 000$ de
moins annuellement. Je pourrais continuer longtemps ainsi. Ce qu’il faut
retenir c’est tant que la mentalité du nombrilisme entrepreneurial ne changera pas, Rivière-du-Loup continuera
de perdre ses jeunes.
Pendant ce temps un « projet
de société »
À Rivière-du-Loup, pendant ce temps, on a créé une mobilisation hors du commun
pour la construction d’un deuxième aréna que certains ont l’indécence de
qualifier de projet de société. Je ne vous étalerai pas mon exaspération à
entendre de telles sornettes, mais je dirai simplement à ceux qui
considéreraient cela comme un projet de société de m’appeler ou de m’écrire, il
me fera plaisir de leur expliquer ce qu’est réellement un « projet de
société ». De plus, pour qu’un projet en soit un de « société »
encore faut-il que la population concernée ait le statut de société. La population
d’une ville n’est ni plus ni moins qu’une collectivité résidant sur un
territoire sous la juridiction complète d’un État. Pendant que la région perd
sa jeunesse la plus instruite, la classe politico-médiatique et les dirigeants
d’entreprises de Rivière-du-Loup mettent le plus gros de leurs efforts à
recueillir des fonds pour doter la Ville d’une nouvelle infrastructure dans le
but de mieux divertir la plèbe les
vendredis et samedis soirs. Je ne suis
pas contre l’idée d’un deuxième aréna, mais je trouve juste démesuré toute
l’énergie consentie à vouloir vider tout ce qu’il peut y avoir comme budgets de
commandites dans les entreprises de la Ville. Aurait-on vu pareille
mobilisation pour la réfection de la Bibliothèque municipale ou encore pour la
modernisation du Centre culturel? De surcroît, je considère qu’il y a des
problèmes bien plus importants auxquels nos élites devraient s’attaquer.