L’ACTION BÉNÉVOLE : AU CŒUR DE NOS COMMUNAUTÉS

 

 

 Le « Grand ménage »

 

Je ne vous apprends rien en vous disant que depuis déjà plusieurs mois, le gouvernement québécois procède à un grand ménage dans l’ensemble de ses ministères, organismes et programmes. Tout y passe, afin nous dit-on, de rendre les actions gouvernementales plus efficaces et mieux ciblées. En soi, l’objectif peut être louable, encore faut-il que les cibles visées et les moyens utilisés soient les bons. Il peut être justifié de revoir nos façons de faire pour mieux desservir la population et pour assurer l’équité dans l’ensemble du Québec. Mais là où le bas blesse, c’est lorsque le gouvernement, dans le cadre de sa réingénierie, veut faire le grand ménage dans l’action communautaire autonome, comme si ce mouvement, issu des préoccupations et des besoins des communautés, était un ministère ou un programme relevant de l’État.

 

Oui l’État subventionne les organismes pour une partie de leurs actions dans leur milieu, mais l’État lui-même convient aussi que l’action communautaire est autonome et qu’il appartient aux membres de ces organismes d’établir les priorités d’actions répondant le mieux aux besoins exprimés.  Alors comment l’État peut-il vouloir réglementer les actions ou le nombre de ces organismes ? Ce serait comme de vouloir dresser une liste d’épicerie comportant des aliments de première nécessité et d’autres dits superflus ! Comment notre gouvernement peut-il dire aux milliers de bénévoles qui s’impliquent dans ces organismes que le travail de certains est plus utile que celui de d’autres ? Que les millions d’heures investies par ces personnes doivent être mieux gérées pour correspondre aux objectifs de résultats de l’État ?

 

Un organisme communautaire naît toujours de besoins réels, tantôt issus d’une réalité nouvelle, tantôt de lacunes ou de « trous » dans la dispensation de services. On ne crée pas un organisme communautaire juste pour le plaisir. Ils ont tous leur raison d’être et vouloir en restreindre le nombre ou les activités serait irrespectueux de ceux et celles qui s’y impliquent et qui ont à cœur d’améliorer les conditions de vie de leurs concitoyens et concitoyennes. Qu’il nous suffise de penser aux CLSC et aux bureaux d’aide juridique qui sont nés d’actions des communautés et qui ont par la suite été reprises par l’État.

 

Des organismes qui cherchent à survivre

 

Quoiqu’en disent nos décideurs, la très grande majorité des organismes communautaires sont sous-financés et peinent à survivre. Je ne parle pas ici des fondations et clubs sociaux qui ont leur utilité dans le milieu, mais qui ne correspondent pas à ma conception de l’action communautaire autonome, où se sont les personnes visées par l’action de l’organisme qui en gèrent le fonctionnement et les activités et qui en établissent les priorités. Des organismes qui reçoivent chaque jour des personnes dans le besoin, des personnes qui vivent très souvent des situations pénibles, des personnes démunies ou exclues socialement, des personnes dont la voix s’exprime souvent par des organismes de défense de droits. Des organismes qui leur dispensent des services qu’ils ne peuvent recevoir ailleurs ou du moins pas à un coût qui leur est accessible et selon un rythme ou une méthode qui leur convient. Pensons aux soupes populaires, aux cuisines collectives, à l’alphabétisation, aux droits des personnes handicapées, aux services aux femmes victimes de violence, aux droits des aînés-es, etc. … Ce ne sont là que quelques exemples parmi des centaines d’autres où l’action communautaire joue un rôle essentiel.

 

Le gouvernement veut créer un système à deux vitesses où ceux qui auront les moyens de payer pourront le faire sans être soumis aux listes d’attente qui prévalent un peu partout. Et pour les autres, ceux que la vie n’a pas autant gâtés, ils devront prendre leur mal en patience et faire la file. Et c’est là qu’entrent en scène les organismes communautaires, pour que tous et toutes puissent prétendre au respect et à la dignité humaine dans l’aide qui leur est apportée, sans égard à leur revenu ou à leur statut social… pour qu’enfin cesse la liste des « laissés pour compte ».

 

Les organismes communautaires ne sont pas des « sous-traitants » de l’État, mais bien un ensemble de personnes qui veulent se prendre en main et être des acteurs de changement dans leur communauté. Vouloir réduire l’action communautaire à une question d’argent et de « cheap labour », c’est dire aux bénévoles qu’ils devront donner encore davantage, et aux communautés comme la nôtre que leurs actions de prise en charge doivent correspondre aux priorités de l’État plutôt qu’à celles des personnes dans le besoin.

 

Les organismes d’action communautaire autonome font partie intégrante de la vie de leur milieu, pour le mieux-être de chacun et de chacune. Le bénévolat, ça commence par l’implication de soi et par une volonté de changer les choses… pas par une commande de plus haut…

 

Cyd Lamirande